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Mémoires deMémoires de prison d'Azam Haj-Heydari extraits de Le Prix d'être humain : 27e partie prison d'Azam Haj-Heydari extraits de Le Prix d'être humain : 27e partie

De gauche à droite : Siba Sharifpour, Fatemeh Samimi Motlagh et Zahra Samimi Motlagh.

La cage est terminée, bourreau ! Tu n’as pas réussi à nous briser

October 15, 2026
dans Héroïnes enchaînées
Telegramhttps://bsky.app/profile/cnrifemmes.bsky.social

Mémoires de prison d’Azam Haj-Heydari extraits de Le Prix d’être humain : 27e partie

Dans cet extrait de ses mémoires de prison, Azam Haj-Heydari raconte une semaine de simulacres d’exécution à la prison d’Evin, au cours de laquelle elle et d’autres détenues ont été conduites à plusieurs reprises, les yeux bandés, sur la colline des exécutions. Laissées debout dans le froid glacial pendant des heures, menacées et battues, elles ont ensuite été enfermées dans des cellules d’isolement.

Durant cette épreuve, le souvenir de ses camarades exécutées et un message de fidélité de son amie Siba Sharifpour renforcent sa résolution à résister.

Mais le récit dépasse l’expérience de la terreur et de la souffrance physique. Azam décrit également la détermination des prisonnières à préserver leur solidarité face aux efforts des autorités pour les isoler.

Elle dépeint leur vie collective comme leur moyen le plus important de survie et de résistance, et raconte comment elles ont continué à se soutenir les unes les autres, même lorsqu’elles étaient confinées en cellule d’isolement. Ce chapitre offre un aperçu de la lutte entre un système pénitentiaire conçu pour briser les détenus par l’isolement et un groupe de femmes déterminées à ne pas laisser détruire leurs liens.

Une semaine de simulacres d’exécution

Plus d’un mois s’était écoulé depuis cet incident lorsque j’ai appris que 2 nouvelles prisonnières étaient arrivées dans notre quartier. J’étais dans la chambre 1 du quartier 240. Je me suis approchée d’elles et leur ai demandé leurs noms.

« Zahra Samimi Motlagh [1] et Fatemeh Samimi Motlagh [2]. »

« J’aurais préféré ne pas vous voir ici, ai-je dit, mais je suis contente que vous soyez venues dans notre quartier. »

La voix de Fatemeh s’est bloquée dans sa gorge. Se tournant vers Zahra, elle a dit : « Je crois que c’est elle. »

J’ai sursauté. La peur et l’appréhension m’ont saisie, et j’ai demandé : « De qui parlez-vous ? Qui est elle ? » Pendant un instant, je me suis demandé si ces 2 femmes travaillaient pour le régime.

Elles m’ont suppliée d’un ton pressant, presque désespéré, de leur donner mon nom afin de pouvoir partager quelque chose avec moi.

« Azam, ai-je dit.

– Azam comment ?

– Haj-Heydari. »

Il a fallu plusieurs minutes aux 2 sœurs pour se ressaisir et cesser de pleurer. Finalement, Zahra a dit : « Viens ici. Nous devons te transmettre quelque chose, une chose qui nous a été confiée. Nous ne devons pas tarder. »

Il leur était si douloureux de raconter ce qui s’était passé que parfois Fatemeh fondait en larmes pendant que Zahra parlait, et d’autres fois elles inversaient les rôles. Au milieu de toute cette douleur et de cette angoisse, elles m’ont raconté l’exécution de ma chère Siba (Sharifpour), qui n’avait pas prononcé un seul mot ni même donné son nom à l’ennemi. Elle s’était identifiée uniquement comme membre de l’OMPI.

Elles m’ont raconté que le tristement célèbre Dr Sheikh-ol-Eslamzadeh lui avait rendu visite à plusieurs reprises à l’infirmerie d’Evin, l’exortant à trahir ses convictions : « Allons, aie pitié de toi-même et de ta jeunesse ! Donne une interview. Ils n’ont même pas besoin de cette interview et ne la diffuseront pas. Fais-le juste pour te sauver ! »

Mais Siba, avec son sourire courageux, leur avait refusé jusqu’à la satisfaction de l’entendre prononcer un seul mot.

Son dernier message à Zahra et Fatemeh avait été :

« Si un jour vous allez dans les quartiers de la prison et que vous rencontrez quelqu’un qui correspond à cette description, dites-lui que Siba ne leur a même pas donné son nom. Et à quiconque parvient à sortir de prison, transmettez mes salutations et dites-lui que j’ai essayé de rester fidèle à la promesse que je vous avais faite. »

Je ne sais pas pourquoi, mais à cet instant précis, j’ai commencé à penser à chacune de nos camarades exécutées. Mes tremblements avaient cessé. J’étais tellement absorbée par leur souvenir que je pouvais ressentir leur chaleur en moi. Je ne cessais de penser à la façon dont elles étaient restées fidèles à leur engagement envers Dieu et le peuple.

