Marjane Satrapi, l’éminente auteure et cinéaste franco-iranienne, s’est éteinte à Paris à l’âge de 56 ans en juin 2026. Créatrice du chef-d’œuvre mondialement reconnu Persepolis, elle était une figure emblématique de la contestation artistique contre la répression en Iran. La présidence française ainsi que l’Académie des beaux-arts ont rendu hommage, par des communiqués officiels, à cette artiste d’exception et fervente défenseure de la liberté.
Le succès planétaire de « Persepolis » pour dénoncer l’oppression
Marjane Satrapi a acquis une renommée internationale grâce à sa série de bandes dessinées Persepolis. Cette œuvre retrace son enfance en Iran, l’oppression exercée par le régime sur la population et son exil forcé vers l’Europe. Publié en trois volumes entre 2000 et 2003, l’ouvrage a connu un succès retentissant dans le monde entier.
L’adaptation cinématographique en film d’animation a remporté le prix du Jury au Festival de Cannes en 2007. Elle avait alors dédié cette récompense à tous les Iraniens. Au cours des années suivantes, elle n’a cessé de soutenir les partisans de la liberté, les femmes et la jeunesse en lutte. Installée en France depuis 1994, elle critiquait ouvertement les politiques du régime des mollahs et a pris position à de multiples reprises contre la suppression du peuple iranien.

Le refus de la Légion d’honneur par Marjane Satrapi
Toujours très virulente envers le pouvoir en place à Téhéran, Marjane Satrapi a posé un acte politique fort en janvier 2025. En signe de protestation contre la diplomatie française qu’elle jugeait hypocrite envers l’Iran, elle a refusé de recevoir la Légion d’honneur, la plus haute distinction civile de France.
Elle avait alors déclaré que tandis que les « enfants des dirigeants iraniens » circulaient librement à Paris, les jeunes Iraniens et les militants de la liberté se voyaient refuser des visas. Ce geste avait été accompli en solidarité avec les femmes et la jeunesse de son pays d’origine.
Le récit du massacre de 1988 dans le second volume de Persepolis
Dans le deuxième tome de son œuvre majeure, elle abordait le massacre des prisonniers politiques survenu en 1988. Évoquant ce crime ordonné par Khomeiny, elle citait les paroles de son père expliquant que, par crainte de voir les moudjahidines atteindre Téhéran, le régime avait imposé un choix aux détenus : renier leurs idéaux ou faire face à l’exécution. Elle y affirmait que des dizaines de milliers de personnes avaient été exécutées durant cette purge.
La commission des Femmes du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) a exprimé ses condoléances suite à la disparition prématurée de cette auteure et réalisatrice éprise de liberté. Elle fut une artiste qui devint un modèle d’honneur en refusant la Légion d’honneur. Sa mémoire restera vivante dans le cœur de la communauté des artistes et écrivains iraniens libres qui se sont dressés face aux dictatures du chah et des cheikhs.



















