Crise de l’éducation en Iran et sort des filles
Chaque automne, la rentrée scolaire en Iran devrait symboliser l’espoir et l’opportunité. Au lieu de cela, elle met en lumière un système en déliquescence où des millions d’enfants—en particulier des filles—sont laissés pour compte. L’éducation, droit humain fondamental et base de la justice sociale, est devenue le reflet des dysfonctionnements économiques et politiques du pays.
La négligence budgétaire est flagrante. Les normes internationales recommandent d’allouer environ 20 % des dépenses publiques à l’éducation, mais l’Iran y consacre moins de 10 %. De ce montant, près de 98 % servent aux salaires, laissant à peine 2 % pour améliorer les infrastructures ou la qualité de l’enseignement.
La part de l’éducation dans le PIB est inférieure à 2 %, bien en dessous de la référence de 4 à 6 % fixée par l’UNESCO. Ce sous-investissement chronique a entraîné une pénurie de plus de 176 000 enseignants et une détérioration généralisée des infrastructures. De nombreuses écoles, surtout dans les provinces rurales, manquent de bâtiments sûrs, de chauffage adéquat ou même de salles de classe permanentes ; plus d’un millier fonctionnent dans des conteneurs maritimes ou des tentes de fortune.
Les pressions économiques accentuent la fracture. La dépense annuelle moyenne par élève avoisine 300 dollars, contre une moyenne mondiale supérieure à 9 000 dollars. L’explosion du coût des uniformes, des livres et du transport rend l’éducation inaccessible aux familles pauvres, qui doivent souvent choisir entre nourrir leurs enfants et les envoyer à l’école. On estime que jusqu’à quatre millions d’élèves ont quitté l’école, le travail des enfants—souvent dans des conditions dangereuses—comblant le vide.
Les filles affrontent des obstacles spécifiques. Le mariage précoce, autorisé dès 13 ans, reste répandu ; l’UNICEF indique que 17 % des Iraniennes âgées de 20 à 24 ans étaient mariées avant 18 ans. Les familles rurales manquent souvent d’écoles secondaires pour filles à proximité ou de transports sûrs vers les centres régionaux, poussant beaucoup d’entre elles à abandonner après le primaire. Dans certaines provinces, près de la moitié des filles quittent l’école en raison de l’absence d’établissements locaux. Même lorsqu’elles persévèrent, elles se heurtent à une hiérarchie de genre rigide qui limite leurs perspectives d’emploi et décourage leur participation civique.
La crise de qualité éducative se reflète dans les évaluations internationales : les élèves iraniens figurent parmi les derniers en lecture, les résultats des filles déclinant par rapport aux années précédentes, alors qu’elles surpassent généralement les garçons dans le monde. L’inégalité croissante du système renforce les divisions de classe : les écoles privées d’élite facturent des frais élevés et offrent des ressources modernes à une petite minorité aisée, tandis que des millions d’élèves subissent la surpopulation et le sous-équipement des écoles publiques.
Il ne s’agit pas seulement d’un problème éducatif ; c’est une injustice structurelle enracinée dans une gouvernance qui privilégie la répression et les dépenses militaires plutôt que l’avenir des enfants. Pour les filles iraniennes, le coût se mesure en occasions perdues et en potentiel réduit au silence. Inverser cette tendance exige non seulement une augmentation du financement et des investissements dans les infrastructures, mais aussi des réformes légales pour mettre fin au mariage des enfants, garantir l’égalité des genres et assurer à chaque fille le droit d’apprendre dans la sécurité et la dignité.




















