Des prisonnières politiques, Maryam Akbari Monfared et Golrokh Iraee, rendent hommage aux victimes du massacre de 1988.
Dans une lettre ouverte envoyée du quartier des femmes de la prison d’Evin à l’occasion du 30e anniversaire des massacres de 30.000 prisonniers politiques en Iran en 1988, deux prisonnières politiques, Maryam Akbari Monfared et Golrokh Iraee soulignent qu’il est ” du devoir de tout Iranien de préserver les évènements des massacres des années 1980 dans les pages de l’histoire iranienne “.
Il a été récemment révélé que le régime clérical est en train de supprimer délibérément les traces et les preuves de ses crimes contre les victimes des exécutions des années 1980 et 1988 en détruisant leurs tombes et leurs fosses communes.
Voici des extraits de cette lettre :
Une lutte formidable était en cours. La bataille était entre ceux dont la mission était de violer l’essence de toutes les valeurs humaines d’une part, et ceux qui s’étaient levés pour faire revivre les mots et qui résistaient pour préserver les valeurs humanitaires. L’hideuse force antihumaine a cherché à éradiquer ces valeurs, et c’est pourquoi les résistants ont choisi d’aller à la potence pour protéger le caractère sacré des mots et la noblesse des valeurs.
En feuilletant les pages de l’histoire de l’Iran, nous pouvons voir qu’à la fin de chaque chapitre, un nouveau chapitre commence. La révolution constitutionnelle, la révolution de ” la forêt “, le coup d’État de 1953, la révolution de 1979, les massacres des années 1980, les massacres de l’été 1988, les incidents de 2009, les incidents des 28 et 29 juillet 1988 [l’attaque contre le camp Achraf], etc.
Les fosses communes des victimes des massacres de 1988 dans le cimetière Khavaran de Téhéran sont visitées par les familles depuis 30 ans. Les familles visitent les fosses communes chaque semaine sans avoir la moindre idée de l’emplacement des tombes de leurs proches. Des familles qui vivent dans d’autres villes ont enterré leurs enfants dans la cour de leur maison…
Un tel courage a été invincible tout au long de l’histoire, parce qu’il demeure éternellement dans le cœur et l’esprit de tout un chacun et non dans sa propre existence physique.
Ils nous ont quitté mais avec leur voyage, ils ont brisé le plafond des doutes et des déceptions. Ils ont dit non à la servitude et à la cruauté lors de leur captivité, dans toutes les circonstances, que ce soit devant les pelotons d’exécution ou la potence. Ils ont payé un lourd tribut pour la liberté, mais le flot de leur bravoure exceptionnelle a continué chaque jour et à chaque instant malgré de nombreuses conspirations et calomnies…
Le régime[clérical] a toujours essayé d’effacer de l’esprit des gens les souvenirs des années 1980 et des massacres de 1988. Ils essaient de les censurer sous divers prétextes. Ils détruisent les fosses communes et ils accusent les victimes d’avoir été des terroristes… Ils ont insisté sur cet objectif tout au long de des années, mais ils ne savaient pas que tout au long de ces années, les familles ont essayé de garder le souvenir de ces victimes et de garder vivante cette partie de l’histoire, de transmettre leur voix au monde malgré une répression massive.
Les murs de cette répression et de cette dissimulation ont été ébranlés par les vagues tonitruantes du mouvement pour la Justice.
La protection de l’histoire des années 1980 qui fait partie de l’histoire de l’Iran est le devoir de chaque Iranien. L’examen des évènements de cette décennie et la poursuite des auteurs et des commanditaires de ces massacres par la justice empêcheront la répétition de tels crimes.
Nous ne céderons pas tant qu’une enquête indépendante n’aura pas été menée dans cette affaire et que les auteurs de ce massacre ne soient traduits en justice.
Nous ne pardonnerons pas et nous n’oublierons pas.



















