Le samedi 21 février 2026, à la veille du 8 mars, Journée internationale des femmes, la Commission des Femmes du CNRI a organisé à Paris une conférence internationale intitulée « Le leadership des femmes, une nécessité pour un Iran libre et une république démocratique ».
Cette conférence, à laquelle ont participé des parlementaires, des universitaires, des penseuses et des personnalités politiques de premier plan, a mis l’accent sur la participation politique et le leadership des femmes comme éléments décisifs d’une société démocratique.
Lors de cet événement, Karen Smith, ancienne conseillère spéciale du Secrétaire général des Nations unies sur la « Responsabilité de protéger », était présente et a prononcé un discours. Le texte intégral de son intervention est présenté ci-dessous.
Karen Smith : la répression des manifestants en Iran, des décennies de violence d’État
Chers amis, il est véritablement difficile de prendre la parole après les discours inspirants et puissants que nous venons d’entendre. Je ne sais donc pas vraiment quoi ajouter. Je vais essayer de rester très brève.
Avant de poursuivre, je voudrais simplement adresser un message particulier. Je souhaite saluer les jeunes présents dans cette salle, mais aussi les jeunes en Iran, qui, selon moi, sont également à l’avant-garde de cette lutte. Je tiens donc à vous remercier pour votre courage et pour la voie que vous nous montrez.
Comme d’autres l’ont fait avant moi, je voudrais commencer par rendre hommage au peuple courageux d’Iran qui se lève pour défendre ses droits, souvent au péril de sa propre sécurité.
En Afrique du Sud, durant la lutte pour la libération, dont je suis originaire, une expression s’est imposée pour illustrer la force des femmes qui ont joué un rôle essentiel dans le combat pour la démocratie. Cette expression disait : « Si vous frappez une femme, vous frappez un roc. » Je pense que cette phrase s’applique également aux femmes iraniennes.
Je souhaite également souligner que la récente répression brutale contre les manifestants n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans un schéma continu de répression étatique systématique et violente qui dure depuis des décennies.
La mission d’établissement des faits des Nations unies sur l’Iran a mis en évidence une tendance inquiétante : le ciblage spécifique des militantes, qui subissent arrestations, tortures et exécutions, des actes pouvant constituer des crimes contre l’humanité.
Karen Smith : défendre les droits des femmes en Iran, respecter l’engagement mondial de l’ONU de 2005
Si l’égalité des genres et la promotion des droits des femmes constituent évidemment des objectifs essentiels en soi, le soutien aux droits des femmes en Iran s’inscrit également dans l’engagement pris par tous les États membres des Nations unies en 2005 lors du Sommet mondial.
À cette occasion, les États se sont engagés non seulement à protéger leurs propres populations contre les crimes d’atrocité, mais également celles d’autres pays. Plus important encore, ils se sont engagés à prévenir ces crimes avant même qu’ils ne se produisent.
Nous avons tous la responsabilité de rappeler aux États dont nous sommes issus qu’ils ont pris cet engagement en 2005. Il convient de souligner que cet engagement a été adopté à l’unanimité par l’ensemble des États membres de l’ONU.
Compte tenu du risque élevé de nouvelles violations graves des droits humains, la communauté internationale a l’obligation d’empêcher que de nouvelles atrocités ne se produisent en Iran.
Cela implique de s’attaquer à la culture persistante de l’impunité qui permet la poursuite et la répétition de violations graves des droits humains.
Dans le cadre des Nations unies, et je laisserai aux représentants des parlements nationaux présents ici le soin d’évoquer les mesures pouvant être prises au niveau national, plusieurs actions peuvent être envisagées. Il est essentiel de veiller à ce que la situation en Iran demeure inscrite à l’ordre du jour du Conseil des droits de l’homme des Nations unies ainsi que du Conseil de sécurité de l’ONU.
Il est également important que la mission d’établissement des faits examine dans le cadre de son enquête la possibilité que des crimes d’atrocité aient été commis.
Mais surtout, la communauté internationale doit condamner collectivement et de manière constante l’oppression que le régime iranien inflige à son peuple depuis des décennies. Comme l’a rappelé un intervenant précédent, la situation des droits humains doit être placée au centre de toutes les relations avec l’Iran, y compris dans les discussions liées à l’accord nucléaire.
Enfin, il faut reconnaître qu’un Iran pacifique à l’avenir, qui ne constitue pas une menace pour la stabilité régionale, devra être fondé sur l’État de droit, sur l’égalité entre les femmes et les hommes et sur la pleine participation des femmes dans toutes les sphères de la société, y compris dans les responsabilités politiques.




















