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Du quarantième jour de commémoration au mouvement : quand le deuil devient défiance

Du quarantième jour de commémoration au mouvement : quand le deuil devient défiance

February 23, 2026
dans podcast
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Cap sur février : une trajectoire de collision

Bienvenue dans un nouvel épisode du podcast de la Commission des Femmes du CNRI. Je suis votre animatrice et je suis ravie d’accueillir à nouveau notre experte résidente face à moi aujourd’hui.

Bonjour à toutes et à tous, je suis très heureuse d’être de retour. J’ai vraiment hâte d’entrer dans le vif de nos sources aujourd’hui. Oui, et nous avons une analyse approfondie devant nous. Nous examinons une période très précise : la mi-février 2026. Plus exactement les 16, 17, 18 et 20 février. Pour quiconque regarde simplement un calendrier, ce sont des jours ordinaires. Mais d’après les sources dont nous disposons, dans le contexte du soulèvement iranien, ces dates représentent une véritable trajectoire de collision.

La puissance du quarantième jour : quand le deuil est une obligation

Pour comprendre pourquoi ces dates sont si importantes, il faut revenir à la tragédie qui les a déclenchées : les cérémonies du quarantième jour de deuil, le chehelom, pour les victimes de la répression sanglante de janvier 2026. Pour les auditeurs moins familiers avec cette tradition, rappelons que dans la culture iranienne et la tradition chiite, le quarantième jour après un décès n’est pas facultatif. C’est un moment de deuil obligatoire. Les familles se rendent sur la tombe, rendent hommage au défunt. C’est une obligation religieuse et culturelle profondément ancrée. Le régime se retrouve donc dans une impasse. Il peut interdire les manifestations de rue, arracher des banderoles, mais il ne peut ni légalement ni culturellement empêcher une famille de visiter une tombe sans entrer en conflit avec la culture elle-même. C’est précisément le cœur de notre analyse.

Des larmes à la résistance tactique

Ces rituels traditionnels de deuil ont été transformés. Ils ne relèvent plus seulement d’un chagrin passif. Les rapports indiquent explicitement que ces commémorations sont devenues des espaces opérationnels de confrontation et de rassemblement politique. Les larmes traditionnelles se sont transformées en étincelles. Le carburant de ces étincelles ? Une colère publique persistante. Et surtout, point central de notre analyse,  le leadership des femmes. Il ne s’agit pas d’une foule désorganisée. Les sources soulignent que les femmes sont les dirigeantes visibles et tactiques de ce mouvement.

Retour en arrière : de la crise économique au soulèvement

Pour comprendre février, il faut revenir au 28 décembre 2025. Le mouvement débute par des protestations économiques. Le rial s’effondre. Le coût de la vie devient insupportable. Des commerçants et des citoyens expriment leur exaspération. Dans un système totalitaire, l’économie est indissociable de l’État. L’incapacité à nourrir sa famille devient un échec politique. Rapidement, les slogans passent de revendications économiques à l’exigence d’un changement de régime. Le soulèvement massif de janvier s’ensuit. La réponse de l’État est brutale : des milliers de morts ou blessés, plus d’une centaine d’enfants tués. Le calcul du régime était clair : terroriser pour réduire au silence. Mais quarante jours plus tard, le calendrier impose le retour aux cimetières. Et loin d’être paralysée, l’atmosphère décrite par les sources est faite de feu, d’étincelles et de lumière.

Zahra (Raha) Bahloulipour : étudiante et membre de la résistance

Parmi les noms cités figure Zahra Bahloulipour, surnommée Raha. Étudiante en langue italienne à l’Université de Téhéran, elle représentait une jeunesse instruite et tournée vers le monde. Sa cérémonie s’est tenue à Firouzabad, dans la province du Fars. Une présence massive et visible de femmes et de jeunes filles y a été signalée. Les sources précisent qu’elle était membre des unités de résistance de l’OMPI (Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran). Cela contredit la narration officielle qui présente les protestations comme spontanées et désorganisées. La participation d’une étudiante affiliée à une opposition organisée révèle un enracinement structuré.

