L’éducation est obligatoire et gratuite dans la plupart des pays du monde pour les 6-14 ans, l’UNESCO ayant souligné la nécessité d’une éducation obligatoire pour les enfants.
Selon le principe 30 de la Constitution iranienne, “le gouvernement est tenu d’assurer la gratuité de l’enseignement primaire et secondaire à tous les membres de la nation et de faciliter l’enseignement supérieur gratuit pour tous pour que ce que le pays soit autosuffisant”.
Avec quelque 9,5 millions d’analphabètes, l’Iran se classe 120e sur l’échelle mondiale de l’alphabétisation.
Ali Bagherzadeh, vice-ministre de l’Éducation et directeur de l’Organisation du mouvement d’alphabétisation, a cependant révélé lors d’une conférence au ministère de l’Éducation que l’éducation n’est pas obligatoire en Iran. (Salamatnews.com, 25 avril 2018)
Bagherzadeh a également avoué que le critère d’alphabétisation en Iran est toujours la seule capacité de lire, d’écrire et de compter, alors que dans d’autres pays, ce critère s’est amélioré pour inclure beaucoup plus.
La faillite économique du régime clérical est un facteur d’analphabétisme. Au cours des dernières années, Hassan Rouhani a ordonné la fermeture de nombreuses écoles dans les communautés rurales afin de réduire le budget.
Les universités sont par ailleurs devenues payantes, ce qui a contribué à l’abandon scolaire. C’est actuellement l’un des sujets de protestations estudiantines.
Les étudiants en maîtrise de l’Université d’Orumia ont organisé une manifestation de trois jours, du 14 au 17 février 2018, contre les nouveaux frais exigés par l’université.
Le 9 mai 2018, les étudiants de l’Université d’Orumia ont protesté contre un plan visant à faire payer les unités de cours universitaires.
Orumia est la capitale de la province de l’Azerbaïdjan occidental, au nord-ouest de l’Iran.
Le 29 avril 2018, des étudiants de l’Université Alameh Tabatabayi de Téhéran ont organisé une manifestation contre les frais exigés par l’université. Ils portaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : “Non aux études payantes”, “L’Université Alameh est devenue une entreprise économique”.
Les étudiants de l’Université d’art de Téhéran ont également organisé une manifestation le 17 février 2018, pour la même raison.
Statistiques officielles controversées sur l’analphabétisme
Les statistiques sur l’alphabétisation ou l’analphabétisme en Iran sont rares et inexactes. Les responsables du régime fournissent généralement des chiffres contradictoires avec l’objectif de minimiser la gravité de la situation.
S’exprimant dans l’émission Alephba de la Télévision d’État, Irib, Ali Bagherzadeh a déclaré aux que, d’après le recensement effectué en 2016 en Iran, le nombre d’analphabètes dans le groupe des 10-49 ans était de 2,3 millions, dont 60 % de femmes. Cela représente 1,38 million de femmes. (Salamatnews.com, 25 avril 2018)
Dans une autre interview publiée par les médias officiels le 31 mars 2018, le même fonctionnaire avait déclaré : “Il y a environ 2,7 millions d’analphabètes âgés de 10 à 49 ans en Iran, dont près de 1,8 million sont des femmes”. (L’agence de presse ILNA, 31 mars 2018)
En ce qui concerne le nombre d’enfants analphabètes, les statistiques recueillies en 2006 et publiées dix ans plus tard en 2016 dans la presse nationale indiquent qu’il y a plus de 3,2 millions d’enfants privés d’éducation en Iran. (Le site web Mehrkhaneh, 5 décembre 2016)
Alors qu’auparavant, le Centre de recherche parlementaire avait publié le chiffre de 4 millions pour le nombre d’abandons scolaires en 2015.
Taux d’analphabétisme alarmants dans les provinces iraniennes
Selon le Centre de statistiques de l’Iran, il y avait 9.483.028 analphabètes en Iran en 2011, dont 6.250.965 femmes, ce qui représente environ les deux tiers de la population totale d’analphabètes.
Chaque année, au moins un quart des écoliers iraniens sont contraints d’abandonner la scolarité et un grand nombre d’entre eux rejoignent les enfants du travail, dont la population est estimée aujourd’hui à environ 2 à 5 millions.
L’abandon scolaire des filles de plus de 6 ans est très répandu dans les provinces du Sistan-et-Baloutchistan (sud-est), du Khouzestan (sud-ouest), et des deux province de l’Azerbaïdjan occidental et l’Azerbaïdjan oriental (nord-ouest), où le taux d’analphabétisme est le plus élevé du pays. (Le site de Khabar Online, 18 novembre 2015)
Le nombre de filles qui abandonnent l’école dans l’ouest de la province du Khouzistan et dans d’autres villes de la frontière entre l’Iran et l’Irak a été jugé alarmant.
