En ce mois de juin 2026, la répression en Iran s’accentue contre les participants au soulèvement national de janvier. Les autorités procèdent à des arrestations arbitraires massives, ciblant particulièrement les femmes et les militants dans des villes comme Téhéran, Machhad et Ispahan. Ce rapport détaille les lourdes condamnations et le maintien au secret de dizaines de détenues dans des prisons comme Evin et Qarchak, révélant la panique du régime clérical face à une éventuelle résurgence de la colère populaire.
Dans ce contexte de répression, le déni du droit à un procès équitable, le refus de soins médicaux adéquats et la suppression des visites familiales ainsi que des appels téléphoniques sont devenus des outils systémiques pour exercer une pression maximale sur les manifestants et les défenseurs des droits civiques.
Condamnations prononcées et exécutions des peines contre les manifestants
L’appareil judiciaire continue d’infliger de lourdes peines de prison aux personnes capturées lors de la répression. Parmi elles figurent les deux sœurs Samira et Mina Kouchaki, arrêtées lors du soulèvement national de 2026, qui purgent actuellement leurs peines à la prison d’Evin. Le tribunal révolutionnaire les a condamnées à un total de 10 ans de réclusion.
Samira est mère d’un enfant et Mina mère de deux enfants ; toutes deux avaient déjà été interpellées lors des manifestations de 2022. De même, Parnian (Fatemeh) Hashempour, autre détenue du soulèvement de 2026, purge une peine de cinq ans à Evin après une première arrestation en 2022 à la prison de Qarchak.
Dans d’autres provinces, la 1re chambre du tribunal révolutionnaire d’Izeh a condamné Shaghayegh Makvandi à deux ans et un jour de prison suite à son arrestation par les forces de sécurité le 8 janvier 2026. Parallèlement, Sarina (Marzieh) Aghalar, prisonnière politique d’Ispahan, purge une peine de trois ans et six mois à Evin pour des motifs liés exclusivement à ses activités en ligne.
Le harcèlement frappe aussi durement les familles. Zahra Shahidi, mère célibataire de 48 ans et seul soutien de son foyer, a été condamnée à deux ans de prison après son arrestation durant le soulèvement et se trouve actuellement à Evin. Les autorités déploient également des mesures punitives à l’intérieur des centres : Arezoo Azarm-Sefat, détenue depuis le 26 août 2024, a été privée de téléphone et de visites. Sa peine initiale de cinq ans pour coopération présumée avec un groupe d’opposition a été réduite à trois ans et neuf mois après qu’elle a renoncé à son droit d’appel.
Le sort des ressortissants étrangers suscite également de vives inquiétudes. Homeira Sharifi, une citoyenne afghane arrêtée lors des manifestations de janvier, a été transférée de Qarchak vers Evin le 16 février 2026 pour purger une peine de cinq ans. Mme Sharifi a depuis fait deux tentatives de suicide. Malgré l’alerte lancée par ses codétenues, la direction de la prison lui refuse toujours un suivi médical et psychologique efficace.
À Machhad, l’artiste Soheila Hosseini a été réintégrée à la prison de Vakilabad, tandis que son mari, Ahmad Rahimi, professeur d’informatique, reste à l’isolement dans un centre du renseignement des Gardiens de la révolution. Le couple a été arrêté à son domicile le 18 mars 2026 pour avoir fourni de l’aide humanitaire aux blessés et pour usage présumé du service internet Starlink.
Détentions provisoires prolongées et flou juridique
Un pilier majeur de la stratégie de sécurité du régime est l’usage généralisé de la détention provisoire illimitée, plongeant les prisonniers politiques dans une impasse épuisante. Shadi (Khadijeh) Shadman se trouve ainsi dans un flou juridique au quartier des femmes d’Evin cinq mois après son arrestation.
Interpellée lors des manifestations nationales de janvier 2026, elle a passé un mois dans un centre de sécurité avant son transfert le 29 janvier ; son dossier n’est toujours pas résolu. Mozhdeh Hashemi Bazargani subit un sort identique à la prison de Qazvin depuis son arrestation à Alvand le 4 avril 2026.
La répression cible aussi les professionnels du droit. Fatemeh Rouhandeh, avocate de la défense, est détenue depuis son arrestation à Kerman à la mi-mai. Les autorités lui reprochent d’avoir « violé une interdiction d’activité en ligne » après des publications soutenant les détenus de janvier 2026. Elle est désormais accusée de « diffusion de fausses informations ». À Machhad, Maliheh Timaji est abandonnée par la justice depuis plus de 40 jours sous l’accusation de « rassemblement et collusion ».
Les minorités religieuses font face à un ciblage systématique. À Yazd, la détention de Flora Samadani, une femme bahaie arrêtée le 3 mai 2026, a été prolongée d’un mois. À Chiraz, Sara Sepeheri est dans l’incertitude à la prison d’Adelabad depuis 57 jours. En avril, les forces de l’ordre ont forcé la porte de son domicile, pillé ses biens et confisqué son matériel numérique avant de l’arrêter, la privant aujourd’hui de soins malgré ses problèmes de santé.
Pour d’autres, l’attente dépasse les six mois. Masoumeh (Anahita) JanAlizadeh a passé plus de 200 jours (207 jours précisément) à Evin sans aucune information sur son procès ou les charges exactes.
À Machhad, Azadeh (Masoumeh) Yaghoubi est détenue à Vakilabad depuis plus de quatre mois. Atteinte de la maladie de Crohn et voyant sa santé décliner, elle se voit refuser tout transfert vers un centre médical spécialisé. Enfin, la surveillance numérique conduit à des abus extrêmes : Faezeh Salehabadi est détenue depuis près de quatre mois pour une simple « story » Instagram, tandis que Narges Torbati, 19 ans, est incarcérée depuis plus de trois semaines après que la police a découvert, lors d’un contrôle de son téléphone à Machhad, qu’elle suivait des médias d’information basés à l’étranger.



















