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Humiliation, sévices et tactiques cruelles pour briser les prisonnières

Humiliation, sévices et tactiques cruelles pour briser les prisonnières

September 11, 2026
dans Héroïnes enchaînées
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Mémoires de prison d’Azam Haj-Heydari tirées du livre Le Prix d’être humain (Partie 22).

Dans le 22e volet des mémoires de prison d’Azam Haj-Heydari extraites de Le Prix d’être humain, elle poursuit son récit des mois éprouvants d’emprisonnement et de torture dans les prisons de Khomeini. C’est l’histoire d’une femme que ses geôliers ont cherché à briser par la torture, l’humiliation, les menaces et l’épuisement physique et psychologique, mais qui trouvait chaque jour un sentiment renouvelé de résistance et de victoire.

Azam Haj-Heydari a passé des années dans les centres de détention provisoire du pouvoir judiciaire, ainsi que dans les prisons d’Evin, de Gohardasht et de Ghezel Hessar après s’être engagée, en tant que jeune femme, sur la voie de la résistance contre le régime de dictature religieuse. Dans cette partie de ses mémoires, elle décrit les diverses méthodes utilisées pour briser le moral des femmes prisonnières : des abus dégradants et de la torture physique à la création constante de peur et d’anxiété, en passant par la diffusion d’enregistrements de tortures d’autres détenues et les tentatives de les convaincre que plus personne ne restait à leurs côtés.

Pourtant, au milieu de toute cette pression, le moindre signe indiquant que d’autres prisonnières étaient toujours présentes et résistaient pouvait devenir une source de force. Un nom écrit sur un vêtement, un objet appartenant à l’une de ses camarades ou un son bref et secret émis derrière les murs de la cage pouvaient suffire. Ces souvenirs racontent son combat pour garder vivant le sentiment de connexion et d’espoir dans des circonstances où les tortionnaires étaient déterminés à plonger les prisonnières plus profondément dans l’isolement et la peur.

Une arme cruelle contre les femmes

Un jour, alors que la douleur ravageait mon corps, ils sont venus et m’ont emmenée dans la salle d’interrogatoire. Ils m’ont gardée debout pendant une demi-journée. Puis Haji Davoud est venu et a dit : « Viens, débattons. Tu défends tes convictions, et moi je défends l’Imam (Khomeini). Voyons lequel d’entre nous convaincra l’autre. »

Pendant qu’il parlait, je me suis soudainement effondrée sur le sol. Je n’avais plus la force de rester debout. Plusieurs tortionnaires et interrogateurs qui étaient là pour interroger les filles sur l’organisation dans le quartier sont venus vers moi et ont dit : « Ma pauvre fille. Ne vois-tu pas à quel point tu es proche de la mort ? Tu ne peux même pas tenir sur tes pieds, comment espères-tu résister et t’battre ? Ma pauvre, pour qui te bats-tu ? Pour qui te détruis-tu ? Pense un peu à toi et à ta famille ! Regarde ce que tu te fais ! »

Pendant que le tortionnaire parlait, les martyrs de l’OMPI sont passés dans mon esprit comme un film : des camarades aux côtés desquelles j’avais lutté aux fondateurs de l’OMPI, Hanif, Saeed et Badizadegan, jusqu’à Fatemeh Amini et Mehdi Rezaei, ainsi que l’histoire de leur résistance. Je me voyais comme rien en comparaison avec eux. Penser à eux m’a donné de la force. Avec chaque once de force que je pouvais rassembler, je me suis relevée, je me suis tenue sur mes pieds et j’ai agrippé le mur fermement pour ne pas tomber à nouveau.

Haji Davoud, furieux de ce que j’avais fait, leur a dit : « Laissez-la tranquille ! Laissez-la rester debout ici jusqu’à ce qu’elle meure. C’est une très gentille fille, après tout. Laissez-la ! »

Apparemment, c’était une sorte de code entre eux. À partir de ce moment-là, chaque fois que l’un de ces tortionnaires me croisait, il me harcelait sexuellement et m’agressait tout en disant : « Tu es cette gentille fille ! »

Je n’avais plus la force de réagir à cette impudeur comme auparavant, et je tombais en convulsions. Lorsqu’ils ont vu qu’ils ne pouvaient pas faire céder un membre de l’OMPI par la torture ou par tout autre moyen, ils ont recouru à cette tactique vile.

Dans des moments pareils, il m’arrivait de pleurer sous l’effet de la simple pression. Mais quelques instants plus tard, je me disais : « N’oublie pas qu’ils utilisent ces actes vils pour te briser. C’est juste une autre forme de torture. Quelle différence cela fait-il ? »

En me rappelant cela, je me calmait et je sentais que j’avais gagné la force de supporter ce qu’ils me faisaient.

Pendant longtemps, comme si c’était ma ration quotidienne de coups, ils venaient chaque jour, saisissaient le bord de mon chador et m’emmenaient dehors sans rien dire qui puisse alerter quiconque, pas même les prisonnières dans la cage. Juste devant la porte, ils me faisaient subir les mêmes abus.