Se souvenir d’elles m’a remplie d’une telle joie et a suscité quelque chose de si puissant en moi que je me tenais là, dans l’air glacial, sans aucun vêtement chaud et n’arrêtant de porter qu’une pantoufle déchirée, consumée par le désir de les rejoindre et de rester fidèle à mon propre engagement.

Je me suis demandé : mon nom pourrait-il un jour figurer parmi ceux qui ont l’honneur de briser le sortilège de tyrannie et de répression de Khomeini ? Pourrais-je moi aussi me tenir devant Dieu et le peuple la conscience tranquille ?

J’étais tellement perdue dans ces pensées que je n’avais aucune idée du nombre d’heures qui s’étaient écoulées. J’étais heureuse à l’idée que je pourrais bientôt être réunie avec mes camarades martyres. Je m’imaginais leur dire : « Vous voyez ? J’ai tenu ma promesse moi aussi. Vous voyez que je n’ai jamais courbé la tête devant le bourreau ? »

J’étais encore perdue dans mes pensées lorsqu’un coup brutal asséné par l’un des bourreaux, qui circulait parmi les prisonniers, m’a frappée à la tête. Je n’ai pas pu garder l’équilibre et je suis tombée au sol, au bord de la colline. J’ai failli rouler dans le vide, mais le bourreau lui-même m’a attrape la jambe, m’a tirée loin du précipice et m’a remise là où je me tenais.

« Ne t’inquiète pas, a-t-il dit. Tu subiras bientôt le même sort que les autres hypocrites ! Quand nous déciderons de t’envoyer en enfer, nous te mettrons juste ici, à côté des autres ! »

Cette épreuve s’est poursuivie depuis environ 3 heures de l’après-midi jusqu’à environ 2 heures après minuit. Nous sommes restées là dans la nuit glaciale d’Evin, chaussées de pantoufles, en attendant de savoir quand ils finiraient par nous achever.

Après plusieurs heures, certaines filles s’étaient évanouies à cause du froid, de la faim et de l’épuisement, et gisaient sur le sol. Au lieu de nous ramener dans notre quartier précédent, les gardiens nous ont emmenées au quartier 209 et ont jeté chacune d’entre nous dans une cellule séparée.

Je n’avais aucune idée de ce qui était arrivé aux autres. Au moins, les 2 prisonnières des cellules voisines de la mienne et moi sommes parvenues à communiquer entre nous grâce au code Morse, de sorte que je savais que je n’étais pas entièrement seule.

Nos pieds étaient gelés. Lorsqu’ils m’ont poussée dans la cellule, je me suis précipitée vers le radiateur, espérant qu’il serait chaud. Mais il n’y avait aucune chaleur. La cellule elle-même était froide, mais malgré tout, c’était bien préférable au froid mortel de la colline.

Je me suis allongée dans un coin de la cellule, oscillant entre le sommeil et l’éveil. Quelqu’un m’a apporté un repas (je ne me rappelle même plus de quoi il s’agissait), l’a déposé dans le coin et s’est éloigné. J’étais tellement épuisée par le froid et la fatigue que, malgré ma faim intense, je n’ai pas pu trouver la force de me lever, de marcher jusqu’à la porte et de manger.

Une pensée m’a traversé l’esprit : comme il serait préférable qu’ils m’exécutent. Je serais alors libérée de toute la pression et de la torture que je dois subir chaque jour, et je pourrais rejoindre les camarades que j’aimais tant.

Mais je me suis immédiatement fait des reproches. Non ! C’est exactement ce que veut le bourreau.

Je me suis rappelé les jours passés dans le quartier de La Cage et le refrain constant de Haji Davoud : « Je vais vous faire regretter de ne pas être mortes ! »

J’ai alors compris que c’était précisément ce que voulait le bourreau. Je me suis représenté Haji Davoud renversant la tête en arrière et poussant l’un de ses rires laids et triomphants en déclarant : « Ne vous avais-je pas dit que j’étais le plus grand héros de tous ? Je vous ai mises à genoux ! »

Je lui ai répondu dans ma tête : Tu te trompes lourdement, bourreau ! La cage est terminée, et nous avons vu qui a fini à genoux. Cela aussi passera !

Mon corps commençait à peine à se réchauffer et je commençais à reprendre des forces lorsque ils sont revenus et ont frappé à la porte de ma cellule.

« Interrogatoire ! »

Je me suis préparée. Je savais qu’il n’y aurait aucun véritable interrogatoire. Ils avaient l’intention de répéter l’épreuve de la nuit précédente.

Et c’est exactement ce qui s’est passé.

Bien que j’eusse encore le corps épuisé et meurtri de douleurs, je me sentais psychologiquement plus forte que la veille au soir.