Negar Ajam : refuser l’effacement à Gonabad

À Gonabad, lors de la commémoration de Negar Ajam, des femmes et des jeunes ont brandi son portrait bien au-dessus de la foule. Dans un État à forte surveillance, exposer publiquement l’image d’une victime constitue un acte d’accusation implicite. Le message est clair : « Vous l’avez tuée, mais nous ne vous laisserons pas l’effacer. »

Parisa Lashgari : solidarité à Nourabad

À Nourabad Mamasani, lors de la cérémonie pour Parisa Lashgari, la forte participation des femmes et des jeunes filles a transformé l’événement en démonstration collective de solidarité. La présence massive de femmes modifie la dynamique psychologique d’un rassemblement : elle brise la barrière de la peur.

Ayda Heydari : redéfinir le martyre

Ayda Heydari, étudiante en médecine à l’Université de Téhéran, est également mentionnée. Autour de son portrait entouré de fleurs, la foule scandait : « Cette fleur tombée est un cadeau pour la patrie. » Ce slogan redéfinit le martyre. Il l’ancre dans une dimension nationale plutôt que religieuse ou étatique, retirant au régime son monopole symbolique.

Une femme seule sur le boulevard Vakilabad

À Mashhad, sur le boulevard Vakilabad, une femme seule se tient face aux forces de sécurité lourdement armées. Ce geste individuel fissure l’illusion d’invincibilité du pouvoir. Si une personne ose, la peur collective s’effondre.

Un mouvement national

Les événements ne se limitent pas à Téhéran ou Mashhad. Les sources mentionnent Shiraz, Ispahan, Abdanan, Zanjan, Lahijan, Najafabad. Les universités jouent un rôle central : Université Ferdowsi de Mashhad, Université de Shiraz, Université de Téhéran.

Évolution tactique : les protestations nocturnes

À Najafabad, les manifestations nocturnes se multiplient. L’obscurité complique l’intervention sécuritaire. Des mères endeuillées scandent : « Les chars, les canons et les mitrailleuses ne fonctionnent plus. »

Abdanan : des blindés face à un chehelom

À Abdanan, lors du chehelom du jeune Alireza Seyedi, 16 ans, les forces de sécurité, notamment les Gardiens de la révolution (IRGC), déploient des véhicules blindés et utilisent des tirs à balles réelles. Internet est coupé. Malgré cela, les protestations se poursuivent, et les slogans « À bas Khamenei » retentissent face aux blindés.

Les slogans : une vision tournée vers l’avenir

Les slogans constituent le baromètre politique du mouvement. « À bas Khamenei » exprime un rejet direct du sommet du pouvoir. Mais un autre slogan est particulièrement structurant : « Ni chah ni mollah. » Il rejette à la fois la monarchie renversée en 1979 et la théocratie actuelle. Il exprime l’exigence d’une troisième voie : une république démocratique.

Depuis la prison : “Nous sommes le changement”

Depuis la prison de Yazd, Parisa Kamali fait passer un message : « Nous ne gémissons pas et ne pleurons pas. Nous sommes fiers d’eux. Nous sommes le changement que nous recherchions. » Cette déclaration renverse le rapport de force symbolique. Le détenu devient acteur, non victime.

Un moment décisif

Lors de la commémoration à Mashhad pour le pompier Hamid Mahdavi, la foule scandait : « Nous n’avons pas donné nos vies pour un compromis. » Les sources décrivent une dynamique désormais binaire : transformation systémique ou maintien du statu quo. En transformant le chehelom en mécanisme récurrent de mobilisation, la résistance a inscrit la contestation dans le tissu culturel.

Une impasse idéologique

Le régime fonde sa légitimité sur le martyre chiite. Or, ces commémorations retournent ce fondement contre lui. Interdire le deuil reviendrait à délégitimer son propre socle religieux. La peur a changé de camp.

Appel à l’action

Avant de conclure, nous souhaitons nous adresser directement à vous. Nous avons évoqué Zahra, Negar, Parisa, Ayda, et le courage de femmes faisant face à des forces lourdement armées. Nous vous invitons à soutenir la résistance du peuple iranien et le combat des femmes iraniennes. Une manière concrète d’agir est de faire un don à la Commission des Femmes du CNRI. Vos contributions soutiennent la documentation de ces événements et la diffusion de ces voix. Pour plus d’informations, rendez-vous sur : wncri.org. Merci de nous avoir accompagnés dans cette analyse approfondie. C’est un sujet difficile, mais essentiel. À très bientôt pour un prochain épisode. Restez informés et en

Tags: Manifestations
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