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« En Iran, je voulais être un garçon pour avoir un minimum de liberté », confie Paria

« En Iran, je voulais être un garçon pour avoir un minimum de liberté », confie Paria

January 29, 2016
dans Articles
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En cette fin janvier 2016, Paria Kohandel est venue à Paris pour manifester contre la visite du président iranien Hassan Rohani en France.

La jeune femme, dont le père est prisonnier politique, a décidé de continuer à lutter contre le régime depuis l’étranger après avoir été menacée d’arrestation. Rencontre avec une battante.

En farsi, son prénom signifie « petite fée ». Et pourtant, la vie de Paria Kohandel n’a rien d’un conte. Cette jeune femme iranienne de 18 ans a fui son pays il y a 6 mois pour rejoindre un Etat européen où elle demande l’asile politique.

En Iran, elle a laissé son père, prisonnier politique depuis dix ans. Sa mère et sa soeur ont, elles aussi, quitté le pays pour le camp Liberty en Irak, où se trouvent retranchés de nombreux membres de l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (OMPI), mouvement d’opposition aux pouvoirs iraniens, celui du Shah puis des Mollahs, depuis 1965. 

Cette organisation fait partie du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI, opposition iranienne à l’étranger) qui a pris la jeune Paria sous son aile. C’est avec eux qu’elle s’est aussi mobilisée, mercredi 27 janvier 2016, contre la visite du président Hassan Rohani en France pendant deux jours après une tournée européenne. 

 

C’était l’occasion pour Terriennes de la rencontrer afin d’en savoir davantage sur la vie et le combat de cette jeune fille de 18 ans. Elle dit vouloir être la « voix des sans-voix qui sont encore en Iran » à l’heure de l’accord sur le nucléaire et de la levée des sanctions européennes et américaines sur l’économie iranienne. 

Que pensez-vous de la visite du président Hassan Rohani en France ? 

 

C’est très douloureux de voir qu’on lui donne cette légitimité parce que c’est le tortionnaire de mon père à qui les responsables français serrent la main. C’est douloureux aussi de voir que quelqu’un qui ne représente par les Iraniens, qui ne me représente pas, qui est ici pour représenter quand même le peuple. Je crois que le minimum qui devrait être fait par la France, c’est de condamner toutes ces exécutions en Iran.

Qu’est-ce qui vous a poussé à mener des actions militantes contre le régime de votre pays ? 

 

Ma première mobilisation date de la révolte de 2009 [« révolte verte » mouvement de contestation fortement réprimé après la réélection d’Ahmadinejad, ndlr]. Le plus beau souvenir que j’en garde, c’est d’avoir pu crier de toutes mes forces dans la rue des slogans ou ce que je voulais.

Je n’avais que 14 ans à l’époque. C’était la première fois que j’assistais à des scènes de manifestations. Au début, j’ai eu très peur. Je voyais des jeunes de 15 ou 16 ans, le visage en sang en train de courir dans les rues. 

 

J’ai trouvé un peu plus de courage quand j’ai vu d’autres jeunes dans la rue comme moi et cette jeune fille de 19 ans qui, même à terre en train de recevoir des coups, continuait de crier des slogans. 

 

Après ça, je n’ai plus rien fait jusqu’à ce que je rentre au lycée, parce que je voyais ce qu’il se passait en prison quand je rendais visite à mon père. J’ai alors choisi de me battre pour moi, pour mon pays et pour tous les jeunes. J’ai commencé à copier des textes de la résistance de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI, l’opposition iranienne en exil, ndlr). Je les distribuais sur des CDs à mes amis. 

 

Quand il y avait des exécutions de jeunes ou des attaques à l’acide sur des filles, je dénonçais ces actes sur internet. J’envoyais aussi des informations hors d’Iran pour faire connaître ce qu’il s’y passait. Lors des visites que je rendais à mon père, je recueillais des informations pour les diffuser à l’extérieur. 

 

Mais on m’a menacée d’arrestation. J’ai dû fuir l’Iran quelques jours avant de commencer l’université. Pour une fille, sortir d’Iran c’est interdit parce qu’il faut l’autorisation du père et du mari. Je n’avais ni l’un ni l’autre. J’ai donc fui illégalement avec l’aide d’un groupe de sympathisants de l’opposition en Iran et d’amis de mon père. 

  

Que reste-t-il aujourd’hui de la révolte de 2009 ? 

  

Nous les jeunes, quand on parle de 2009, cela nous rappelle le grand message que cette révolte portait. Mais après la trahison des candidats Mehdi Karoubi et Mir-Hossein Mousavi qui ont tourné le dos à la révolte, on a bien compris que l’on n’avait plus rien à attendre du régime iranien. C’est donc une responsabilité encore plus lourde pour notre génération. 
 

Ce qui se prépare en Iran est bien plus fort que ce qui s’est passé en 2009 parce qu’ils sont tellement opprimés. Ils attendent la moindre faille, la moindre ouverture pour pouvoir exploser. 

