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Hengameh

Hengameh Haj Hassan, une héroïne dans “la cage”

September 15, 2018
dans Les femmes de la Résistance
Telegram

Dans son beau sourire, son regard gracieux et ses paroles influentes, résident une force et un courage latents.

Hengameh Haj Hassan, ancienne prisonnière politique des années 80 et l’un des témoins des prisons épouvantables de Khomeiny, a écrit sur son expérience carcérale, dans un mémoire influent, ” Face à la bête “, retrace et dénonce les terribles tortures physiques et psychologiques infligées aux Iraniennes dans les prisons des mollahs. Elle raconte aussi et surtout la formidable volonté de vivre et de résister qui anime les résistantes militantes des Moudjahidine du peuple dans les prisons.

Je suis né à Téhéran en 1956.

Après avoir obtenu mon baccalauréat à Téhéran en 1974, je me suis inscrite à un IFSI (un Institut de Formation en Soins Infirmiers) affilié à l’Université de Téhéran. J’ai commencé à travailler comme infirmière à l’hôpital Sina de Téhéran peu après avoir obtenu mon diplôme de l’IFSI en 1978.

Mon père travaillait dans l’industrie cinématographique, mais après l’arrivée au pouvoir des mollahs, il s’est trouvé face à un choix qui a bouleversé sa vie : coopérer avec le nouveau pouvoir en place ou partir. Et comme il refusait de respecter leurs règles et de laisser sa réputation souffrir d’une telle stigmate, il est devenu chômeur. Il a décédé à l’âge de 60 ans le 25 novembre 1987, à cause des harcèlements constants du régime.

Les jours qui ont suivi la révolution et les années 80 en général ont été une période chaotique.

Un de mes frères a disparu en 1981 lors d’une manifestation.  Il avait 24 ans et était apolitique. On ne l’a plus jamais revu.

 

Dans son livre, on lit :

Lorsque l’hidjab obligatoire a été déclaré, surtout à l’hôpital où je travaillais, çà a suscité de nombreux dissidences.

Une main indiscrète essayait de transformer ce beau rêve qu’était l’uniforme d’infirmière, surtout avec ce beau chapeau blanc qui était le symbole et l’identité des infirmières, avait en un cauchemar. Je dois avouer qu’enfant, c’est surtout l’uniforme qui m’a attiré dans cette profession. Des infirmières ont été vitriolées par des miliciens, et nous avons été harcelés et accusés. Le régime tentait en fait d’écarter les femmes de la vie sociale.

 

Hengameh dit :

Je n’ai pas eu d’activités politiques avant la révolution. J’étais étudiante au début, puis j’ai commencé à travailler.

Mais depuis la révolution, je suis devenue une partisane de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI/MEK). Nous étions plusieurs infirmières qui se sont engagées dans des activités politiques en faveur des Moudjahidines du peuple, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’hôpital.

J’ai travaillé dans plusieurs hôpitaux privés à Téhéran. À cette époque, les sbires du régime attaquaient les rassemblements de l’OMPI et passaient au tabac leurs partisans. Dans de telles circonstances, il était de notre devoir de soigner les blessés.

En plus de fournir des soins médicaux aux blessés, nous étions responsables de les faire évader de l’hôpital. Les agents du régime venaient chercher les blessés dans les hôpitaux et les enlevaient. La plupart ont été emprisonnés et torturés, puis exécutés.

Un certain nombre de mes camarades de classe et de mes collègues ont été arrêtés et exécutés à la même époque uniquement pour avoir aidé les blessés à s’échapper.

Chekar Mohammadzadeh, Touba Rajabi-Sani, Tahmineh Rastegar Moghaddam, Kobra Alizadeh et Akram Bahador.

Touba, Tahmineh et Kobra ont été exécutés en 1981, Chekar et Akram en 1988.

Ma chère amie Chekar, avait été acquitté par le tribunal, mais cela n’a pas empêché qu’elle soit exécutée lors du massacre de 1988 qui a fait 30.000 victimes parmi les prisonniers politiques.

Il y avait aussi des médecins parmi nous qui ont été exécutés dans les années 80 pour avoir aidé et soigné des militants des Moudjahidine du peuple : Sadegh Ermachieh, Ali Doroudi et Fahimeh Mir Ahmadi.

Après la grande manifestation du 20 juin 1981, les arrestations massives de partisans des Moudjahidine du peuple ont commencé. Des gens comme moi ne pouvaient plus continuer leur profession en toute sécurité, car il suffisait d’être reconnue comme une sympathisante des Moudjahidine du peuple pour être arrêtée et exécutée.

J’ai donc dû abandonner mon travail et je n’étais plus en mesure de poursuivre ma carrière d’infirmière, qui me passionnait tant.

Pendant 5 mois, je me suis abstenue de rentrer chez moi, sachant que des mandats d’arrêt et d’emprisonnement me visaient. J’ai finalement décidé de rentrer chez moi dans un jour de novembre 1982. C’était un jour om les miliciens du pouvoir en place effectuaient des rafles parmi les jeunes dans la rue, pour y trier ceux qui étaient susceptibles d’être des militants des Moudjahidine du peuple. J’ai donc été arrêtée sur le chemin de la maison, pour délit d’être jeune.

 

Dans son livre, Hengameh se souvient des moments qui ont suivi son arrestation :

Alors que le véhicule de la patrouille qui m’avait arrêtée roulait sur l’autoroute, je lançais un dernier regard de loin sur notre rue. Je me demandais ce que ma mère était en train de faire en ce moment ? À quoi elle pensait? Elle n’était pas au courant de mon arrestation, mais elle allait bientôt apprendre que j’ai disparu et elle va commencer à me chercher dans les prisons et les cimetières. J’aimerais tant pouvoir lui dire où ils m’emmènent….

