Le 24 juin 2026, l’agence de presse turque JINNEWS a rendu public un rapport de la journaliste Melek Avcı détaillant les conditions de détention des prisonnières politiques en Iran. De Téhéran à Machhad, ces femmes subissent une répression systématique incluant travail forcé, torture et déni de soins médicaux. Ce document met en lumière comment le régime clérical iranien instrumentalise le système carcéral pour perpétuer une misogynie structurelle contre les opposantes politiques et les partisantes de l’OMPI.
Fondé en 2017, JINNEWS est un média indépendant spécialisé dans les droits des femmes, les violences basées sur le genre et les évolutions sociales au Moyen-Orient. Depuis 2022, Melek Avcı y publie de nombreuses enquêtes sur les mouvements sociaux et les prisonniers politiques. Voici l’intégralité de son article consacré à la situation actuelle en Iran.
De la rue à la prison : une histoire de résistance sous l’oppression
Travail forcé, privation de soins, isolement, torture et menaces d’exécution : les prisonnières politiques en Iran font face à des violations systématiques de leurs droits fondamentaux. Les organisations de défense des droits humains soulignent que ces pratiques reflètent les politiques misogynes de l’État.
En Iran, les femmes subissent depuis des années diverses formes de discrimination et d’oppression. Ce que les militants appellent aujourd’hui une « misogynie structurelle » ne se limite pas aux lois ; elle se manifeste dans tous les domaines de la vie sociale, culturelle et politique. Ces pratiques, allant du contrôle vestimentaire à la répression des militantes, exercent une pression plus intense sur les femmes que sur tout autre segment de la société.
La prison constitue le dernier maillon d’une chaîne de restrictions commencée au grand jour. L’oppression se poursuit avec une sévérité accrue derrière les murs des centres de détention.
L’exploitation du travail des femmes en prison
L’un des problèmes les plus alarmants est l’usage généralisé de la main-d’œuvre carcérale. Selon des informations émanant de la prison de Vakilabad, à Machhad, et de plusieurs autres établissements, les détenues sont contraintes de travailler dans divers ateliers de production.
Les défenseurs des droits humains affirment que les conditions dans lesquelles les prisonnières travaillent, pour des salaires dérisoires et sous la contrainte, s’apparentent à une exploitation pure et simple. Les Nations unies et ses rapporteurs spéciaux ont décrit cette pratique, dans certains cas, comme un exemple d’« esclavage moderne » et de « crime contre l’humanité ».
Les barrières sanitaires comme outil d’oppression
Au-delà de l’exploitation économique, la politique délibérée consistant à refuser aux femmes l’accès aux soins médicaux est un problème majeur. De nombreux témoignages provenant de Qarchak, d’Evin et de Ghezel Hessar indiquent que l’accès aux médecins et aux médicaments spécialisés est sévèrement restreint. Le retard volontaire des transferts hospitaliers entraîne souvent des conséquences irréversibles pour la santé des prisonnières politiques en Iran.
Des détenues maintenues dans des conditions de quarantaine
La situation à la prison de Qarchak, à Varamin, longtemps considérée comme l’un des pires centres pour femmes, illustre cette détresse : surpopulation, installations insalubres, pénurie d’eau potable et ventilation défaillante.
À Machhad, dans la prison de Vakilabad, au moins 30 femmes, pour la plupart arrêtées lors des raids de janvier 2026, sont détenues dans le quartier « Aramesh ». Ce sous-sol exigu, sans lumière naturelle et mal ventilé, est décrit comme un lieu de confinement inhumain marqué par le manque de lits et de soins.
Torture et pressions à la prison de Sirdjan
Des sources citées par JINNEWS font également état d’arrestations massives à Sirjan. Suite aux manifestations de janvier 2025, environ 400 personnes ont été interpellées, dont des dizaines de femmes. La plupart ont subi des semaines de pressions psychologiques et physiques, de torture et d’interrogatoires. Parmi elles figurent les docteures Sepideh Fakharian et Nastaran Korki, ainsi que Zohreh Ghorbani, accusées d’avoir « dirigé les protestations ».

La situation à Ghezel Hessar et à la prison d’Evin
Ces dernières semaines, la pression s’est accentuée au quartier des femmes de la prison d’Evin. Sept prisonnières politiques en Iran, dont Shiva Esmaili, Marzieh Farsi, Forough Taghipour, Zahra Safaei, Golrokh Iraei, Sakineh Parvaneh et Elahe Foladi, ont été privées d’appels téléphoniques.
Nombre de ces femmes sont des membres ou des partisantes actives de l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran (OMPI). L’isolement communicationnel est une méthode éprouvée pour briser le moral des détenues. Parallèlement, à la prison de Ghezel Hessar, les prisonniers affrontent des températures extrêmes et un manque d’accès à l’eau potable.
L’appartenance politique comme motif de condamnation à mort
La situation des femmes de l’OMPI est jugée la plus préoccupante, car le simple fait d’appartenir à l’organisation peut être passible de mort. Zahra Tabari, ingénieure de 68 ans, a été condamnée à la peine capitale pour la seconde fois pour son soutien indéfectible à l’organisation.
La torture et l’oppression subies par ces femmes ne sont pas des cas isolés ; elles s’inscrivent dans la lutte globale des Iraniennes pour l’égalité, la dignité et la liberté. Malgré la violence du régime, elles démontrent que leur exigence de changement, de la rue aux cellules, reste inébranlable.




















