Les femmes sont tuées en Iran en toute impunité
Rapport de novembre 2025 : Sous le régime clérical, aucun lieu n’est sûr pour les femmes en Iran
Sous le règne du régime clérical misogyne iranien, les femmes iraniennes, de l’enfance à la vieillesse, ne sont en sécurité dans aucun espace ni dans aucune situation. Même si elles parviennent à échapper à la brutalité des forces de sécurité dans les rues, elles peuvent encore être victimes chez elles, sous prétexte de « soupçons d’honneur », pour avoir résisté à un mariage forcé, demandé le divorce, ou simplement tenté de défendre leurs droits. Beaucoup de ces meurtres ont lieu devant les enfants ou d’autres membres de la famille, alimentant un cycle de violence sur plusieurs générations. Parmi les victimes figurent des femmes enceintes ou des mères tuées aux côtés de leurs enfants.
Les passages à tabac et les tortures infligés aux femmes dans les prisons, les tirs de plombs dans les yeux des manifestantes, les agressions sexuelles dans les centres de détention et les attaques des patrouilles de la police des mœurs imposant le voile obligatoire dans les lieux publics légitiment et encouragent la violence contre les femmes à l’intérieur des foyers et au sein des familles.
En conséquence, la violence d’État contre les femmes iraniennes est bien plus répandue que la violence domestique. L’Iran, sous domination cléricale, reste le premier exécuteur de femmes au monde, des femmes qui sont souvent victimes de mariages forcés, de mariages d’enfants et de violences conjugales, puis condamnées à mort par des tribunaux injustes.
Rapport de la Mission d’enquête : « impunité systémique » pour les meurtriers
L’expression « impunité systémique » pour les tueurs, utilisée dans le récent rapport de la Mission internationale d’établissement des faits des Nations unies sur l’Iran, est une formule qui devrait troubler toute conscience. Elle reflète une vérité à laquelle les femmes et les filles en Iran sont confrontées chaque jour. Selon les lois du régime iranien, cette « impunité systémique » exempt de fait les auteurs de violences contre les femmes de toute poursuite et de toute peine proportionnée.
Dans le rapport publié le 30 octobre 2025, qui examine les violations des droits humains en Iran, Sara Hossain, présidente de la Mission d’enquête de l’ONU, a déclaré :
« Les actes de déni de justice ne sont pas neutres. Ne pas traiter l’injustice prolonge la souffrance des victimes et mine les obligations de l’État, en vertu du droit international des droits humains, d’assurer la responsabilité, la vérité, la justice et des réparations. »
La montée des féminicides en Iran
Chaque année, les féminicides en Iran prennent de l’ampleur. L’absence de statistiques officielles transparentes reflète la volonté délibérée de l’État de cacher la réalité. Pourtant, même les données partielles publiées par les médias d’État révèlent un tsunami de violence.
Zahra Eftekharezadeh, fondatrice du refuge sécurisé Atena à Téhéran, déclarait récemment :
« Nous sommes confrontés à une augmentation des violences domestiques, mais l’absence de statistiques scientifiques et nationales nous empêche d’avoir une image précise de la réalité. Aucune institution officielle en Iran n’a pris la responsabilité de collecter des données fiables dans ce domaine, et aucune étude exhaustive n’a été menée. » (journal Shargh, 11 octobre 2025)
Elle affirmait également ailleurs : « Chaque jour, nous voyons une augmentation des féminicides en Iran. Même sans statistiques exactes, nous pouvons constater qu’une femme est tuée tous les deux jours, un chiffre extraordinairement élevé. Rien qu’à Shadegan, dans la province du Khouzestan, au sud-ouest de l’Iran, au moins cinq femmes ont été tuées. Ces chiffres ont été recueillis alors qu’aucune institution de ce pays ne se sent obligée de fournir des statistiques ; ils sont donc basés sur des témoignages oraux. Par conséquent, nous devons les multiplier pour refléter l’ampleur réelle. » (journal Ham-Mihan, 26 octobre 2025)
Shirin Ahmadnia, présidente de l’Association sociologique iranienne, déclarait au sujet des féminicides : « Ce phénomène a des racines structurelles profondes, tandis que nous assistons à un silence et à une négligence face à celui-ci… Les inégalités et injustices accumulées dans la société aboutissent finalement à l’élimination physique d’une femme. La violence au sein du foyer reflète directement les politiques inégalitaires existant à un niveau macro. » (Ham-Mihan, 26 octobre 2025)
Les statistiques publiées par les institutions et médias d’État ne sont que la partie émergée de l’iceberg.
