Les femmes iraniennes ont manifestement un impact important sur la nouvelle vague de protestations qui a balayé le pays, surtout au cours de la semaine dernière, à tel point que le Corps des gardiens de la révolution du régime a été contraint de s’exprimer sur le sujet.
L’Agence officielle de presse Fars relaie les positions du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) qui a été introduit dans la liste des organisations terroristes du Département du Trésor des États-Unis. Le 5 août 2018, cette agence a publié deux articles qui peuvent être considérés comme des aveux à propos du rôle moteur des femmes iraniennes dans les récentes manifestations.
À la veille de la Journée internationale de la jeunesse (le 12 août), il semble opportun de se concentrer brièvement sur le rôle des jeunes femmes dans la quête de liberté du peuple iranien et de jeter un coup d’œil à leur source d’énergie.
“Manifestations sexuelles”
L’article principal qui va être traité ici était absurdement et ridiculement intitulé “Manifestations sexuelles” dans une tentative de ternir le but des protestations, comme le fait habituellement le régime.
L’article est cependant très révélateur du rôle des femmes iraniennes et du courage dont elles font preuve pour défier le régime et ses forces de sécurité, ainsi que de leur aspiration de renverser le régime.
Fars a écrit : “Deux femmes assumaient le rôle de chefs de file des manifestations au carrefour Valy-e Asr [au centre-ville de Téhéran]. Depuis le trottoir de l’Avenue Valy-e Asr elles interpellaient les passants en leur demandant pourquoi ils gardent le silence ? Peu à peu, 10 à 15 personnes se sont rassemblées autour d’elles et ont commencé à scander : “Mort au dictateur.”
La scène décrite par cet article mérite la réflexion : Deux jeunes femmes seules sur un trottoir en plein centre-ville sous une répression policière qu’on connaît, sont en train d’interpeller les passants pour qu’ils les rejoignent pour une manifestation contre le dictateur !
Il suffit d’ajouter à ces données tous les témoignages qui ont déjà été faits sur les sévices que subissent les femmes dans les prisons iraniennes pour moins que cela, pour avoir un aperçu du grand courage qui véhiculait ces deux jeunes femmes dont parle l’article de l’Agence Fars.
Dans certaines des vidéos qui nous parviennent de Téhéran et d’autres villes, on peut clairement distinguer la voix d’une petite équipe de femmes ou même d’une seule femme audacieuse qui dirige les slogans.
« La plupart des leaders étaient des femmes »
L’article de Fars se poursuit : “A une certaine distance de là, dans les émeutes de Karaj, 20 dirigeants ont été identifiés et arrêtés, dont la majorité étaient des femmes. Quelques jours plus tôt, on faisait circuler dans les médias sociaux une vidéo montrant une jeune femme debout en train de faire un discours pour inciter les gens à manifester”.
(L’agence de presse officielle Fars – 5 août 2018,
https://www.farsnews.com/news/13970514000791 /اعتراضات-جنسی-)
L’une des vidéos de Karaj montre une foule de manifestants, de jeunes et des femmes, marchant dans une rue. On y entend d’abord un slogan repris par la foule : “Libérez tous les prisonniers politiques”, avant que les slogans ne soient plus distinguables dans le brouhahah de la foule. Les femmes marchent en plein centre et au milieu de la rue. Elles se mettent à répéter : “N’ayez pas peur, n’ayez pas peur, nous sommes tous ensemble.” Ensuite, la voix des femmes l’emporte sur toutes les autres et tout le monde commence à répéter le même slogan, fort et plus fort. De cette façon, ces femmes ont encouragé tout le monde à se joindre à leurs rangs.
“Aujourd’hui encore, le leader était une femme”
Un autre reportage de l’agence Fars s’intitulait “Contrairement aux affirmations des médias d’opposition, les rues de Téhéran sont calmes”.
Le rapport destiné à l’origine à falsifier les nouvelles des manifestations, lève le rideau sur le rôle des femmes dans la conduite des manifestations. Le rapport le souligne : “Il est à noter qu’aujourd’hui encore, comme les jours précédents, le leader de ces gens [les manifestants] était une femme.”
