Quand la miséricorde devient un crime : exécutions et silence imposé aux femmes iraniennes
Bienvenue dans un nouvel épisode des podcasts de la commission des femmes du conseil national de la résistance iranienne. Imaginons un instant une situation disons très concrète.
D’accord, je vous écoute.
Un soir, il y a de l’agitation dans la rue et quelqu’un est gravement blessé. Une personne passe en voiture, elle s’arrête, elle fait monter le blessé et file aux urgences.
Ouais, un réflexe tout à fait humain en fait.
Exactement, de l’empathie pure. Mais quelques semaines plus tard, cette même personne se retrouve dans une cellule de haute sécurité. Et pire, elle est accusée d’un crime qui est passible de la peine de mort.
C’est glaçant.
Ouais et c’est très exactement ce qui ressort des documents du début de l’année 2026 que nous analysons aujourd’hui pour cette exploration.
Ce scénario, ce n’est pas du tout une fiction. C’est le cas documenté d’une jeune femme qui s’appelle Mahboubeh Shabani d’après les rapports qu’on a sur la table.
C’est fou quoi.
Oui et en fait ça donne d’emblée la mesure de la période qu’on étudie, une période qui du coup suit directement les soulèvements très importants de janvier de la même année.
Et je suis vraiment ravi de me lancer là-dedans avec vous pour planter un peu le décor.
C’est vrai que l’approche neutre est super importante vu la densité du truc. D’après les rapports, ce début de 2026, c’est un vrai tournant.
Ah oui, un tournant de quel genre bien
Après la vague de janvier, l’appareil étatique opère une vraie transition. En fait, on passe d’une gestion de crise réactive dans les rues à une gestion institutionnelle.
Quelque chose de plus froid, plus méthodique.
Exactement. L’arsenal judiciaire et militaire prend le relais quoi. Et le truc qui saute aux yeux quand on lit ses sources, c’est l’attention vraiment disproportionnée qui est portée aux femmes.
Bon, décortiquons tout ça. Entrons dans le vif du sujet avec le système judiciaire.
Oui, le premier pilier.
Les sources parlent de cas super précis. Il y d’abord Bita Hemmati. Elle a été arrêtée à Téhéran pendant les événements de janvier 2026.
C’est bien ça.
Et selon les rapports, elle devient la première femme condamnée à mort spécifiquement pour sa participation à ces manifestations.
Ce qui nécessite une explication ici, c’est la nature du tribunal qui a prononcé ça. Le dossier indique que l’affaire a été jugée par la branche 26 du tribunal révolutionnaire de Téhéran.
Sous l’autorité d’un certain juge Iman Afshari, c’est ça
Ouais le juge Iman Afshari et il faut comprendre qu’un tribunal révolutionnaire ce n’est pas, enfin ce n’est pas une cour pénale ordinaire.
C’est-à-dire
Ta fonction ce n’est pas de juger des vols ou des crimes de droit commun. Sa fonction, c’est défendre l’idéologie de l’État. Du coup, ça explique pourquoi cette condamnation à mort a été prononcée à une vitesse fulgurante.
Avec la confiscation de tous ces biens en plus.
Sauf que les documents précisent bien que la sentence est tombée après des périodes de torture et d’interrogatoire intense.
Absolument.
Et c’est loin d’être un cas isolé. Les sources citent le New York Post qui parle d’environ 1600 condamnations à mort l’année dernière.
C’est un chiffre astronomique.
Et sur un seul mois, genre entre le 19 mars et le 20 avril, 15 prisonniers politiques exécutés dont 7 manifestants du soulèvement.
Il y a aussi des rapports non confirmés, mais très persistants sur 6 autres femmes qui risqueraient la pendaison dont 2 adolescentes. Ce qui nous ramène direct à Mahboubeh Shabani, l’histoire dont on parlait au tout début.
Oui, la jeune femme de la voiture.
Elle est née en 1993, arrêtée le 2 février par le ministère du renseignement, incarcérée à Vakilabad. Le dossier parle d’une accusation de moharebe.
Ouais.
Comment on passe d’un transport vers l’hôpital à une accusation de moharebe. Enfin juridiquement ça veut dire quoi
Et bien moharebe ça se traduit par inimitié contre Dieu.
Rien que ça.
C’est l’une des charges les plus graves du code pénal là-bas. C’est pour ceux qui prennent les armes. Ce les documents révèlent ici, c’est l’extension élastique de ce truc.
Donc transporter un blessé, c’est faire la guerre à Dieu. Pour eux, oui.
En fait, ils ne punissent pas un acte de violence. Ils criminalisent la solidarité pure et simple. C’est assimilé à une complicité avec l’ennemi.
Mais stratégiquement, ce n’est pas contre-productif. Je veux dire un système judiciaire normalement, c’est une balance. Ça pèse les preuves, ça donne une peine proportionnelle.
En principe, oui.
Là, on dirait plutôt un immense mégaphone qui diffuse un signal d’alarme. On exécute quelqu’un pour des premiers secours.
Ce qui est fascinant ici, c’est que l’objectif n’est pas la justice proportionnelle.
D’après l’analyse des rapports, notamment cet appel urgent du comité des femmes du CNRI aux Nations Unies, c’est exactement ça le mégaphone.
Ils s’en fichent des sanctions internationales en fait.
Totalement. Le bénéfice interne est trop grand. En faisant ça, l’État dit à tout le monde, ne faites confiance à personne, n’aidez personne.
C’est une tactique psychologique.
