À travers le récit poignant de la famille Ebrahimpour, Massoumeh Raouf signe avec « Ô Mères d’Iran » une œuvre magistrale qui transforme le deuil en un acte de résistance politique.
Par la Commission des Femmes du CNRI
Publié aux Éditions Intervalles à Paris, le dernier ouvrage de Massoumeh Raouf, « Ô Mères d’Iran », dépasse largement le cadre du simple témoignage pour s’imposer comme un acte politique et moral majeur face à la dictature religieuse. À la fois récit de vie, document d’histoire contemporaine et cri de ralliement, ce livre s’ancre dans la réalité brutale de l’Iran sous la dictature monarchique et celle des mollahs. Il explore ce territoire où la figure maternelle cesse d’être uniquement un symbole d’affection pour devenir le point de convergence entre la mémoire individuelle et une tragédie collective organisée par l’État. À travers le destin de Fatemeh Eslami, plus connue sous le nom de Mère Ebrahimpour, l’auteure exhume une vérité que le régime tente désespérément d’effacer des consciences.

Contrairement à la vision patriarcale et réductrice imposée par le pouvoir, qui tente d’enfermer les femmes dans une posture de victime passive ou de mère éplorée, ce livre révèle comment le deuil peut être transcendé en un levier de combat radical. Le récit repose sur l’histoire tragique et réelle d’une famille de Gorgan, dont le foyer a été méthodiquement dévasté par la répression politique.
Quatre des enfants de cette famille, engagés au sein de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran, ont été victimes de la répression du régime : Mohammad-Mehdi et Ali-Akbar, exécutés dans les geôles du régime pour leurs activités politiques ; Aboulfazl et leur sœur Assieh, tués lors d’affrontements avec les pasdarans, cette dernière alors qu’elle était enceinte.
Face à ce vide immense, Mère Ebrahimpour ne s’est pas murée dans le silence. Au contraire, elle s’est dressée comme le pilier d’une résistance acharnée, transformant chaque lieu de douleur, des parloirs des prisons aux fosses communes, en un espace de contestation et de mémoire active.

Une écriture entre témoignage et transmission historique
L’ouvrage agit comme un réquisitoire implacable, porté par une plume d’une précision chirurgicale. Massoumeh Raouf, ancienne journaliste, ex-prisonnière politique et lauréate de la médaille d’argent de la Société des Auteurs et Artistes Francophones (SAAF 2025), écrit avec l’autorité de celle qui a vécu l’horreur de l’intérieur. Son style, volontairement sobre et dépouillé de toute dramatisation artificielle, laisse les faits parler d’eux-mêmes.
Cette sobriété narrative renforce l’impact du témoignage : l’autrice documente les mécanismes systémiques de la répression — des arrestations arbitraires aux traques meurtrières dans les rues, jusqu’au paroxysme du massacre de 1988. Ce livre démontre que ces exécutions de masse n’étaient pas des incidents isolés, mais l’expression d’une volonté délibérée de briser toute velléité de liberté, avec une haine particulière dirigée contre les femmes engagées.

Les mères : Gardiennes de la conscience nationale
Dans « Ô Mères d’Iran », la figure maternelle dépasse le cadre familial pour devenir un symbole historique universel. Les mères y apparaissent comme les gardiennes sacrées de la mémoire des disparus, celles qui refusent l’effacement des traces. Leur rôle ne se limite pas au deuil ; elles incarnent une continuité de la conscience face à l’oubli institutionnel et à la réécriture de l’histoire par les bourreaux.
Le livre établit ainsi une lignée directe et inspirante entre les pionnières des années 80 et les mères des martyrs des soulèvements récents. Il prouve que le leadership des femmes iraniennes et leur détermination à renverser la misogynie d’État sont le fruit de quatre décennies de sacrifices conscients et de transmission intergénérationnelle.
Une arme de vérité contre l’effacement
En brisant le mur du silence et en documentant la transformation de la douleur intime en force politique collective, cet ouvrage s’impose comme une référence incontournable. Pour la Commission des Femmes du CNRI, « Ô Mères d’Iran » est bien plus qu’une lecture nécessaire ; c’est une arme de vérité absolue. Ce témoignage est la preuve vivante que tant que la flamme de la justice brûlera dans le cœur des mères de la Résistance, le renversement du fascisme religieux et l’avènement d’un Iran libre demeurent une certitude historique inéluctable.
Pour avoir accès au livre : https://editionsintervalles.com/catalog/o-meres-diran/



