Cela faisait des mois que j’étais assise dans la cage, jour et nuit, refusant de laisser quiconque m’entendre pleurer de la douleur et de la pression que je subissais. Pourtant, parfois, en réponse à ces actes vils, je m’effondrais et je pleurais, sentant que je n’avais plus la force de leur résister. Chaque bruit de pas qui s’approchait était un cauchemar : qui était-ce cette fois, et que me feraient-ils ?

Un jour, j’ai décidé que quiconque viendrait, je l’attaquerais avec le peu de force qui me restait. J’ai concentré mon esprit, essayant de détecter si quelqu’un s’approchait. Enfin, à travers l’orifice sous mon bandeau, j’ai vu quelqu’un s’avancer vers moi. J’ai rassemblé toutes mes forces et je lui ai donné un coup de pied.

Cet animal, qui m’avait vue m’effondrer sur le sol quelques minutes plus tôt et ne s’attendait pas à une telle réaction de ma part, m’a rouée de coups de poing et de pied. Quelques minutes plus tard, ils m’ont ramenée à l’intérieur du quartier, dans la cage elle-même.

J’étais à la fois ravie, honteuse et remplie de regret de ne pas l’avoir fait plus tôt. Une fois de plus, j’ai appris la leçon selon laquelle chaque fois qu’une prisonnière captive prend l’offensive, le tortionnaire recule.

Le lendemain matin, ils sont venus m’emmener aux douches. Chaque fois qu’ils emmenaient quelqu’un à la douche, ils la fouillaient d’abord pour s’assurer que le prisonnier précédent n’avait laissé aucune trace. Car dès que quelqu’un réalisait que d’autres personnes étaient là à leurs côtés, et surtout s’il découvrait de qui il s’agissait, cela lui donnait de la force. Ils voulaient nous faire croire que tous les autres avaient cédé et étaient partis, et que nous étions les seules encore présentes à nous détruire !

Ce jour-là, quand je suis entrée dans la douche, je n’avais absolument aucune force pour me laver. Mais j’ai vu une corde à linge avec plusieurs vêtements suspendus. Je m’en suis approchée et j’ai vu que les noms de plusieurs filles étaient écrits sur leurs cols. J’en ai lu un : « Shouri ». J’ai aussi vu un porte-savon avec le nom d’une autre fille inscrit dessus, et un gant de toilette à proximité.

J’étais si heureuse de voir ces objets que c’était comme si j’avais vu les filles elles-mêmes. J’étais si heureuse que je riais en moi-même. Même s’il ne me restait que cinq minutes de mon temps imparti de 10 minutes, j’ai soudainement eu tellement d’énergie qu’en ces cinq minutes, j’ai réussi à me doucher, laver mes vêtements et m’habiller. Puis je suis restée là à regarder ces vêtements.

Quand les gardiens sont venus me chercher, ils ont remarqué que je fixais les vêtements. Je continuais délibérément à les regarder pour les provoquer, comme pour dire : « Regardez à quel point vous êtes stupides et incompétents. »

Le gardien a tiré mechamment sur mon chador et m’a traînée au loin, en jurant tout en disant : « Je ne sais même pas pourquoi ils vous amènent, maudites femmes, à la douche en premier lieu ! » Et je riais en moi-même, en pensant : « Un à zéro pour moi ! »

Dans cette bataille continue, j’avais fait un pacte avec moi-même : chaque jour, je devais gagner au moins une bataille, une petite victoire. Ce sentiment de victoire, malgré toute la douleur et la souffrance, était incroyablement doux.

Pour nous briser, les tortionnaires passaient parfois à côté de nous et mentionnaient délibérément le nom de quelqu’un dont ils savaient que nous étions proches. Ils disaient : « Regarde, une telle a cédé et est retournée vivre sa vie, tandis que cette pauvre misérable reste assise ici à dépérir. »

Plus tard, après que nous avons été sorties de la cage de la Gestapo, les filles du quartier nous ont raconté qu’un homme faisait le tour du quartier chaque jour, en chuchotant avec les collaboratrices. Avez une voix assez haute pour que les filles entendent, il mentionnait les noms de celles retenues dans les cages et disait des choses comme : « Azam, Shouri [1], Hengameh… ou demain j’ai une interview à venir… » De cette façon, ils essayaient de détruire le moral des filles du quartier.

Ils faisaient cela à tout le monde. D’un autre côté, les filles trouvaient des moyens de se faire savoir qu’elles étaient toujours là. Sur le chemin des toilettes, ou en passant devant d’autres cages, elles toussaient ou éternuaient, prétextaient un autre bruit ou disaient simplement « aïe ». Bien sûr, tout le monde savait que le prix de cette action serait une autre raclée. Mais les filles étaient prêtes à subir les coups pour maintenir leur connexion les unes avec les autres.