Selon un rapport publié en 2015 par la Direction présidentielle des affaires féminines et familiales, l’analphabétisme des femmes et des filles en Iran est alarmant et la situation est critique dans quelques 40 villes.
Lors d’une réunion au Parlement des mollahs le 16 décembre 2015, le député de la ville de Zahedan (sud-est) a annoncé que 156.000 filles de la province du Sistan-et-Baloutchistan ont été exclues de toute éducation. (L’agence de presse Mehr, 6 décembre 2015)
Le directeur du Département de l’éducation du Dezful, dans la province du Khouzistan, a déclaré que les filles représentent 60 % des 500 élèves qui ont été privés de scolarité au cours des trois dernières années.
La province d’Hormozgan, dans le sud de l’Iran, compte 14.000 abandons scolaires.
Au printemps 2015, le Directeur de l’éducation de la province de l’Azerbaïdjan occidental a signalé 1500 cas d’abandons scolaires. Le 7 janvier 2016, il a indiqué que le nombre d’abandons scolaires a été multiplié par 6 depuis l’année dernière, soit 9000 filles en 2016.
Lors d’une session du Conseil pour l’analphabétisme au bureau du gouverneur du Boroujerd (ouest), Reza Ariayi a déclaré : ” Plus de 117.000 personnes sont analphabètes dans la province du Lorestan, dont la plupart sont des femmes et des villageois. La population du Lorestan est de 1.750.000 habitants. Le taux d’analphabètes pour cette population est très élevé.” (L’agence de presse Tasnim – 23 juillet 2014)
Non seulement les filles abandonnent l’école dans les provinces défavorisées de l’Iran, mais Téhéran et les villes environnantes connaissent également un taux accru d’abandons scolaires chez les femmes.
En octobre 2015, le directeur général du Département de l’éducation de Téhéran a révélé que 25.000 enfants d’âge scolaire travaillent au lieu d’aller à l’école.
Shahindokht Molaverdi, ancienne adjointe de Hassan Rouhani chargée des affaires féminines et familiales, a déclaré lors d’un séminaire : “Le taux d’analphabétisme de 82% rend beaucoup plus difficile pour les femmes chefs de famille de trouver un emploi, ce qui a entraîné leur pauvreté. Dans de telles conditions, elles sont soumises à des dommages sociaux.” (agences de presse publique ISNA, TNews.Ir, 10 octobre 2015)
Raisons de l’analphabétisme chez les femmes
Dans certaines provinces iraniennes, le pourcentage d’analphabétisme est supérieur à 30 % et un nombre considérable d’enfants de moins de 17 ans n’ont pas la possibilité de poursuivre leurs études. Les parents de la plupart de ces enfants sont eux-mêmes analphabètes, et il existe une corrélation significative entre le niveau d’éducation des parents et les enfants qui abandonnent l’école.
La pauvreté des familles et le fait de ne pas avoir les moyens de payer l’éducation de leurs enfants, la participation des enfants aux activités économiques de la famille, l’immigration saisonnière et l’absence d’actes de naissance enregistrés sont autant de raisons pour lesquelles les enfants sont privés d’école. Ces raisons sont plus acceptables dans les familles lorsqu’il s’agit des filles.
Dans certaines provinces, les mariages précoces empêchent les filles de poursuivre leurs études et de nombreuses familles ont besoin de leurs filles pour les aider à gagner leur vie.
Abbas Soltanian, adjoint à l’enseignement secondaire au Ministère de l’éducation, a annoncé que le nombre d’abandons scolaires des filles a dépassé 151.000 cas en 2017-2018. (L’agence de presse ILNA, 25 juin 2018)
Se référant aux données sur l’abandon scolaire des filles dans les écoles à travers le pays, il a noté : ” Cette année scolaire, d’octobre 2017 à juin 2018, il y a eu 151 046 filles qui ne se sont inscrites dans aucune école, leur nom n’a été enregistré nulle part, et elles n’ont été considérées comme élèves du tout “.
En réponse à une question sur la proportion d’abandons scolaires chez les filles par rapport aux garçons, Soltanian a déclaré : ” Au total, 4,23 % des élèves ont abandonné l’école l’année scolaire précédente. Les filles représentaient 4,17 % des élèves, ce qui signifie qu’il y a une grande différence entre les filles et les garçons qui abandonnent l’école”.
