Malgré l’immense richesse du pays, le régime théocratique au pouvoir en Iran n’a pas été en mesure d’entretenir les infrastructures urbaines et rurales, même à leurs niveaux les plus élémentaires. Les pénuries d’eau potable, les manques de logements, de routes, d’électricité et d’autres infrastructures ont fait des femmes des employées de maison non rémunérées incapables de penser à leurs propres droits humains fondamentaux, tels que le droit à un emploi décent. Cela les a empêchées de participer à la vie de communauté qui peut apporter des changements positifs dans leur vie.
Le peuple iranien souffre de graves pénuries d’eau. Une mauvaise gestion de l’État qui se traduit par des sécheresses fréquentes, des déviations excessives des eaux de surface et des eaux souterraines ont amené les ressources en eau de l’Iran à un niveau critique.
L’assèchement des lacs, des rivières et des zones humides, la réduction du niveau des eaux souterraines, l’affaissement, la dégradation de la qualité de l’eau, l’érosion des sols, la désertification et les tempêtes de poussière sont les stigmates laissés par cette mauvaise gestion.
L’Organisation pour l’environnement estime que la vitesse de consommation des ressources en eau souterraine en Iran est trois fois plus élevée que les normes mondiales. Cette consommation d’eau non normalisée et non réglementée est à l’origine de l’assèchement de 297 plaines sur les 600 que compte l’Iran. De plus, 35 milliards de mètres cubes d’eau sont perdues dans le réseau de transport à cause de l’échec de la réparation du réseau de transport d’eau. Le Centre de recherche du Parlement a calculé que le gaspillage d’eau se situait entre 26 et 36 pour cent[i].
En janvier 2018, le New York Times rapportait dans un article choquant qu’en 50 ans, 12 des 31 provinces d’Iran perdraient tous leurs aquifères souterrains.
Isa Kalantari, le chef de l’Agence de protection de l’environnement, a reconnu que la pénurie d’eau entraînerait la migration forcée de 50 millions d’Iraniens si elle n’était pas correctement gérée[ii].
L’été dernier, 48 % de la population du pays souffrait d’un stress hydrique, qui pourrait s’accroître rapidement[iii].
Les deux tiers de la population de la province du Sistan-et-Baloutchistan (sud-est de l’Iran) n’ont pas accès à l’eau potable[iv]. Par exemple, les femmes et les filles de Kenardar à Chabahar doivent marcher près de 30 minutes, 5 ou 6 fois par jour, pour transporter leur eau potable et l’apporter chez elles à l’aide de pots ou de récipients d’eau[v].
Le Préfet du Sistan-et-Baloutchistan a annoncé une réduction de 50 % des eaux de puits, qui constituent la seule source d’eau potable pour les habitants du nord de la province. Il a admis qu’en cas de l’assèchement de cette source d’eau, la ville de Zabul deviendrait inhabitable et sa population serait contraint à la migration[vi].
Dans cette province toujours, l’eau de la rivière Hirmand, principale source d’approvisionnement en eau de cinq villes situées dans le nord de la province et de la capitale provinciale, Zahedan, est en train de s’assécher[vii].

Le directeur général de la Compagnie des eaux de la province de Yazd (centre de l’Iran), Mohammad Fatehi, reconnaît que l’eau destinée à 330 villages de cette province, qui compte 22 000 habitants, est fournie par camion-citerne[viii].
Aucun budget n’a été alloué à l’eau par l’Organisation des fonds de développement national en 2019[ix]. Récemment, 18 parlementaires d’Ispahan ont démissionné pour protester contre la non-attribution de fonds à l’approvisionnement en eau potable de cette province[x].
Abolfazl Mousavi-Boyuki, député de Yazd au parlement du régime, a également admis que le parlement du régime avait suspendu le quota d’eau pour les agriculteurs à l’est d’Ispahan, ce qui a entraîné la perte de leurs moyens de subsistance. Comme si cela ne suffisait pas, les autorités du régime proposent de limiter la part de l’eau en amont du barrage de Zayandehrud ou du barrage du Chahar Mahaal consacrée à cette région.
Protestations contre les pénuries d’eau
La question des pénuries d’eau est rarement abordée dans les médias officiels. Cependant, en raison des protestations du printemps et de l’été de l’année dernière, on peut se rendre compte que la situation est devenue intolérable dans différentes villes et provinces.
La province du Khouzistan (sud-ouest de l’Iran) et ses villes, y compris Khorramshahr et Abadan, connaissent des pénuries d’eau sans précédent. Depuis un certain temps déjà, l’eau potable canalisée de Khorramshahr est salée et dégage une odeur nauséabonde d’eaux usées. Cette situation a donné lieu à des manifestations de masse l’été dernier qui ont été brutalement matées[xi].
