Mahin Khiabani fut le troisième membre de la famille Khiabani à tomber en martyr dans les rangs de l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran (OMPI). Elle naquit en 1953 à Tabriz, une ville depuis longtemps associée à la résistance et au militantisme politique.
Durant son adolescence, Mahin bénéficia de l’influence de son frère aîné, Moussa Khiabani, l’une des figures de proue de l’OMPI. À ses côtés, elle se familiarisa avec les idéaux, les principes et la vision de l’organisation pour l’avenir de l’Iran.
En 1972, sa vie prit un tournant décisif. Cette année-là, son frère Moussa fut arrêté par la SAVAK, la redoutable police secrète du chah. Lorsqu’elle apprit les tortures brutales infligées à son frère et à ses camarades dans les prisons du chah, Mahin prit une décision qui allait changer son existence : elle se consacrerait désormais à la lutte contre la dictature.
Malgré une santé fragile, Mahin Khiabani rendait régulièrement visite à son frère en prison. Ces rencontres devinrent une source de force, alimentant sa détermination à diffuser le message de l’OMPI auprès de la population. Elle participait activement aux rassemblements religieux, des espaces qui servaient alors de plateformes importantes pour l’éveil de la conscience politique, et les utilisait pour promouvoir la résistance contre la tyrannie.
Après la révolution iranienne de 1979, Mahin intensifia ses activités politiques. Elle travailla d’abord au sein de la section des affaires ouvrières de l’organisation à Tabriz. Plus tard, lors de la création de l’Association des mères musulmanes, elle joua un rôle crucial dans le recrutement et la mobilisation des femmes pour rejoindre le mouvement.
En 1980, Mahin fut transférée au quartier général de l’OMPI à Téhéran. Au début de l’année 1981, elle épousa Taghi Owsati, lui aussi membre de l’organisation, entamant une vie commune vouée au combat politique.
Après le 20 juin 1981, date charnière marquant le début de la résistance armée contre le régime de Khomeiny, Mahin rejoignit la lutte clandestine. Elle servit dans diverses bases de l’organisation, s’acquittant de ses responsabilités avec une discipline et un courage remarquables.
Une phrase devint sa signature durant ces jours mouvementés : « Je veux que vienne le jour où je pourrai affronter ces criminels face à face. »
Ce jour finit par arriver le 2 mai 1982.
Ce matin-là, les forces du Corps des Gardiens de la révolution lancèrent des attaques coordonnées contre plusieurs maisons sûres de l’OMPI, dont celle de Mohammad Zabeti, ainsi que la base où Mahin Khiabani et son époux étaient postés.
Mahin était enceinte de cinq mois. Pourtant, elle et Taghi refusèrent de se rendre. Ils combattirent jusqu’à leur dernière balle et leur dernier souffle.
Après avoir échoué à briser leur résistance par des tirs de mitrailleuses et des grenades, les forces de sécurité eurent recours à des lance-roquettes (RPG) contre la maison. Le bâtiment fut détruit et envahi par les flammes. Mahin et Taghi périrent ensemble dans l’incendie de la demeure.
L’ampleur de la destruction fut telle que les autorités auraient occulté la nouvelle de leur mort pendant une période considérable, faute de pouvoir identifier leurs restes.
Dans les derniers instants de sa vie, alors qu’un déluge de feu s’abattait sur la maison, Mahin parvint à passer un ultime appel téléphonique à un proche pour l’alerter de l’attaque. Ses dernières paroles, prononcées à 10 heures du matin ce 2 mai 1982, demeurent un témoignage poignant de sa résolution :
« Entends-tu les bruits ?… Les tirs… Les gardes nous ont encerclés et tout le monde se bat. Notre martyre est certain… Il n’y a aucun moyen de s’échapper. Nous nous battrons jusqu’au bout. C’est soit le martyre, soit le déshonneur de la reddition. Il n’y a pas d’autre voie avec Khomeiny, et nous avons choisi la première. Je suis enceinte de cinq mois. Mais nous devons tous partir ensemble, moi, Taghi et notre enfant. »
L’histoire de Mahin Khiabani est celle d’une conviction extraordinaire, d’une femme restée fidèle à ses croyances jusqu’à ses derniers instants, choisissant la résistance plutôt que la soumission, alors même que la mort se refermait sur elle.



















