Plus de trois mois après le soulèvement de janvier 2026, une vague de citoyens iraniens demeure piégée dans un véritable « trou noir » judiciaire, maintenue en détention prolongée sans chefs d’accusation clairs ni accès à une procédure régulière. Ce qui avait commencé comme une répression massive a évolué vers une stratégie d’usure légale, les autorités maintenant les manifestants dans une incertitude insoutenable afin d’étouffer les braises de la contestation nationale.
La situation est particulièrement critique à Machhad, où des femmes et de jeunes militants ont été transférés vers la sinistre prison de Vakilabad. Beaucoup passent des mois dans l’attente d’un procès, sous la menace d’accusations draconiennes telles que le Moharebeh (« guerre contre Dieu »), un crime passible de la peine capitale. Ces détentions arbitraires s’apparentent à une forme de « prise d’otages judiciaire », conçue pour intimider les familles et paralyser une société encore ébranlée par le soulèvement de janvier.
Maintien en détention de Zeinab Mousavi et de son frère
Zeinab Mousavi, connue du public sous le pseudonyme d’« Aban », est aux mains des forces de sécurité iraniennes depuis le 24 février 2026. Elle est actuellement détenue au quartier de quarantaine de la prison de Vakilabad, à Machhad. Mme Mousavi et son frère, Hassan Mousavi, ont été arrêtés en lien avec les manifestations de janvier 2026 et font tous deux face à la grave accusation de « guerre contre Dieu ».
Au cours des interrogatoires, les autorités de sécurité ont accusé la fratrie d’avoir jeté des cocktails Molotov pendant les manifestations.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, aucune information détaillée n’a été communiquée sur les circonstances de leur arrestation, leur lieu de détention initial ou les conditions de leurs interrogatoires. Des informations confirment toutefois que Zeinab Mousavi est actuellement à l’isolement dans le quartier de quarantaine de Vakilabad.
Une audience pour Hassan et Zeinab Mousavi s’est tenue le 26 avril 2026. Les deux prévenus ont été formellement inculpés par la justice iranienne de « guerre contre Dieu », l’une des infractions les plus lourdes du code pénal iranien, pouvant entraîner la peine de mort.
Najmeh Amini détenue depuis 98 jours
Quatre-vingt-dix-huit jours après son arrestation, Najmeh Amini, une étudiante en comptabilité de 23 ans, demeure incarcérée au quartier des femmes de la prison de Vakilabad, à Machhad. Elle fait face à plusieurs chefs d’accusation graves liés à la sécurité.
Mme Amini a été arrêtée le samedi 31 janvier 2026 au marché Ferdowsi de Machhad lors des manifestations. Selon certaines informations, elle aurait subi de violentes agressions physiques lors de son interpellation par les forces gouvernementales. Elle est accusée, entre autres, de « guerre contre Dieu », d’« insulte au Guide suprême », de « blasphème » et d’« agression contre un agent du gouvernement », des charges susceptibles de déboucher sur de lourdes peines, y compris l’exécution.
Tout au long de sa détention, Najmeh Amini aurait été privée de l’accès à l’avocat de son choix.
Flou juridique persistant pour Samira Bayat
Samira Bayat, résidente de Machhad âgée de 35 ans, se trouve dans une impasse juridique au quartier des femmes de la prison de Vakilabad, plus de 106 jours après son arrestation. Elle a également été privée de toute représentation légale.
Mme Bayat, qui travaillait comme caissière dans un restaurant de Machhad, a été interpellée par les forces gouvernementales le vendredi 24 janvier 2026, au cours des manifestations.
En tant que seul soutien de famille, sa détention prolongée et l’absence de statut judiciaire clair placent ses proches dans une situation de détresse financière et d’insécurité croissante, sans compter la pression psychologique et physique qu’elle subit personnellement.
À ce jour, aucune information précise n’a été diffusée concernant les charges pesant sur elle ou l’état de la procédure judiciaire. Néanmoins, elle serait privée des droits fondamentaux accordés aux prisonniers politiques, notamment l’accès à un conseil juridique et à un procès équitable.
Détention continue de Melika Khavari et Mina Zarei
Melika Khavari Khorasani, 21 ans, et Mina Zarei, toutes deux résidentes de Machhad, demeurent dans l’incertitude judiciaire à la prison de Vakilabad, 71 jours après leurs arrestations.
Les deux femmes ont été arrêtées séparément par les forces de sécurité le 1er mars 2026. Selon des informations publiées, l’interpellation de Mina Zarei serait liée à sa réaction face au récent conflit et au décès de Khamenei.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, les autorités judiciaires et sécuritaires n’ont fourni aucune explication transparente sur les motifs de leurs arrestations, les charges retenues ou l’avancement de leurs dossiers.
Najmeh Rouhandeh détenue sans chefs d’accusation clairs
Najmeh Rouhandeh a été arrêtée par les forces gouvernementales à Machhad dans la soirée du 20 mars 2026, juste avant le Nouvel An persan. Après les procédures d’interrogatoire, elle a été transférée au quartier des femmes de la prison de Vakilabad.
Malgré les efforts répétés de sa famille pour obtenir des informations, les autorités judiciaires et sécuritaires de Machhad refusent jusqu’à présent de fournir toute explication claire sur les motifs de son arrestation, les charges qui pèsent sur elle ou la justification de son maintien en détention.
La pédiatre Mohebat Ghafouri de nouveau arrêtée
Cinq jours après la nouvelle arrestation de la Dr Mohebat Ghafouri, pédiatre dans la ville de Lar (province du Fars), aucune information n’a été communiquée sur sa localisation ou son état physique. La Dr Ghafouri figurait déjà parmi les personnes détenues lors des manifestations de janvier 2026. Des informations indiquent également que ses biens ont été récemment confisqués par la justice iranienne.
La Dr Ghafouri avait été arrêtée une première fois par les forces de sécurité dans la soirée du 2 janvier 2026. Après près de huit semaines de détention et d’incertitude juridique, elle avait été temporairement libérée.
Elle est largement reconnue à Lar comme une pédiatre respectée, également connue pour ses activités caritatives et son soutien financier aux familles défavorisées.




















