Face aux inquiétudes internationales croissantes concernant l’intensification de la répression à la suite des récentes manifestations nationales en Iran, la Dr Mai Sato, Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l’homme en Iran, a lancé un avertissement sévère.
Dans une déclaration publique publiée sur Twitter, elle a révélé que, dans les semaines précédant les manifestations nationales qui ont débuté le 28 décembre 2025, elle-même et d’autres experts de l’ONU avaient adressé plusieurs communications formelles aux autorités iraniennes concernant plusieurs affaires d’exécution et la dégradation des conditions de détention.
Au cœur de ces préoccupations figure l’affaire de Zahra Tabari, ingénieure électricienne de 67 ans condamnée à mort pour baghi (« rébellion armée contre l’État »). Le verdict aurait été prononcé à l’issue d’une audience de moins de dix minutes. Selon Mai Sato, la principale preuve présentée contre Zahra Tabari consistait en un fragment de document portant un slogan de manifestation, ce qui soulève de graves préoccupations quant à l’absence de respect des garanties procédurales et à la violation des normes d’un procès équitable dans les affaires capitales.
La Dr Mai Sato a également évoqué le cas de Ehsan Faridi, étudiant en génie mécanique condamné à mort pour efsad-e fel-arz (« corruption sur terre »). Son acte d’accusation, a-t-elle précisé, reposait sur des rapports des services de renseignement rédigés par un procureur ultérieurement démis de ses fonctions pour corruption — un point qui avait déjà fait l’objet d’une communication officielle aux autorités iraniennes.
Des communications distinctes ont également porté sur les conditions de détention dans plusieurs établissements pénitentiaires, notamment la prison de Qarchak, la prison de Ghezel Hesar, la prison de Sheiban et la prison de Lakan. Les rapports font état de décès en détention, de torture, d’exécutions menées sans préavis et du refus d’accès des détenus à leurs familles. Les autorités iraniennes auraient toutefois rejeté ces allégations, les qualifiant de politiquement motivées, affirmant que toutes les procédures judiciaires étaient conformes au droit interne.
La Dr Mai Sato a souligné : « De même que Faridi et Tabari ont été condamnés à mort à l’issue d’enquêtes et de procès qui semblent clairement violer les garanties procédurales, des individus pourraient désormais être exécutés pour avoir participé aux manifestations nationales. Je reçois des informations faisant état d’aveux forcés de manifestants, faisant écho aux allégations soulevées dans les communications. Les conditions de détention mentionnées dans ces communications sont celles dans lesquelles les nouveaux manifestants arrêtés pourraient avoir été placés. »
Elle a en outre mis en garde contre un profond manque de transparence concernant la situation des détenus : « Aujourd’hui, nous ne savons pas combien de personnes sont détenues, où elles se trouvent ni dans quel état. Nous ne savons pas combien ont été condamnées à mort ou déjà exécutées. Nous ne savons même pas combien de personnes ont été tuées : le chiffre officiel de l’État dépasse 3 000, tandis que les rapports des organisations de la société civile font état d’un nombre largement supérieur. »
Pour souligner le coût humain de cette crise, Mai Sato a relaté l’histoire d’un adolescent tué lors des manifestations nationales. « Mais derrière les chiffres, il y a des vies individuelles. Je reçois des informations sur des cas précis. L’un d’eux concerne un adolescent tué pendant les manifestations nationales. Quelques mois avant le début des manifestations nationales, il écrivait dans son journal : “Aujourd’hui, alors que nous sommes au dernier jour de l’été, je ressens beaucoup d’excitation et d’enthousiasme pour demain, car c’est le premier jour (d’école). Dans ma nouvelle école, mon domaine d’étude est l’électronique et lié à l’électricité. J’espère qu’un avenir lumineux m’attend, ainsi que pour ma famille.” »




















