« Ils veulent détruire notre humanité. C’est ce que nous devons combattre. »
Exécutée en 1988 lors du massacre de 30 000 prisonniers politiques.
Âge: 38 ans
Ville : Machad
Etudes : Étudiante à l’université de Newcastle au Royaume Uni
Lors de son arrestation, son seul « crime » était d’être la sœur de Massoud Radjavi, dirigeant de la Résistance iranienne. Ses filles, Maryam et Marjan, ont été arrêtées avec elle.
Monireh Radjavi a passé les sept dernières années de sa vie dans une prison du régime des mollahs. Les interrogateurs et les tortionnaires l’ont soumise à toutes les pressions imaginables – physiques et psychologiques – pour la forcer à dénoncer son frère et l’OMPI.
D’autres détenues, également soumises à la torture et aux mauvais traitement par les gardiens de prison, ont été choquées par le traitement brutal infligé à Monireh par les agents du régime.
Pendant des mois, Monireh et d’autres prisonnières politiques ont été torturées devant ses deux filles. En 1985, son mari Asghar a été exécuté. Mais cela n’a pas brisé sa détermination. En l’absence de la moindre accusation, elle a été condamnée à deux ans de prison après un procès minute. Mais elle n’a jamais été libérée et au bout de cinq ans de détention, elle a été exécutée en 1988.
Monireh avait étudié la littérature persane à l’université de Machad au début des années 1970. Elle s’était ensuite rendue au Royaume-Uni pour poursuivre ses études à l’université de Newcastle. Mais en 1971, lorsque la redoutable police secrète du chah, la SAVAK, a arrêté son plus jeune frère Massoud, un vent de changement s’est abattu sur sa vie.
Monireh a consacré tout son temps et toute son énergie à faire campagne pour dénoncer les crimes perpétrés par le régime du chah afin de sauver la vie de prisonniers politiques, en particulier celle de son frère Massoud, dont l’exécution était imminente. Elle a rejoint Amnesty International à Newcastle et, avec d’autres étudiants iraniens, a formé le « Comité contre la répression en Iran ». Elle a publié plusieurs brochures sur la situation des prisonniers politiques en Iran.
Les responsables de la prison avaient très vite pris l’habitude de s’en prendre à Monireh et à la torturer à chaque fois que l’OMPI attaquait le régime. L’une de ses anciennes compagnes de détention a écrit : « Un jour que j’étais à l’interrogatoire, j’ai vu deux jeunes enfants aux cheveux clairs devant la salle de torture du 7e département du bureau du procureur de la prison d’Evine. J’ai été surprise de voir des enfants dans cet endroit. Pourquoi avaient-elles été témoins de la brutalité des tortionnaires? Leur mère ne pouvait pas les calmer. Le gardien de prison les battait sans cesse. J’ai doucement demandé à la femme son nom. “Je m’appelle Monireh Radjavi et je suis simplement accusée d’être la sœur de Massoud”, a-t-elle répondu. Elle a souvent été insultée et battue brutalement, mais ils n’ont jamais réussi à la briser. »
Une autre compagne de cellule se souvient: « L’affection de Monireh aux autres prisonnières était de notoriété publique. Même les interrogateurs le savaient. Une fois, un interrogateur nous a approchées et a demandé nos noms. Lorsqu’il s’est approché de Monireh, il lui a donné un coup de pied et lui a dit: “Je ne te laisserai jamais sortir vivante et devenir une héroïne pour ton frère.”
Une fois, ils ont emmené Monireh à un interrogatoire parce qu’elle enseignait l’anglais à d’autres détenues. Ils l’ont battue brutalement. À son retour, elle était gravement meurtrie et couverte d’hématomes sur tout le corps. Ses pieds étaient enflés et ensanglantés. Mais même dans cet état, elle était de bonne humeur. Elle s’est assise calmement et a dit : « Tout ce qu’ils disaient, c’était pourquoi j’enseigne l’anglais à d’autres prisonnières. Ils disaient que j’enseignais aux autres pour qu’après leur libération, elles partent à l’étranger pour rejoindre mon frère. »
Chaque fois qu’on revenait des interrogatoires, Monireh était la première à venir nous aider. Je l’ai entendue dire à plusieurs reprises: “Ils veulent détruire notre humanité. Mais c’est ce que nous devons combattre. La meilleure façon de le faire, c’est de s’intéresser davantage les unes aux autres.” Et à cet égard, elle a été un brillant exemple. »
Une autre prisonnière avait écrit : « Ils ont emmené Monireh pour un interrogatoire le 9 mars 1984. Nous étions très inquiètes car c’était la deuxième fois qu’ils l’emmenaient, puis au tribunal où ils ont rendu leur verdict. Elle est revenue à la cellule cette nuit-là. Elle a dit qu’ils l’avaient emmenée rendre visite à Asghar (son mari). Elle choisissait soigneusement ses mots pour ne pas nous inquiéter avec la nouvelle qu’Asghar était sur le point d’être exécuté.
« Elle a dit que (le tortionnaire) Hadji Mojtaba qui était présent lorsqu’elle a rencontré Asghar, leur disait constamment de se dépêcher et de terminer la visite. Il a déclaré: « Nous devons exécuter Asghar à 21 heures. Je ne peux pas retarder le verdict rendu par le juge religieux. Je dois exécuter le verdict dans 15 minutes. »
Monireh a été exécutée en 1988, lors du massacre de 30 000 prisonniers politiques en quelques semaines. Le mollah Nayeri, le juge religieux de la prison d’Evine, a personnellement suivi son exécution, en insistant pour que cela se fasse le plus rapidement possible. Monireh avait 38 ans.




