Selon les données recueillies par la Commission des Femmes du CNRI, de janvier 2025 à fin novembre 2025, une période de 11 mois, au moins 176 femmes ont été tuées par des membres masculins de leur famille. Ce chiffre est extrêmement conservateur, car dans de nombreux cas les proches, invoquant « l’honneur » ou leur rôle de vali-ye-dam (le « propriétaire du sang », c’est-à-dire le parent ayant le droit de poursuivre une affaire), gardent le silence sur les meurtres de femmes et de filles et ne déposent aucune plainte.
Des estimations universitaires non officielles ont auparavant suggéré qu’entre 375 et 450 femmes sont victimes chaque année de « crimes d’honneur » et de féminicides domestiques en Iran, un chiffre stupéfiant qui révèle une catastrophe structurelle et entretenue par l’État.
Histoires qui révèlent la profondeur de la tragédie
Pour le seul mois de novembre 2025, les meurtres suivants ont été rapportés :
Mobina Zare, 20 ans, à Eslamchahr (sud-ouest de Téhéran), tuée par son ancien fiancé. Après l’avoir assassinée, il a brûlé son corps dans un four de fusion d’aluminium dans l’atelier de son père. Sa famille l’a cherchée dix jours avant de retrouver son corps à moitié brûlé.

Leila Aliramaii, 40 ans, à Marivan (province du Kurdistan), tuée avec un fusil Kalachnikov pour avoir refusé les demandes ignobles d’un membre des Gardiens de la révolution (IRGC). Leila était mariée et mère d’une fille et d’un garçon.
Sarina Rostami, 16 ans, à Sarpol-e-Zahab (province de Kermanchah), tuée par un parent masculin parce qu’elle refusait un mariage forcé.


Une femme de 40 ans à Pakdacht (province de Téhéran) étouffée avec une couverture par son mari.
Reyhaneh Dorzadeh, 23 ans, à Nikchahr (Sistan-et-Baloutchistan), étouffée par son mari car elle s’opposait à ce qu’il prenne une seconde épouse.
Une femme de 29 ans identifiée par les initiales J.D., tuée par son père, qui a ensuite démembré son corps et l’a brûlé.
Sakineh, 80 ans, à Téhéran, tuée par son fils avec une barre de fer.
Zahra Ghaemi, militante des droits des femmes et membre du Groupe d’étude des femmes de l’Université de Téhéran, étouffée par son mari.

Shahla Karimani, 38 ans, mère de deux enfants, à Mahabad (province du Kurdistan), étranglée avec un foulard par son mari et son beau-frère.
Sajedeh Sand-Kazehi, à Khach (Sistan-et-Baloutchistan), tuée d’un coup de fusil de chasse parce que son beau-père voulait s’emparer de force d’un détendeur de gaz qui lui appartenait. Sajedeh était mère de deux jeunes enfants.
Raheleh Siavoshi, 26 ans, à Nahavand (province de Hamedan), poignardée mortellement par son mari après avoir participé à un camp sportif. Elle est morte à l’hôpital deux jours plus tard.

