CNRI Femmes – Mme Monireh Arabshahi a récemment été condamnée à 16 ans de prison pour ne s’être pas couvert les cheveux dans un métro réservé aux femmes, alors qu’elle distribuait des fleurs aux femmes pendant la Journée internationale des femmes.
Arrêtée avec sa fille Yasamine Aryani le 11 avril 2019 et actuellement détenue à la prison Qarchak de Varamine, Monireh Arabshahi a envoyé une lettre ouverte pour son anniversaire le 3 août 2019.
Evoquant problèmes sociaux en Iran, notamment la double épreuve vécue par les femmes, elle a écrit que tous les humains peuvent être conscients de ce que le lendemain apporte avec les pas qu’ils font vers lui.
Sa lettre est un exemple de la conscience et du sacrifice d’une génération de femmes iraniennes déterminées à défier la dictature misogyne des mollahs.
En voici le texte intégral :
Demain n’est promis à personne. C’était une phrase que j’ai entendue à maintes reprises et dans laquelle, comme la plupart des gens, je croyais. Mais en ce moment, dans un coin de ma cellule en prison, sans trouver d’endroit confortable et tranquille pour un peu de concentration et de réflexion, ma vision et ma perception de ce vieux dicton omniprésent a changé à 180 degrés, et j’en suis venue à réaliser que tous les êtres humains peuvent être conscients de leur avenir, mais pas avec les prédictions de voyants et illusionnistes sournois. Plutôt, avec les pas qu’ils font vers demain, avec les idées qui orientent leur vie, et avec un cœur qui a foi en leurs pas et leurs idées.
On peut mélanger foi et pratique pour ouvrir les portes de l’avenir et voir ce qu’il y a au-delà. Dans une telle quête, il n’est donc pas important de savoir quand et comment on meurt.
Je m’appelle Monireh, je suis mère de deux charmantes filles et épouse d’un homme aimable.
Je suis à la prison de Qarchak avec ma fille, Yasamine depuis quatre mois pour « collusion contre la sécurité nationale et l’État ».
Au cours des 40 dernières années, j’ai eu une vie très ancrée dans la routine. Malgré mon rôle social d’enseignante du secondaire, et bien que j’aimais vivre avec mon mari et mes enfants, je me sentais stagner dans mes soucis, coincée dans une fosse, une fosse faite de la boue misogyne qui pue la violence, l’exploitation, l’injustice, la discrimination, l’humiliation, l’infériorité, perturbant même ceux assis sur le trône.
Une Eve égale à Adam
Par trône, j’entends le trône du royaume de Dieu. Le Dieu qui a créé Ève, non pas de la terre et de la boue comme Adam, mais avec un os de ses propres os pour souligner leur unité, sans aucune discrimination dans le libre arbitre et le choix, et jouissant de la même sagesse, connaissance, raison et émotion.
Alors pourquoi le prestige et la dignité d’une femme qui était censée être une compagne et une consultante, réconfortante, consolatrice et complémentaire d’un homme, est-elle déraisonnablement tombée en disgrâce avec des mots stupides et violents tels que faible, incomplète, aveugle, renfermée, mère des enfants, second sexe, etc.
Et dans les légendes et les cultures folkloriques, sa nature humaine et sa douceur d’esprit sont devenues l’un des symboles les plus trompeurs et les plus inhumains comme le serpent, la vipère, Satan et la sorcière. Alors que, tout au long de l’histoire de l’Iran, les femmes courageuses ont été la force motrice derrière les hommes dans de nombreux mouvements et causes.
Mes soucis intérieurs étaient comme des cris, réduits au silence par peur des conséquences. Puis, l’année dernière, un soir comme ce soir, celui de mon anniversaire, j’ai reçu un cadeau d’agents de sécurité qui m’a brisé le cœur au lieu de me rendre heureuse ou enthousiaste. Mon cœur s’est brisé de douleur et de colère. Le cadeau était l’arrestation de ma fille, Yasamine, lors d’une manifestation civile contre la vie chère.
La peur, une marchandise à vendre
Mais il serait injuste que je n’admette pas qu’avec ce même présent, la dure carapace de la peur s’est brisée en moi.
En lisant un livre de Simine Daneshvar, une belle phrase a attiré mon attention. « La peur est une marchandise à vendre. Si tu ne l’achètes pas, elle va pourrir, alors ne l’achète pas. »
Je n’étais plus acheteuse de ce produit. J’ai plutôt acheté de belles fleurs dont les pétales aromatiques sentaient l’amour, l’affection, la paix et l’empathie. J’ai offert les fleurs à des femmes dont je savais qu’elles ressentaient l’absence ou la perte de quelque chose au fond d’elles-mêmes, mais que je n’ai jamais recherché. Peut-être qu’elles avaient acheté la peur comme je l’avais fait dans le passé. Ou peut-être ne pouvaient-elles pas voir en elles la capacité de retrouver ce qui leur appartenait. Ainsi, se sont-elles mêlées au sectarisme et au fanatisme, avançant sur le chemin qu’on leur avait pavé pendant des siècles sans aucun mot.
Bien que distribuer des fleurs aux femmes dans le métro ait transformé ma vie, je n’ai pas peur car toutes les transformations ne sont pas nécessairement mauvaises. Parfois, ce qui est caché en dessous est meilleur que ce qui est à la surface. Je ne suis donc pas inquiète. Et je suis heureuse qu’au cours de ma cinquantième année, j’aie pu enlever le voile qui avait couvert mes pensées, mes idées et mes croyances pendant de nombreuses années. Et aujourd’hui, le jour de mon anniversaire, je me sens comme un oiseau libre qui a choisi le chemin qui l’attend et qui repart avec confiance.
Monireh Arabshahi
Le 3 août 2019
Prison de Qarchak à Varamine
Monireh Arabshahi, une enseignante très active

L’auteur de cette lettre, Monireh Arabshahi, a été arrêtée le 11 avril 2019, un jour après l’arrestation de sa fille, Yasamine Aryani.
Au cours des interrogatoires, Mme Aryani et Mme Arabshahi ont été accusées d’ « association et
collusion contre la sécurité nationale, d’encourager et de préparer le terrain à la corruption et la prostitution » en ôtant leur voile et par leurs activités contre le voile obligatoire, et en particulier d’avoir participé sans voile à la Journée internationale des femmes dans le métro, en offrant des fleurs aux passagers.
Le mercredi 31 juillet 2019, la branche 28 du tribunal révolutionnaire de Téhéran a condamné Yasamine Aryani, Monireh Arabshahi et Mojgan Keshavarz à un total de 55 ans et six mois de prison à elles trois pour « association et collusion contre la sécurité nationale », « propagande contre l’État » et « encouragement et préparation des terrains pour corruption et prostitution ».
En vertu de l’article 134 du code pénal des mollahs, la peine la plus lourde, à savoir 10 ans de détention dans cette affaire, sera appliquée à chaque accusée.
Monireh Arabshahi a animé une émission radiophonique sur la santé pendant deux ans et a simultanément travaillé comme dramaturge à la radio.
Mme Arabshahi a également travaillé comme journaliste pour des programmes sociaux sur le travail des enfants. Elle a enseigné dans des écoles primaires et secondaires pour des élèves en difficulté de la province d’Alborz.




