(L’agence de presse officielle Fars – 5 août 2018 – https://www.farsnews.com/news/13970514000001 /تهران-تهران-تهران-تهران-آرام-–-خیابانهای)
Il faut reconnaître que Fars a fait du bon travail en attestant du rôle prépondérant des femmes dans les manifestations. L’article admet aussi par inadvertance “la présence plus dominante des femmes sur la scène et l’importance de cette présence” et implique que cela est “perceptible et évident dans les manifestations dans d’autres villes également”.
Le dangereux hashtag
Bien que Fars ait eu l’intention, dans son article, de salir les protestations anti-régime en les qualifiant de ” protestations sexuelles “, mais dans chaque ligne de son rapport, l’article dépeint l’image des femmes courageuses de l’Iran qui entreprennent leur rôle historique de ” force de changement “ dans la lutte pour le renversement de régime clérical.
L’agence de presse de l’IRGC a finalement fait référence à l’origine de ce phénomène sous un sous-titre séparé appelé “le début de l’histoire”.
Fars écrit : “ L’hashtag zanan_e_barandaz (farsi) [c’est-à-dire les femmes qui cherchent à renverser le régime clérical] a encore le buzz. Cet hashtag a été créé en même temps que la réunion des Moudjahidine du peuple à Paris, intitulée ” Les Femmes : La force du changement “, à laquelle Maryam Radjavi a assisté.
L’Agence Fars a d’abord cherché à humilier les femmes iraniennes en les présentant comme un outil utilisé pour provoquer d’autres personnes, même pendant les manifestations contre le régime. C’est en tout cas ce qui est l’état d’esprit des mollahs dans leurs campagnes de diffamation. En fin de compte cependant, ils n’ont pas pu cacher la vérité que les femmes courageuses de l’Iran mènent depuis 40 ans une lutte acharnée contre le régime misogyne des mollahs. Ils ont un bilan brillant avec des milliers de femmes qui ont donné leur vie pour la liberté. Ces femmes n’ont jamais abandonné leur foi en la victoire et leur promesse de renverser un régime aussi vicieux et antihumain malgré les risques qu’elles encourent.
Un ressort comprimé qui se dilate soudainement.
Ces jours-ci, nous célébrons le 30e anniversaire des massacres de 30.000 prisonniers politiques en 1988 en Iran, parmi lesquels se trouvaient des milliers de femmes, jeunes et moins jeunes, qui ont sacrifié leur vie pour défendre les idéaux de l’humanité.
Leurs noms et leurs souvenirs restent gravés à jamais dans l’histoire moderne de l’Iran et serviront de source de motivation pour les générations futures. Des femmes courageuses qui ont commencé leur lutte contre la tyrannie des mollahs en 1979, à peine deux semaines après son arrivée au pouvoir, avant d’endurer de grandes souffrances dans les arrestations et exécutions massives qui ont commencé en 1981.
Elles sont restées fidèles à leur engagement et ont laissé leur énergie extraordinaire en héritage pour que les générations futures de femmes croient en leur propre pouvoir.
Les mollahs ont fait des efforts considérables au cours des dernières décennies pour cacher et ternir la vérité sur la réalité de ces héroïnes, mais la vérité ne peut pas être cachée pour toujours. Tout comme le soleil qui ne reste jamais derrière les nuages et le vent qui ne cesse de souffler. Comme le printemps qui suit toujours l’hiver froid, rajeunissant la terre et fleurissant la nature.
Ainsi, un grand potentiel a été libérée depuis 40 ans dans la lutte des femmes iraniennes qui va s’étendre avec un énorme pouvoir déraciner la tyrannie religieuse régnante.
Les filles et les garçons courageux qui ont posté une vidéo sur l’Internet le dimanche soir (5 août 2018) et qui se sont identifiés au moment où ils étaient transférés en prison dans une fourgonnette de la police, sont des exemples de cette génération résiliente.



