Un soir, ils ont appelé mon nom et ceux de cinq autres femmes et nous ont emmenées dehors. L’une des femmes dont je me souviens était ma sœur de l’OMPI et martyr, Sepideh Zargar, une infirmière qui avait 12 ans d’expérience professionnelle. En raison de la pression qu’elle avait subie pendant ces mois et des coups qu’ils lui avaient infligés à la tête, sa vue s’était gravement détériorée et elle ne pouvait plus rien voir sans ses lunettes. Même ces lunettes lui étaient retirées la plupart du temps.

Sepideh a été exécutée plus tard parce qu’elle a refusé de se soumettre à une interview.

Ils nous ont emmenées de l’Unité 1 vers une autre unité, près d’un mur où se trouvaient plusieurs poutres en acier. Ils nous ont forcées à rester debout dans le couloir pendant plusieurs heures.

Après plusieurs heures, j’ai ressenti un vertige et je n’avais plus l’équilibre ni la force de rester debout. Quand je l’ai dit au gardien qui était là, il a répondu : « Tu es une hypocrite et tu fais de la comédie ! »

Je n’ai su que j’étais tombée que par le son de ma propre tête frappant le sol. En tombant, j’ai heurté l’une des autres femmes, qui s’est également effondrée sur le côté. Lorsque nous sommes tombées, les gardiens sont venus vers nous, et j’ai entendu l’un d’eux dire à un autre : « Regarde si elle est encore en vie. »

Et, quelque peu alarmés, ils se sont dits : « Ces hypocrites feraient n’importe quoi pour faire croire que nous les avons tuées ! »

Les conditions dans le quartier des cages, ou quartier du « Jour du Jugement », étaient effroyables, et nous étions privées des normes d’hygiène les plus élémentaires. Par exemple, nous sommes restées 20 jours sans douche dans ce quartier. Après cela, lorsqu’ils nous ont finalement envoyées à la douche, nous n’avions que 10 minutes pour laver nos vêtements et nous baigner.

Les tortionnaires, qui cherchaient à nous humilier et à nous tourmenter par tout ce qu’ils faisaient, nous ont donné une bassine en plastique pour laver nos vêtements. Elle était remplie d’eau sale qu’ils avaient utilisée pour laver le sol. La gardienne me l’a tendue et a dit : « Tiens, hypocrite ! C’est la saleté sous tes propres pieds. Vide-la et utilise-la ! »

Mais je n’avais absolument aucun désir de laver mes vêtements dans cette bassine, donc je ne l’ai pas utilisée. Pendant ce temps extrêmement limité, je devais laver mes vêtements à la main, prendre une douche et sortir. Si nous ne sortions pas selon leur horaire, ils ouvraient la porte de la douche et disaient : « Tu sors toute seule ou on doit te traîner dehors ? »

Nous avions le même problème lorsque nous devions utiliser les toilettes. Ils ne nous emmenaient aux toilettes que trois fois par jour : le matin, le midi et le soir, et seulement s’ils en avaient envie.

Pendant la période dans la cage, ils nous emmenaient également à l’interrogatoire de temps en temps comme moyen de créer la peur et la terreur. Ils nous retiraient de l’unité, nous faisaient marcher autour de l’établissement ou nous emmenaient dans une autre unité. Parfois, ils nous mettaient dans un véhicule et nous faisaient tourner en rond, créant une atmosphère d’exécution, et disaient : « Prenez votre décision finale ! Soit vous devenez une personne convenable, soit vous serez libres pour toujours ! »

Une autre tactique consistait à nous emmener à l’interrogatoire chaque jour et à nous faire rester debout pendant plusieurs heures. Ils voulaient maintenir la prisonnière dans un état constant de peur et d’anxiété, comme si l’interrogatoire était toujours sur le point de commencer.

Une autre méthode d’intimidation consistait à diffuser des enregistrements audio d’autres prisonniers en train d’être torturés. Ils maintenaient délibérément la prisonnière dans un état constant d’anxiété et de crainte de l’interrogatoire. Leur objectif était d’épuiser la personne par cette pression et de la forcer finalement à céder et à exprimer des remords.

À suivre…

—

[1] Dr Masoumeh Karimian, membre de l’OMPI que de nombreuses prisonnières connaissaient sous le nom de Shourangiz, ou simplement « Shouri ». Selon de nombreux témoignages d’oculaires, cette femme et médecin remarquable était l’une des figures légendaires de la résistance et de la persévérance dans les prisons de Khomeini. Elle est née dans la ville irakienne de Karbala et a apparemment étudié l’orthopédie en Allemagne. Elle a travaillé pour le Croissant-Rouge iranien et a été emprisonnée de 1981 jusqu’au massacre des prisonniers de l’OMPI en 1988. Elle a finalement été exécutée à l’âge de 30 ans lors du massacre d’environ 30 000 prisonniers de l’OMPI.

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