Les racines des horreurs liées aux violences contre les femmes en Iran ne peuvent être réduites à de simples préjugés individuels ou familiaux. Les lois misogynes du régime clérical présentent les hommes comme les propriétaires absolus de la vie et du sang des femmes. Selon le code pénal du régime, un père, en tant que tuteur légal d’une victime de meurtre, est exempté de qisas, ou peine de talion. L’article 1105 du Code civil, quant à lui, définit la direction de la famille comme une prérogative exclusive des hommes.
Sous ce système, le témoignage de deux femmes équivaut à celui d’un seul homme, et une femme soumise à de graves violences domestiques doit prouver que sa vie est en danger pour obtenir le divorce. Ces efforts sont souvent ignorés par les juges du régime jusqu’à ce qu’un meurtre se produise. Le résultat est un cadre juridique qui accorde de fait aux hommes un permis de représailles contre les femmes en réponse aux pressions sociales ou familiales.
Ces lois anti-femmes ont contribué à une tendance à la hausse choquante des prétendus crimes d’honneur. Les données compilées à partir des médias d’État par la commission des Femmes du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) révèlent la profondeur de la tragédie. Selon ces chiffres, le nombre de femmes tuées en Iran est passé de 105 cas en 2023 à 160 en 2024, pour atteindre au moins 192 cas en 2025. Des études universitaires non officielles estimaient précédemment qu’entre 375 et 450 femmes en Iran sont victimes de prétendus crimes d’honneur et familiaux chaque année.
Les racines politiques de la tragédie et la censure systématique
Les tragédies sociales en Iran ont des racines profondément politiques. Le régime au pouvoir est l’un des rares gouvernements au monde à avoir refusé de signer la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) et a bâti les fondations de son pouvoir sur la répression structurelle des citoyennes. Dans un système où la violation du voile obligatoire est traitée comme une atteinte à la sécurité nationale et où les femmes sont détenues et humiliées chaque jour pour leur tenue vestimentaire, il est naturel que la machine de violence contre les femmes soit également alimentée au sein du foyer et de la société.
Pourtant, ces chiffres dévastateurs ne racontent pas toute l’histoire. Ces cas ne sont que ceux qui ont émergé à travers le filtre grossier de la censure médiatique, le climat étouffant dans les provinces et les interruptions répétées d’Internet. Les chiffres publiés par les médias d’État ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. Chaque nom mentionné dans ce texte représente des dizaines d’autres femmes sans voix qui perdent la vie derrière les hauts murs de la censure et du manque d’information, sans que leurs noms ne soient jamais enregistrés.
La société iranienne sait pertinemment que la cause principale de ces drames est la structure cléricale et ses lois médiévales. Le problème n’est pas le préjugé individuel, mais un régime qui a institutionnalisé la violence envers les femmes, une structure sous laquelle, tant qu’elle restera au pouvoir, aucune femme ou fille en Iran ne sera en sécurité.

Voici les détails de 15 cas de femmes et de jeunes filles tuées en moins d’un mois, entre le 24 juillet et le 20 août, d’après les informations de presse.
Détails de 12 affaires et 15 femmes tuées en Iran
1. Azarchahr, province d’Azerbaïdjan oriental, 24 juillet 2026
Une femme de 62 ans a été tuée à Azarchahr par son mari de 72 ans à coups de couteau et de hache. L’auteur a pris la fuite avant d’être arrêté par les forces de l’ordre. Il a invoqué des « différends familiaux » pour justifier son crime. (Agence Rokna)
2. Sanandadj, province du Kurdistan, 25 juillet 2026
Roshana Nouri, une jeune fille de 15 ans du village de Sarhvieh à Sanandadj, a été abattue par son demi-frère.
3. Qazvin, fin juillet, rapporté en août 2026
Esmat Jabbari, une mère de 47 ans, et sa fille de huit ans, Setareh Karbasi, ont été tuées à Qazvin par le mari et leur fils de 17 ans. Les auteurs ont étouffé la mère et la fille dans leur sommeil en les exposant à des substances toxiques. Le crime a eu lieu fin juillet, mais l’information n’a été rapportée qu’en août.