C’est la création d’une paralysie par la peur. Le but explicite selon le document du CNRI, c’est d’empêcher un autre soulèvement. On détruit le tissu social avant qu’il s’organise.
D’accord, ça c’est pour l’intérieur du pays. Mais quand la menace est à l’étranger, c’est là que ça devient vraiment intéressant.
Comment ça
L’État ne peut pas envoyer une convocation judiciaire en Irak par exemple. Et les rapports montrent qu’on passe des tribunaux à la militarisation, aux frappes extraterritoriales.
Exact. Les rapports d’avril 2026 nous emmènent dans le nord du Kurdistan irakien.
Les sources sont précises. Le 17 avril, des attaques de drones et de roquettes ont tué 3 kurdes iraniens, dont 2 femmes combattantes Neda Amiri et Samira Allahyari.
Ouais des frappes très ciblées.
Et le 15 avril c’est Ghazal Mowlan, 19 ans, une combattante Peshmerga du parti Komala morte de ses blessures après une attaque de drones des gardiens de la révolution dans la région de la veille.
Il faut savoir que le parti Komala et le parti démocratique du Kurdistan d’Iran, ce sont des groupes armés en exil en Irak.
Bien sûr.
Pour eux, survivre idéologiquement nécessite d’éradiquer physiquement ces poches de résistance, quitte à violer la souveraineté de l’Iran.
C’est fou de voir une telle militarisation. Et alors après les condamnations à mort et les drones, les rapports nous ramènent au niveau de la rue dans le quotidien.
Oui, le troisième point de ces documents est peut-être le plus inquiétant, le grand filet national.
La criminalisation du quotidien quoi. Les femmes et les mineurs sont hyper ciblés.
Sous l’accusation de collaboration avec des États hostiles très souvent.
Ouais prenons Azar Yahou, elle a 38 ans, incarcérée à Vakilabad. Elle est accusée de je cite, collaboration avec Israël. Et vous savez pourquoi selon les dossiers
Pour son activité sur les réseaux il me semble.
Oui mais surtout pour avoir dansé dans la rue après la mort d’Ali Khamenei.
Danser dans la rue, ça devient de l’espionnage. C’est une redéfinition totale de la réalité juridique.
Alors qu’est-ce que tout cela signifie Je veux dire, comment on relie une danse à un complot avec Israël
Dans leur logique, tout acte qui brise le deuil officiel ou l’ordre moral, c’est une attaque contre les fondations du régime.
Ah ouais d’accord.
Et comme le régime se dit victime d’un complot permanent, toute défiance publique est étiquetée comme une participation à ce complot.
En gros, la machine de l’État, c’est comme un filtre algorithmique réglé sur une sensibilité maximale incapable de faire la différence entre un espion et une actrice de théâtre.
Exact. Et d’ailleurs, vous pensiez à Sima Anbaii Farimani.
Oui, 34 ans, actrice et poétesse, même accusation de lien avec Israël et sans avocat bien sûr.
Et l’âge ne propage pas. Le rapport parle de Barane Omidiane, une doctorante et de sa nièce Dorsa Ayazi.
Qu’il n’a que 17 ans.
Envoyé en centre de redressement pour mineurs.
Cela soulève une question importante sur la mécanique de tout ça. Ce n’est pas un algorithme devenu fou en fait. Les sources montrent un schéma délibéré pour créer un vide juridique.
C’est-à-dire
Les rafles nocturnes tout ça.
Oui, on supprime la procédure régulière, l’idée c’est de brouiller la ligne entre sécurité nationale et liberté d’expression.
Ce vide juridique, c’est l’incertitude totale pour les citoyens. Tu écris un poème, tu es accusé de terrorisme. Le quotidien devient un champ de mines.
En temps de guerre, même simplement exister hors du contrôle idéologique devient suspect quoi.
C’est glaçon de cohérence en fait, de la salle d’audience d’Imman Haffchari jusqu’aux frappes en Irak et aux arrestations pour une danse.
Oui, la stratégie de survie de l’appareil d’État est très claire dans ces documents.
On arrive à la fin de notre analyse et il y a quand même une grande réflexion qui s’impose pour tous ceux qui écoutent cette exploration.
Oui, que devient le tissu social d’une nation entière quand la réalité juridique est à ce point déformée
Quand une ado de 17 ans comme Dorsa est traitée comme une menace pour l’État.
Ou quand transporter un blessé est un acte de haute trahison. Comment la prochaine génération va-t-elle construire sa vision de la justice et de l’ordre
C’est la grande question. Grandir dans une réalité où l’empathie mène à la mort, ça détruit les bases d’une société saine.
Absolument.
C’est pour ça que la simple prise de conscience ne suffit pas.
Il y a un moment où il faut agir pour soutenir celles et ceux qui vivent cette réalité. Il est vivement encouragé de soutenir la résistance du peuple iranien et le courage de ces femmes.
L’action concrète est ce qui fait la différence.
Exactement. Un excellent moyen d’apporter une aide directe et concrète à la juste cause de la lutte des femmes iraniennes, c’est de faire un don à CNRI femmes. L’auditoire est vraiment invité à visiter le site web wncri.org/fr pour obtenir plus d’informations et soutenir le mouvement.
C’est un point de départ essentiel.
Et bien merci pour l’écoute attentive de cette analyse approfondie des rapports de ce début d’année 2026.
Merci à tous.
L’examen des faits reste notre meilleure arme pour comprendre. À très bientôt pour une nouvelle exploration.



