Soltanian a poursuivi en déclarant que la précarité est l’une des raisons pour lesquelles les filles abandonnent l’école. Il a dit : “Dans certaines parties des régions démunies, ils utilisent les enfants comme main-d’œuvre. Les filles sont plus vulnérables que les garçons dans ces zones.”
Un commis administratif d’un village de la province du Khouzistan a déclaré : “Environ 50% des garçons et presque toutes les filles n’ont pas d’autre choix que d’abandonner l’école parce qu’il n’y a pas d’écoles secondaires ici”. Il n’y a actuellement aucun lycée de filles dans la ville de Hoveyzeh. Parmi les 40 villages de la région, il n’y a pas d’école féminines, ce qui a contraint la majorité des filles à abandonner leurs études.
Le directeur de l’éducation de la province de Kohguilouyeh-et-Boyer-Ahmad (ouest) a également annoncé que ” parmi les élèves qui abandonnent leurs études, beaucoup sont des filles, qui le font à cause de problèmes financiers “. (Les agences de presse Fars et Mehr, 7 janvier 2016)
Le député de Saravan a rapporté lors d’une réunion au Parlement le 14 décembre 2015, que ” la mixité des lycées et la pauvreté “ étaient parmi les principales causes d’abandon scolaire des filles dans cette région, également située au Sistan-et– Baloutchistan, au sud-est de l’Iran.
Selon l’agence de presse ANA, les fillettes du district Herandi à Téhéran ne peuvent pas poursuivre leurs études en raison de l’atmosphère sociale corrompue qui règne dans cette région, à savoir le grand nombre de toxicomanes et de sdf. Les filles ne peuvent même pas sortir de la maison.
Selon Mohammad Reza Seifi, directeur du Bureau de l’éducation des nomades, le manque de ressources conduit les étudiants nomades iraniens à abandonner l’école. Il a ajouté qu’entre 46 et 50 % des élèves nomades abandonnent l’école après le primaire.
Des facteurs tels que le fait de vivre dans des endroits éloignés, le climat et le manque de moyens de transport rendent les conditions d’éducation extrêmement difficiles pour les filles nomades, en particulier dans la province du Sistan-et-Baloutchistan (sud-est de l’Iran) et conduisent les élèves à l’abandon scolaire dans certains cas,. (L’agence de presse Mizan, 28 janvier 2018)
Les perspectives officielles pour l’éducation des femmes
Le principal facteur qui contribue à l’analphabétisme des femmes, cependant, est la façon dont le régime envisage le rôle des femmes dans la société. Pour le clergé au pouvoir l’entretien de la maison, la maternité et l’éducation des enfants sont les principales tâches d’une femme.
“Avoir des contacts avec la famille de leur mari a la priorité sur toutes sortes de formules chimiques, physiques et mathématiques pour les filles “, a déclaré Zahra Ayatollahi, directrice du Conseil social et culturel des femmes, au Conseil culturel suprême de la révolution. (Le quotidien public Qanoun, 3 janvier 2017)
Dans un décret en 16 points publié le 3 septembre 2016, le Guide suprême Ali Khamenei a fixé les grandes lignes de la politique familiale du régime pour tous les organes gouvernementaux. Le décret mettait l’accent sur la promotion de la procréation et des rôles ménagers des femmes. (L’agence de presse Tasnim, 3 septembre 2016)
Le 21 juin 2017, Khamenei s’est également opposé au Plan 2030 d’éducation des Nations Unies. ” Le document 2030 fait partie des objectifs de développement durable des Nations Unies par lesquels les puissances dominantes du monde veulent contrôler toutes les nations d’une manière déficiente et erronée… Pourquoi devrions-nous accepter ces documents et accepter pratiquement ce que l’Ouest nous sert de modèle ? “, a dit le N°1 du régime iranien.
D’autres responsables du régime iranien ont emboîté le pas, qualifiant le document Education 2030 de “honteux” et “d’un contenu colonialiste” qui manifeste “l’un des exemples les plus amers d’infiltration” et favorise “la transformation éducative”, “l’élimination des stéréotypes sexuels”, “l’égalité des sexes” et “la citoyenneté mondiale”, suscitant de graves préoccupations “sécuritaires”.
Le 13 juin 2017, le Conseil suprême de la révolution culturelle, présidé par Hassan Rouhani, a décidé d’arrêter la mise en œuvre de l’agenda 2030.
Cette opposition hystérique du régime clérical au plan d’action 2030 est due au fait que le document oblige tous les États à respecter l’égalité des sexes et l’égalité des chances pour tous les individus, y compris les femmes et les filles, ce qui est en pleine contradiction avec les objectifs du régime intégriste de Téhéran.



















