Dominique Attias, présidente du conseil d’administration de la Fondation des avocats européens, est ancienne présidente de la Fédération européenne des barreaux et avocate renommée du barreau de Paris.
Dominique Attias a fait l’intervention suivante à la tribune de la conférence sur les femmes iraniennes organisée à Paris pour la Journée internationale des femmes :
L’année dernière, nous étions à Bruxelles. Aujourd’hui, nous sommes à Paris, aux côtés des femmes du Conseil national de la Résistance iranienne. 365 jours de combats, une goutte d’eau pour ces femmes qui, depuis plus de 40 ans, luttent pour la justice, la liberté pour les femmes et le peuple d’Iran. Plus de 40 ans d’exil, de combats inlassables de ces générations de femmes iraniennes qui demandent justice pour leurs 30 000 morts assassinées en 1988, qui exigent la liberté pour leurs sœurs restées en Iran, liberté pour ces jeunes filles et femmes asservies, liberté pour ces fillettes privées d’école et forcées à épouser des vieillards libidineux.
Elles sont désormais rejointes par leurs sœurs de l’intérieur qui crient « Femmes, vie, liberté ! ». « Femmes, résistance, liberté ! » reprennent les femmes du Conseil national de la Résistance iranienne. Ce cri traverse les ans et les murailles des prisons. Écoutez Maryam Akbari-Monfared ! L’entendez-vous du fond de sa geôle crier « Résistance ! »
Le 30 décembre 2023, elle a entamé sa quinzième année d’incarcération. Elle avait 31 ans lorsqu’elle a été arrêtée, elle en a 46 maintenant. Elle a été amenée à la prison d’Evine, la sinistre prison d’Evine, le 29 décembre 2009 à minuit, sans pouvoir dire au revoir à ses trois filles. Incarcérée uniquement pour avoir demandé justice pour ses quatre frères et sœurs exécutés de sang-froid par le régime clérical dans les années 1980 et lors du massacre de 1988.
Pour celles et ceux qui l’ignorent, l’un des bourreaux de l’époque s’appelle Ibrahim Raïssi, aujourd’hui à la présidence de l’État islamique d’Iran. Honte à l’ONU qui a reçu cet assassin ! Honte aux dirigeants occidentaux qui ont serré les mains ensanglantées de ce tyran !
« Résistance » crie également Azam Gholami Zahab, condamné le 4 septembre dernier à 16 ans de prison pour avoir été en contact avec les Moudjahidine du peuple d’Iran, l’OMPI, dont je salue aujourd’hui tous les membres. Condamnée elle aussi à la suite d’un expéditif procès, alors qu’elle croupissait déjà depuis un an en prison, arrêtée au plus fort des manifestations d’octobre 2022. L’une comme l’autre sont incarcérées avec des condamnées de droits communs, contrairement aux règles de droit international, maltraitées, harcelées et, quoi qu’il leur en coûte, fidèles à leurs engagements. Elles emportent notre admiration. Soutenons-les dans leurs combats !

Combien sont-elles en Iran à subir le même sort, sans pour autant jamais baisser la tête et céder face à ce régime assassin ? Combien êtes-vous, filles et femmes de la résistance iranienne en France et de par le monde, à sacrifier également votre bien-être, vos vies de famille, pour un idéal auquel vous avez consacré votre vie ? Pour rendre au peuple d’Iran sa souveraineté et sa liberté. Vous ne voulez ni chah ni mollah. Héritières d’un Iran millénaire, où les femmes ont toujours combattu la tyrannie, vous suivez la trace de celles qui, comme en 1906, il y a plus d’un siècle au début de la révolution constitutionnelle, sont descendues dans la rue, armées, pour lutter contre l’oppresseur de l’époque.
Vous avez eu le courage et la modernité avec à vos côtés des hommes éclairés, que je salue aussi. Vous avez eu le courage et cette grande modernité de vous choisir une femme comme leader, Mme Maryam Radjavi, qui, depuis tant d’années, prône l’égalité des femmes et des hommes dans un Iran moderne. Il y a bien longtemps qu’elle le prône… Redonner aux Iraniennes la place qu’elles méritent, vous l’avez fait, Mme Radjavi, dans l’exil, en mettant les femmes aux commandes de tous les rouages de votre mouvement.
Le chah maltraitait les Iraniennes pour les contraindre à se découvrir la tête. Les mollahs en font de même pour les contraindre à la couvrir. Éternelle et vaine recherche des hommes à asseoir leur pouvoir sur les femmes. Aujourd’hui, les mollahs tremblent, ne savent plus comment contrôler cette lame de fond que vous, Iraniennes, incarnez, et qui va tout balayer. Ils ont massacré 30 000 membres des Moudjahidine du peuple en 1988. Ils ont continué à travers les années, comme en 2019, n’hésitant pas à tirer sur une foule pacifique, tuant 1 500 manifestants et manifestantes.
N’ayant pu vous réduire au silence, ils essaient désormais un nouveau stratagème. La dernière invention du régime des mollahs : traduire en justice celles et ceux qui sont en exil depuis plus de 30 ans, dont près de la moitié de femmes. L’incrimination : être ennemie de Dieu et mériter donc les pires châtiments. Je ne peux m’empêcher, à cet instant, de penser à un dicton populaire qui dit, « ce que femme veut, Dieu le veut ». Puisqu’ils se réfèrent à Dieu, peut-être faudrait-il le leur rappeler.

Mais revenons à cette sinistre farce qui a pour objet à l’évidence de tenter de discréditer la résistance iranienne et ses membres auprès des pays et institutions d’Europe, après des condamnations qui ne vont pas manquer d’être prononcées. Quel mépris à l’égard de nos dirigeants européens de croire qu’ils pourront être ainsi manipulés ! Une fois de plus, les mollahs se discréditent, se ridiculisent pour faire face à l’indomptable force des femmes iraniennes. À quelles extrémités ce régime n’en est-il pas réduit ?
Il y a onze ans, Madame Radjavi, lors de la célébration de la journée des droits des femmes, vous rappeliez, et je vous cite : « elles ont été torturées par milliers, elles ont été exécutées par milliers, mais elles n’ont pas courbé la tête ». Le constat est le même aujourd’hui. Seules, face à un monde occidental si frileux, les Iraniennes se dressent face à l’ennemi de l’intérieur. Aucune torture, aucun mur de prison, et même la mort ne les feront fléchir. Elles savent qu’elles vaincront. Demain, après-demain, dans un an, ou plus, qu’importe, bien sûr qu’elles vaincront. Et jusqu’à la victoire, nous serons à leurs côtés pour crier « Femmes, résistance et liberté ».



