 

Avec la récente levée des sanctions contre l’Iran et la signature de l’accord sur le nucléaire, qu’est-ce que cela va changer pour la vie quotidienne des Iraniens et des Iraniennes ? 

J’étais encore en Iran pour la signature du pré-accord sur le nucléaire. Les gens savaient très bien à ce moment-là que pas un centime d’un rial ne tomberait dans la poche de la population. En Iran, soit les gens sont écrasés par la misère, soit ils sont liés au pouvoir, et là, ils ont énormément d’argent. Tous ceux qui protestent contre l’existence de ce fossé social qui les sépare finissent à côté de mon père en prison. 

 

Cet accord ne va servir qu’à donner un peu plus de légitimité à ce régime, cette dictature qui affiche une image modérée et d’ouverture à l’étranger, alors que ce n’est pas le cas à l’intérieur du pays.

 

Le président Hassan Rohani élu en 2013 a, en effet, depuis l’étranger une image de dirigeant plus modéré. Qu’en est-il dans le pays ? 

 

C’est justement sous la présidence de ce mollah modéré que les agressions à l’acide se sont multipliées contre les jeunes filles en Iran. J’ai une amie qui a aussi reçu des coups de machette sur son avant bras soi-disant trop dénudé. C’est lui qui a instauré l’amende financière pour les femmes mal voilées. 

 

Lorsque Rohani est arrivé au pouvoir, les femmes n’ont plus eu l’autorisation d’entrer dans les stades. S’il est si modéré, pourquoi n’autorisent-ils toujours pas les femmes à chanter dans la rue ? Pourquoi certains groupes de musique doivent jouer clandestinement ? Il pourrait aussi donner des libertés très élémentaires comme autoriser les petites filles de 5 ans à ne pas se couvrir la tête pour aller à l’école. 

 

Moi j’adorais par exemple faire de la moto. Mais pour les filles, c’est interdit. Alors je devais en emprunter une à quelqu’un de ma famille, et aller le soir dans des rues désertes pour en faire. 

 

C’est sous Rohani que les familles des prisonniers politiques ont aussi été arrêtées. Pourquoi toutes ces exécutions encore en Iran ? C’est simplement parce qu’il a peur des gens et qu’il essaye d’étouffer leur voix et de contenir l’explosion. 

 

La première ambassadrice d’Iran en Malaisie a été nommée fin 2015, des femmes sont aussi ministres, députées mais pas encore juges… Ne gagnent-elles pas une place plus importante aujourd’hui dans la société iranienne ? 

 

C’est intéressant ce que vous dites sur ces nominations parce que les Iraniens n’accordent aucune importance à ce genre de personnages mis en place par le pouvoir. Par exemple, au parlement une députée s’occupe des affaires des femmes. Elle dit que les hommes doivent travailler et les femmes rester à la maison. Donc on voit bien que ce n’est pas une députée élue par la population mais une porte-parole du régime. 

Quand j’étais en Iran, je n’avais qu’un seul espoir c’était d’être un garçon pour avoir un minimum de liberté. 

Je crois que tout va venir des femmes elles-mêmes qui vont changer les choses pour obtenir leurs propres droits. Dans la situation actuelle, il suffirait que le régime recule un peu sur les exécutions pour qu’il y ait une faille dans laquelle la population s’engouffre. [Selon l’ONG Amnesty international, l’Iran continue d’exécuter de nombreux mineurs] Je suis sûre qu’un jour tous les jeunes vont bouger pour reconquérir les droits qu’on leur a volés. 

  

Pourtant les Iraniennes sont nombreuses à suivre des études supérieures, n’est-ce pas la clé de leur émancipation ? 

 

Le problème ce n’est pas de suivre des études à l’université mais d’entrer ensuite dans la vie active. Beaucoup de filles prennent des bourses ou cherchent à sortir du pays pour faire leur vie, travailler. 

Moi, j’adore le graphisme mais j’ai dû étudier les maths pour avoir une bourse et ensuite partir parce que je savais que je n’avais de toute façon pas d’avenir professionnel dans mon pays. 

 

Et puis, quand on veut rentrer dans une administration, ceux qui sont membres du Bassidji, du corps des gardiens de la révolution, sont prioritaires pour trouver un emploi.

Est-ce qu’en Iran ce n’est pas seulement la politique mais le poids religieux qui participe à opprimer les femmes ? 

 

Ce n’est pas la religion. Ce qui cause cette répression, cette persécution des femmes en Iran c’est l’intégrisme. Le pouvoir a mis le nom de l’islam là-dessus.

 

Quel espoir nourrissez-vous aujourd’hui ? 

 

Qu’on ne me regarde pas comme une femme à consommer, à marier parce que c’est formidable quand on vous voit tout simplement comme un être humain. Rendre visite à mon père en prison m’a aussi poussée à obtenir une goutte de cette humanité. C’est pour ça que j’ai choisi de me battre pour pouvoir y parvenir. 

 

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