Ils m’ont bandé les yeux, ils m’ont ruée de coups de poing avant de me faire monter dans la voiture, et ils sont partis dans une direction que j’ai plus tard réalisé que c’était la prison d’Evin.

 

Elle continue de décrire sa première expérience de torture en prison :

L’interrogateur m’a attaché à un lit. Il a enchaîné mes mains au-dessus du lit et mes jambes ont été serrées vers le bas de sorte que chaque fois que je sursautais, mes pieds restaient fixes. Un autre garde s’est assis sur mon dos et m’a jeté une couverture sur le visage…. Soudain, quelque chose m’a frappé sur la plante des pieds.  Je sentais un fort courant de douleur horrible comme si elle se transmettait par électrocution et me faisant trembler dans tout mon corps…. D’autres coups ont suivi. Je ne sais pas combien ! J’ai juste pleuré de douleur….

 

Hengameh fait partie des héroïnes qui ont enduré l’une des tortures les plus dures et les plus longues des cachots de Khomeiny, nommée “la cage”. Elle décrit cette torture dans son livre :

Je portais une veste en laine que ma tante m’avait tissée et envoyée. Haj davoud (le chef de la prison) me frappais avec un câble… J’essayais de savoir avec quoi il me battait, mais les coups violents se sont succédé et il était impossible de se concentrer.  Je battais la chamade. Quand j’ai crié, Haj Davoud s’est arrêté et a dit : “Emmenez-la !”

Ils m’ont emmené dans le couloir qui mène aux cellules.  Nous sommes entrés dans une pièce sur à gauche du hall juste à l’entrée et j’ai été remise à une gardienne. Elle m’a mis au milieu de deux planches de bois qui étaient peut-être à environ un demi-mètre l’une de l’autre, et m’a dit de me mettre entre les deux. Mes yeux étaient toujours bandés….

J’y suis resté environ une semaine, debout en position verticale, sans pouvoir enlever mon tchador, mon foulard, ni mon bandeau. Je n’avais pas le droit de tousser ! Je n’avais pas le droit de parler, et en cas d’urgence, je devais lever la main. J’étais là tout le temps, comme si j’étais dans un cercueil ! Parfois, j’avais l’impression de mourir par manque d’air.

Le programme quotidien était comme ça : nous étions réveillés juste avant l’aube, par l’appel matinal à la prière, entre cinq et six heures. Nous avions trois minutes pour nous laver, puis cinq minutes pour faire la prière. On prenait le petit déjeuner, avant qu’ils nous ramènent dans la cage où nous restions jusqu’à midi où on nous accordait cinq pour aller aux toilettes et faire la prière. Puis on retournait dans la cage jusqu’au dîner et, un peu plus tard, la dernière prière du soir. De minuit jusqu’au matin on dormait dans la cage.

Cette routine s’est poursuivie pendant les jours, les semaines et les mois suivants….

Le plus intenable pour moi, c’était d’avoir les yeux bandés ; c’était le moyen le plus efficace de couper une personne du monde extérieur, et de la forcer à se replier en elle-même. On nous interdisait de dormir ou même de faire la sieste pendant la journée jusqu’à minuit et nous étions brutalement battus si nous le faisions.

De plus, nous devions nous asseoir de façon à ce que notre tête ne dépasse pas la hauteur des parois de la cage, qui était d’un demi-mètre de haut. Si la tête dépassait le dessus de la cage, des coups de pied, de poing et de câble nous forçaient à nous pencher en avant.

Donc, pour les gens qui étaient grands, comme moi, s’asseoir dans une position courbée toute la journée était très difficile à endurer. De même, lorsque nous mangions, nous ne devions faire aucun bruit, comme le bruit d’une cuillère contre une assiette, et si cela arrivait, nous étions accusés de communiquer en morse avec la cage voisine, ce qui conduisait à d’autres coups et tortures.

 

Comme Hengameh l’a dit pendant l’interview, cette horrible période a duré sept mois, avant qu’elle et d’autres héroïnes de la cage, qui ont défié leur ennemi avec leur résistance et leur courage, sortent finalement de là.

Beaucoup de ces derniers ont subi d’immenses dommages psychologiques. Beaucoup ont perdu leur équilibre mental et ont été atteintes de paranoïa. Beaucoup d’autres, après avoir traversé des moments si difficiles, ont été pendues dans le massacre de 1988.

Elles s’attendaient certainement à ce que des gens courageux et forts, comme Hengameh, racontent un jour ce qui leur est arrivé et impriment leurs récits dans les pages de l’Histoire de la résistance iranienne.

 

Hengameh explique comment elle a été libérée :

Pendant les années que j’ai passées en prison, les divergences politiques entre l’Ayatollah Hossein Ali Montazeri, le dauphin de Khomeiny, avec le gouvernement ont connu une flambée. C’est dans le cadre de ces différends qu’une série de prisonniers politiques ont été libérés.

Deux ans après ma libération, j’ai eu la chance de reprendre contact avec l’organisation et, à la fin de 1986, j’ai quitté le pays pour rejoindre la résistance de l’autre côté de la frontière.

Cela fait 32 ans depuis, 32 ans, 32 ans de moments remplis de souvenirs des amies et d’êtres chers… Ceux qui m’ont inculqué la certitude de la victoire et qui m’ont enseigné le sens de la vie, et ceux que j’ai toujours senti à mes côtés à chaque instant de la lutte, chantant la victoire sur mon chemin.

Et aujourd’hui, je revois tous ces héros et héroïnes dans les rues de Téhéran.

 

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