CNRI Femmes – DPA, 13 décembre – Deux femmes yezidies ayant survécu à l’esclavage sexuel et à la torture de Daech ont retenu les larmes en recevant le plus haut prix de l’UE lors d’une cérémonie à Strasbourg.
Lamiya Aji Bashar et Nadia Murad ont remporté le Prix Sakharov 2016 de la liberté de pensée en octobre pour avoir défendu la minorité yezidie persécutée et les victimes des violences sexuelles de Daech.La communauté yezidie a été jetée sur les routes lors d’une campagne de meurtre de masse et d’agressions sexuelles menée par Daech en Irak en 2014. La communauté a été la cible de persécutions, car le groupe extrémiste la considère comme infidèle.Aji Bashar, 18 ans, portant une coiffe noire ornée d’un voile blanc, s’est d’abord adressée aux parlementaires et aux invités rassemblés au Parlement européen pour l’événement.« Ce prix est un prix pour chaque femme et fille qui a été sexuellement asservie par Daech … et pour toutes les victimes du terrorisme », a déclaré Aji Bashar aux parlementaires de l’UE, en utilisant l’acronyme arabe pour l’Etat islamique.Aji Bashar a dit qu’elle avait 15 ans quand des hommes de Daech ont envahi son village de Kocho en Irak en août 2014. Ils ont tué tous les hommes, dit-elle, y compris son frère, son père et d’autres parents, avant de tuer les femmes plus âgées et de vendre les plus jeunes au marché aux esclaves.Aji Bashar a dit à l’auditoire qu’elle a essayé de s’échapper à chacune des quatre fois où elle a été vendue. Elle a raconté comment avec ses deux amies, elles ont été torturées et violées par un médecin irakien.Les députés ont écouté la traduction du discours d’Aji Bashar avec des écouteurs. Leurs visages s’empourpraient et certains ont porté les mains à la bouche quand la jeune femme de 18 ans a décrit la mort de son amie, qui avait marché sur une mine dans leur fuite finale.« Ces cris de mort ont été la dernière chose que j’ai entendue », a confié Aji Bashar.Luttant contre les larmes, elle a expliqué comment l’explosion lui avait brûlé tout le corps et l’avait laissée aveugle d’un œil.Des députés, sourcils froncés et visages sombres, ont applaudi Aji Bashar durant son discours.« Je vous exhorte à me promettre, à nous promettre, que plus jamais… vous ne permettrez que ce genre de choses se reproduise », a lancé Aji Bashar.« Promettez-nous de nous écouter et de faire en sorte que justice soit faite », a-t-elle dit.Nadia Murad, 23 ans, portant une coiffure ornée et un voile brodé violet clair, a déclaré aux députés que son cœur se réjouissait de la décision de l’UE de se tenir aux côtés des femmes yezidies et de leur communauté en ce temps de tragédie.Elle a expliqué comment 75 000 Yezidis avaient été contraints de fuir, et comment ceux qui étaient restés en Irak avaient un avenir incertain.« Aujourd’hui, ma communauté s’est désintégrée sous le poids du génocide », a déploré Mme Murad. « Un demi-million de personnes ne savent pas ce que l’avenir leur réserve. Reviendrons-nous sur nos terres ? » a-t-elle demandé, ses yeux interpellant l’auditoire. « Devons-nous émigrer ? »Mme Murad a salué l’Allemagne pour avoir offert un sanctuaire à 1000 femmes yezidies et des soins médicaux et psychologiques.« Nous regardons vers l’Europe comme un symbole de l’humanité, a déclaré Mme Murad. L’Europe doit rester un modèle pour le monde et un modèle pour la coexistence des peuples et des cultures. »Le Parlement européen a annoncé les lauréates du prix en octobre. Mmes Murad et Aji Bashar rejoignent l’ancien président sud-africain Nelson Mandela et la dirigeante de l’opposition du Myanmar Aung San Suu Kyi sur la liste des lauréats du prix.Le prix Sakharov, d’une valeur de 50 000 euros, est remis depuis 1988. Il porte le nom du dissident soviétique Andreï Sakharov et rend hommage aux personnes qui défendent les droits humains et les libertés fondamentales.



