4. Machhad, province du Khorassan-e Razavi, 11 juin, rapporté le 29 juillet 2026
Une femme de 35 ans identifiée comme Fatemeh K. a été étranglée et tuée par son mari à Machhad. Son époux a brûlé son corps dans la zone de Kal-e Chopani, dans le désert près de la route Machhad-Mayamey, avant de l’enterrer dans une fosse peu profonde. Les restes de la victime ont été exhumés plus tard par des animaux sauvages. Le crime a été attribué à des motifs de « crime d’honneur ». (Agence Rokna)
5. Marvdasht, province du Fars, 30 juillet 2026
Sanaz Mehrabi Dashtaki, âgée de 15 ans, a été abattue par son oncle maternel à Marvdasht dans le cadre d’un prétendus crime d’honneur, après que sa famille s’est opposée à son mariage avec l’homme qu’elle aimait.
6. Shahr-e Babak, province de Kerman, 6 août 2026
Une femme a été tuée à Shahr-e Babak par son mari lors d’une attaque au couteau. Les médias locaux ont cité des « différends familiaux ».
7. Ghiamdacht, province de Téhéran, juillet, rapporté le 9 août 2026
Une femme de 45 ans a été tuée à Ghiamdacht par son mari, qui a enterré son corps dans le désert à l’extérieur de la ville. L’homme avait également tué sa fille plusieurs années auparavant. Lors d’une dispute avec sa femme au sujet de ce crime, il a également tué la mère de la jeune fille. La disparition avait été signalée en juillet, mais les circonstances du décès ont été révélées en août.
8. Malekan, province d’Azerbaïdjan oriental, 6 août 2026
Neda Jalilian, âgée de 26 ans et mère d’un enfant de quatre ans, a été brutalement battue et tuée par son mari à Malekan. Neda, qui travaillait lors de célébrations locales, subissait de graves violences domestiques et était retournée chez ses parents. Son mari a pris d’assaut la maison de son beau-père, a violemment agressé les parents, puis a tué Neda après leur transfert à l’hôpital. Il a ensuite pendu le corps pour simuler un suicide, mais les preuves de blessures graves ont révélé la vérité.
9. Machhad, province du Khorassan-e Razavi, 6 août 2026
Une femme de 45 ans nommée Leila a été grièvement blessée par de multiples coups de couteau portés par son mari de 52 ans à leur domicile de Machhad. Elle est décédée après son transfert à l’hôpital Razavi. L’homme a tué sa femme devant leur fille de 17 ans. L’auteur, toxicomane, vendait les biens du foyer pour financer son addiction et a commis le meurtre après les objections de son épouse. (Journal Khorasan)
10. Chabahar, province du Sistan-et-Baloutchistan, 10 août 2026
Azita Rahmatzehi, étudiante à l’université de 24 ans travaillant en pharmacie, a été violemment battue par son mari puis abattue 12 jours après son mariage forcé. Malgré sa forte opposition, Azita avait été contrainte par son père et son oncle maternel d’épouser un homme qui avait déjà cinq enfants. Son mari l’avait empêchée de poursuivre ses études et de travailler immédiatement après le mariage.
11. Babol, province du Mazandéran, 7 août 2026
Somayeh Razaghi, 39 ans, a été étranglée par son ex-mari le 5 août et est décédée à l’hôpital deux jours plus tard. Somayeh, séparée de lui depuis plusieurs mois, s’était rendue à la boutique de son ancien conjoint pour récupérer des documents lorsqu’il a abaissé le rideau de fer et l’a étranglée.
12. Qaemshahr, province du Mazandéran, 14 août 2026
Huriyeh Dadashpour et sa jeune fille, Selin Afraei, ont été étranglées et tuées par son mari pendant qu’elles dormaient. Pour dissimuler le crime, l’auteur a mis en scène un décès par fuite de gaz. (Agence Mehr)
13. Parand, province de Téhéran, 20 août 2026
Une femme de 33 ans originaire de Parand a été tuée par son prétendant lors d’une collision délibérée avec un minibus, maquillée en accident. (Agence Rokna)
14. Chahr-e-Rey, province de Téhéran, 20 août 2026
Une femme d’âge moyen a été tuée par son mari à Chahr-e-Rey, et son corps a été retrouvé hors de la ville. Des « différends familiaux » ont été invoqués. (Agence IRNA)
15. Saghez, province du Kurdistan, 20 août 2026
Latifeh Mohammadzadeh, 40 ans, répartitrice de taxis à Saghez, a été poignardée à mort par son mari de 20 coups de couteau. Latifeh travaillait pour subvenir à ses besoins et à ceux de son enfant ; elle avait été menacée de mort à plusieurs reprises. L’homme avait déjà tenté de tuer son propre nourrisson.



















