Dans l’histoire contemporaine de l’Iran, certains noms ne subsistent pas seulement comme des souvenirs, mais comme des voies à suivre. Le nom d’Aziz Rezaei appartient à une catégorie rare : celle d’une femme qui, depuis près de six décennies, est l’incarnation vivante de la résistance des mères et des femmes au sein de l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran (OMPI) et, plus largement, de la Résistance iranienne.
Sa vie n’est pas une chronique de la douleur, mais un témoignage d’endurance, de conscience et du choix délibéré de la résistance.
À l’âge de quatre-vingt-dix-sept ans, Aziz Rezaei (née Zahra Nowrouzi) reste fidèle à ses engagements, des pactes forgés aux premiers jours de la lutte contre la dictature du chah et portés à travers la longue et sanglante confrontation avec la tyrannie religieuse. Elle se définit, à chaque âge et étape de sa vie, comme une combattante de la liberté, ne nourrissant aucun souhait plus grand que celui d’un Iran libre et de la dignité de son peuple.
Une mère qui a forgé des légendes
Aziz Rezaei n’était pas seulement une mère, elle fut une créatrice de légendes. Ses enfants sont devenus des figures de proue de l’histoire de la résistance iranienne :
Ahmad Rezaei, le premier martyr de l’OMPI, dont le sang versé dans les rues de Téhéran a annoncé la chute de la dictature monarchique.
Mehdi Rezaei, symbole inoubliable de la jeunesse révolutionnaire, que le peuple a surnommé « La Rose rouge de la Révolution ». Le poète Ahmad Shamlou a écrit à son sujet : « Un martyr pour lequel le ciel lui-même a prié ».
Reza Rezaei, le grand moudjahidine qui, par son évasion héroïque de prison, a reconstruit l’OMPI après le coup dévastateur de septembre 1971.
Chacun de ses enfants martyrs est devenu une étoile polaire pour des générations de jeunes combattants. L’Ayatollah Taleghani lui dit un jour : « Bénie sois-tu pour avoir élevé de tels enfants. Par le sang de Mehdi, on peut le jurer : ils sont d’un rang supérieur aux compagnons du Prophète ».
Une enseignante qui n’a jamais cessé d’apprendre
Bien qu’Aziz Rezaei ait éduqué des générations, l’un de ses traits les plus remarquables a toujours été son désir d’apprendre. Elle apprenait de tous et enseignait à tous, non pas seulement par les mots, mais par l’action : par l’humilité, une clarté politique et idéologique inébranlable, et une adhésion stricte aux principes.
Sous lestortures insupportables de la SAVAK du chah, coups de fouet, suspensions, passages à tabac, elle se disait : « Souviens-toi de la résistance de Mehdi. Apprends de lui ». Et elle se relevait, encore et encore. Son corps en porte les stigmates : des blessures profondes aux pieds et des dommages durables à l’audition. Pourtant, ni la torture ni l’emprisonnement n’ont brisé sa volonté.
La naissance des mères moudjahidines
En 1971, aux côtés d’autres femmes courageuses comme Mère Sadegh ou Mère Asgarizadeh, Aziz Rezaei a aidé à former le noyau de ce qui est devenu les « Mères moudjahidines ». Ces femmes ont transformé les prisons, les tribunaux, les marchés et les rues en arènes de résistance et de dénonciation du régime du chah.
Dans le Grand Bazar de Téhéran, dans les ruelles de Qom et devant les prisons de la SAVAK, ces mères ont brisé le silence. Lorsque la nouvelle du martyre d’Ahmad leur est parvenue, c’est Aziz qui a réconforté les autres en disant : « Pourquoi pleurez-vous ? Si nous ne donnons pas notre sang, nous ne serons pas victorieux ».
De la révolution à l’exil
Après la libération des prisonniers politiques en janvier 1979, la maison d’Aziz Rezaei est devenue le premier bastion de l’espoir et un lieu de rassemblement pour une génération éprise de liberté. Les dirigeants de l’OMPI, Massoud Radjavi et Moussa Khiabani, y séjournèrent immédiatement après leur sortie de prison.
Cependant, avec l’avènement de la dictature cléricale, elle est retournée sur les lignes de front, des universités aux villes lointaines, du cimetière de Behesht-e Zahra aux rassemblements sous les balles et les gaz lacrymogènes.
Le 20 juin 1981 et les années qui suivirent marquèrent un autre chapitre de deuil : les exécutions de masse et le martyre de nouveaux êtres chers, dont Ashraf, Moussa et Azar Rezaei, ainsi que la chute de Mahin Rezaei et d’Ali Zarkesh (son gendre) lors de l’Opération Lumière éternelle. Une fois de plus, Aziz est devenue une source de réconfort, calme, digne et inébranlable, convaincue que « ce sang ne sera jamais gaspillé ».

Femme, Résistance, Liberté
Même en exil, Aziz Rezaei ne s’est jamais retirée de la lutte. Des camps d’Achraf et de Liberty jusqu’à Achraf 3, des grèves de la faim aux campagnes internationales, elle est restée présente au premier rang. Sa maison est un musée vivant de la résistance, remplie de photographies, de notes manuscrites, de souvenirs de martyrs et, par-dessus tout, de son sourire toujours accueillant qui continue d’inspirer l’espoir.
Aziz Rezaei est bien plus qu’une mère de martyrs. Elle est le symbole de la femme combattante iranienne, celle qui, dans les moments les plus douloureux, a choisi le combat plutôt que la reddition, l’amour inconditionnel plutôt que la sécurité, et l’engagement plutôt que le confort.
Un héritage durable
Honorer Aziz Rezaei revient, en vérité, à honorer toutes les mères de martyrs, de prisonniers et de victimes de massacres à travers l’Iran. Ces femmes constituent les racines sociales de la résistance et la source des mouvements incessants pour la liberté. Aujourd’hui, le rôle de premier plan des femmes dans la résistance organisée en Iran s’inspire directement du modèle forgé par Aziz et sa génération : Femme, Résistance, Liberté.
Le nom d’Aziz Rezaei est gravé non seulement dans l’histoire, mais dans la conscience éveillée



