Le 31 mars 2018, un groupe de femmes du comté de Golshahr-e Imam Reza à Rudbar, dans la province de Kerman (sud de l’Iran) s’est réuni devant la Préfecture du comté pour protester contre le la pénurie d’eau potable. Les citoyens de Golshahr ont protesté à plusieurs reprises contre les fréquentes coupures d’eau, sans qu’aucune suite ne soit donnée à leurs revendications.
En juin 2018, des habitants d’Abadan se sont rassemblés devant la Compagnie des eaux de la ville pour protester contre la salinité de leur eau potable. Ils ont attaché une bouteille d’eau potable contaminée de leurs robinets sur des pancartes pour montrer leur opposition à la salinité et à la contamination de l’eau potable[xii].
Le 27 mai 2018, après 8 jours de coupure d’eau, les habitants du village de Khoshkabad à Minab (province de Hormozegan sur le bord du Golfe persique) se sont rassemblés en signe de protestation devant la compagnie rurale des eaux et des eaux usées et ont exigé une solution à ce problème.
Le 30 mai 2018, les habitants de Yas Masjid à Bukan (province de l’Azerbaïdjan occidental, dans le nord-ouest de l’Iran), ont manifesté pour protester contre les pénuries d’eau et de gaz. Une présence significative des femmes a marqué cette manifestation[xiii].
Le 17 juin 2018, un groupe d’habitants de Khorramshahr, dont un nombre important de femmes, a protesté contre la salinité de leur eau potable devant la Compagnie des eaux de la ville. Un mois plus tard, les 29 et 30 juin, cette protestation s’est répétée et a débouché sur des émeutes dans la ville. Les 8 et 9 juillet, des nouvelles émeutes se sont encore produite pour la même raison à Khorramshahr.
Le 23 juin 2018 à Bouchehr, dans le sud de l’Iran, des femmes ont protesté contre 55 jours de déshydratation dans le comté de Dashtestan. “Nous n’avons pas d’eau pour boire, nous laver ou laver nos vêtements”, a notamment dit l’une des manifestantes[xiv].
Dans la même province de Bouchehr, à Borazjan, des habitants ont également manifesté en juillet à proximité de la banque Mellat devant la Préfecture[xv]. Des milliers de personnes se sont rassemblées pendant plusieurs jours et ont protesté jusqu’à tard dans la soirée en portant des pancartes qui disaient : “Nous n’avons pas d’eau”[xvi].
Ces manifestations se sont poursuivies à Borazjan dans les derniers jours de juillet. Une femme vivant à Borazjan a montré une bouteille d’eau vide, criant que cela fait dix jour que la population est privée d’eau[xvii].
Au cours de la même période, des habitants (dont de nombreuses femmes) de la région de Barchi Sarcheshme, dans la province de Kerman (sud de l’Iran), ont fermé la route principale menant au complexe du cuivre, pour protester contre la pénurie d’eau[xviii].
Le 17 septembre 2018, à Rudbar Kohbani, un comté de la province de Lorestan (ouest de l’Iran), des manifestants parmi lesquels se trouvait encore un nombre important de femmes, se sont rassemblées devant la Préfecture et l’Organisation des routes et de l’urbanisation de la ville de Kuhdasht pour protester les pénuries d’eau et l’état déplorable des routes[xix].
[i] Le site Web de la Chambre du commerce, des industries, des mines et de l’agriculture de Téhéran, www.tccim.ir/news/, 6 janvier 2019
[ii] Agence de presse Isna, 8 mai 2018
[iii] Le site Web de la Chambre du commerce, des industries, des mines et de l’agriculture de Téhéran, www.tccim.ir/news/, 6 janvier 2019
[iv] www.bbc.com/persian, 6 janvier 2019
[v] Agence de presse Tasnim, 22 décembre 2015
[vi] Le site Web Dananews.ir, 6 janvier 2019
[vii] Le quotidien Hamshahri, newspaper.hamshahri.org, 14 janvier 2019
[viii] Agence de presse Isna, 8 mai 2018
[ix] Le site Web de la Chambre du commerce, des industries, des mines et de l’agriculture de Téhéran, www.tccim.ir/news/, 12 janvier 2019
[x] www.bbc.com/persian, 5 décembre 2018
[xi] Le site Web rouydad24.ir, 2 juillet 2017
[xii] Le site Web www.baeghtesad.com, 20 juin 2018
[xiii] women.ncr-iran.org, 31 mai 2018
[xiv] women.ncr-iran.org, 24 juin 2018
[xv] Le site Web de Deutsche Welle, https://www.dw.com/fa-ir/iran/a-44573941, 8 juillet 2018
[xvi] women.ncr-iran.org, 9 juillet 2018
[xvii] Ibid
[xviii] women.ncr-iran.org, 3 juillet 2018
[xix] women.ncr-iran.org, 20 septembre 2018



