La justice a perdu son sens
Tandis que des femmes sont condamnées à de longues peines de prison pour avoir « retiré leur voile » ou protesté contre la discrimination, les hommes qui assassinent leurs épouses ne reçoivent généralement que quelques années de prison. Dans de nombreux cas, ils peuvent payer une somme d’argent pour s’en sortir et reprendre le cours normal de leur vie.
Dans des affaires tristement célèbres comme celles de Romina Ashrafi et Mona Heydari, les meurtriers n’ont été condamnés qu’à deux à huit ans de prison. Même les médias officiels reconnaissent parfois cette « justice inversée » :
« La peine pour décapiter son épouse : 8 ans de prison ; la peine pour retirer son hijab : 10 ans de prison ! »
Selon les lois du régime, le père, qui est également le « responsable masculin et propriétaire du sang (vali-ye-dam) », est exempté de la peine de rétribution pour le meurtre de son propre enfant.
Zahra Eftekharezadeh, fondatrice de l’un des refuges sécurisés de Téhéran, a déclaré au sujet de l’absence de lois dissuasives :
« Lorsque la loi n’impose pas une sanction proportionnée au crime, les auteurs comprennent qu’aucune conséquence sérieuse ne les attend. Dans de nombreux cas, les peines émises par le pouvoir judiciaire ne sont pas seulement non dissuasives : elles encouragent l’agresseur. Le père de Romina Ashrafi en est un exemple. Il a ouvertement déclaré que s’il tuait sa fille, il recevrait au maximum dix ans de prison. » (Journal Shargh – 11 octobre 2025)
Des atrocités enracinées dans la loi et la politique
Sous les lois cléricales misogynes de l’Iran, une femme n’est pas reconnue comme un individu indépendant, mais comme un être « subordonné » à un homme. En l’absence de protection légale ou structurelle, les femmes sont contraintes d’endurer la violence domestique, et chaque jour ajoute de nouveaux noms à la liste des femmes assassinées.
L’article 1105 du Code civil iranien attribue exclusivement la direction de la famille aux hommes.
L’article 1108 conditionne le droit d’une femme au soutien financier à son « obéissance ».
L’article 1114 donne au mari le droit de déterminer le lieu de résidence de son épouse.
Dans un tel système, les femmes qui cherchent à divorcer doivent prouver que leur vie est en danger, et leur témoignage ne vaut que la moitié de celui d’un homme. Les juges renvoient régulièrement les femmes battues ou menacées dans les foyers mêmes où leur vie est en danger.
Par ses lois, ses médias et son appareil judiciaire, le régime clérical perpétue ces crimes. La violence s’étend du foyer à l’école, de la rue au tribunal, élargissant son emprise chaque jour.
Mais au-delà des lois, les tragédies sociales actuelles en Iran trouvent leur origine dans la politique. Le régime clérical misogyne repose sur la subjugation des femmes. Les atrocités commises contre les femmes ne sont pas des actes isolés de fanatisme personnel : elles sont le produit d’un système qui autorise la violence à leur encontre.
L’augmentation du nombre de féminicides doit donc être comprise comme le résultat direct des politiques anti-femmes du régime et de la culture patriarcale ancrée dans ses structures. Le peuple iranien ne blâme pas la société, mais le régime lui-même : un pouvoir oppressif et misogyne qui se maintient en supprimant et en éliminant les femmes.
Les données compilées au cours des trois dernières années par la Commission des Femmes du CNRI montrent une forte tendance à la hausse du nombre de femmes assassinées sous la domination misogyne du régime clérical. Ces chiffres sont exclusivement basés sur des rapports documentés et publiés par les médias officiels et d’autres sources accessibles. Ils représentent donc un minimum, car le régime dissimule délibérément ces informations, et de nombreuses familles, par crainte des auteurs, évitent de rendre publiques les morts de leurs filles et parentes.
Selon ces données : au moins 105 femmes ont été assassinées en 2023, 160 femmes en 2024, et au moins 176 femmes pendant les onze premiers mois de 2025.





