À ce stade, cela m’importait peu qu’ils aient l’intention de nous exécuter pour de bon ou de nous soumettre à un autre simulacre d’exécution et à de la torture psychologique. Quoi qu’il arrive, je le considérais comme une autre forme de résistance. Le bourreau essayait tous les moyens à sa disposition pour nous mettre à genoux. Ayant échoué à atteindre ses objectifs par des exécutions massives, il recourait désormais à ces méthodes.

S’ils nous exécutaient, la résistance continuerait. Nos camarades resteraient et poursuivraient notre œuvre. S’ils ne nous exécutaient pas et que nous revenions, nous aurions vaincu le bourreau une fois de plus.

Les simulacres d’exécution se sont poursuivis pendant 1 semaine. Chaque jour, ils nous emmenaient au sommet de la colline des exécutions dans l’après-midi et nous gardaient debout dans le froid glacial jusqu’à minuit, parfois jusqu’à l’aube. Ils nous menaçaient, nous injuriaient, nous frappaient et nous faisaient subir d’autres maltraitances. Puis ils nous ramenaient et nous enfermaient seules dans nos cellules.

Au bout d’une semaine, ils nous ont ramenées dans notre quartier précédent et ont annoncé : « Si quelqu’un a quelque chose à dire, qu’il se manifeste ! »

Ils s’imaginaient nous avoir intimidées au point de nous soumettre et que, dès le lendemain, nous resterions toutes silencieuses et nous conformerions à leurs exigences.

Mais ils allaient être déçus. C’était un retour à la case départ. Les filles ont repris leurs activités et leur résistance exactement comme avant. Les bourreaux et leurs traîtres collaborateurs nous observaient et bouillonnaient de rage.

Chaque jour, ils fabriquaient un prétexte nouveau pour une confrontation. Par exemple, les ciseaux et les aiguilles étaient interdits dans le quartier, et pourtant nous réussissions à conserver les deux. Les gardiens devinaient que nous en avions d’après les traces laissées. Si 1 ou 2 filles s’étaient coupé les cheveux, les gardiens en concluaient que nous avions des ciseaux. S’ils remarquaient que nous avions cousu quelque chose de nouveau, ils savaient que nous avions des aiguilles.

Malgré toutes leurs descentes, leurs fouilles et leurs rafles, ils ne parviennent jamais à trouver ces objets. Cela les rendait fous. Ils ne comprenaient pas où nous pouvions bien les cacher dans une pièce nue et vide, alors ils provoquaient une confrontation, invariablement suivie d’un bastonnade dans le quartier.

Les traîtres entraient en trombe, hurlant des insultes qui reflétaient leur propre nature : « Pensez-vous pouvoir continuer à tenir le coup ? »

Ils se précipitaient alors dans le quartier et battaient les filles avec une brutalité extraordinaire.

En réalité, c’était un affrontement entre 2 approches opposées.

L’une était la doctrine de Lajevardi. Il croyait que s’ils disposaient d’assez de cellules d’isolement pour chaque prisonnier et maintenaient les Monafeghines (hypocrites) à l’isolement pendant seulement 1 mois, ce serait la fin pour eux.

L’autre était notre foi dans la collectivité, dans le fait de rester ensemble. Nous en étions venues à comprendre que notre solidarité était notre unique moyen de défense : le groupe, et le groupe lui-même, était notre bouclier. Nous refusions de l’abandonner à tout prix.

Tout au long de notre détention, nous avions intégré cette leçon par chaque fibre de notre être : la seule façon d’éviter d’être détruites par le bourreau, réduites à un reste insignifiant de nous-mêmes ou transformées en ses instruments, était de demeurer membres du collectif et de rester unies.

Ainsi, nous faisions tout collectivement. Toute notre vie était construite autour du groupe, et nous étions déterminées à le préserver à tout prix. Le bourreau, quant à lui, était déterminé à nous briser à tout prix.

Même dans les cellules d’isolement, où nous semblions être seules, nous n’étions jamais vraiment seules avec nous-mêmes. À chaque instant du jour et de la nuit, nous puisions de la force en nous remémorant ce que nous avions accompli ensemble.

Lajevardi était constamment préoccupé par la recherche de moyens de détruire la vie collective des prisonniers de l’OMPI. C’est pourquoi il avait créé le Quartier de la Résurrection, le Quartier de La Cage, l’Unité résidentielle, le quartier de l’infirmerie, des cellules connues sous le nom de L’Écurie et de La Niche, ainsi que toutes sortes d’autres cellules aux conditions bizarres et avilissantes.

Pourtant, aucune de ces méthodes n’était parvenue à briser les prisonniers de l’OMPI. Ils pouvaient briser leurs corps, mais ils ne pouvaient les vaincre idéologiquement ni les forcer à se rendre.

À suivre…

[1] Zahra Samimi Motlagh, membre de l’OMPI, a été exécutée par les gardiens du régime à la prison le 26 janvier 1982. [2] Fatemeh Samimi Motlagh, membre de l’OMPI, a été exécutée à la prison d’Evin le 10 février 1982, à l’âge de 26 ans.)

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