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Azam Haji-Heydari : 19 récits de torture et de silence

Azam Haji-Heydari : 19 récits de torture et de silence

August 20, 2026
dans Héroïnes enchaînées
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Dans ce 19e volet des mémoires de prison d’Azam Haji-Heydari, extraits de l’ouvrage Le prix d’être humain, l’auteure poursuit le récit de ses amères expériences durant les sept mois et demi qu’elle a passés dans le « Quartier des cages ». Elle y a été soumise à des abus psychologiques et mentaux incessants ainsi qu’à la torture de la part des exécuteurs du régime.

À l’époque, Azam était une jeune enseignante de 22 ou 23 ans qui s’était engagée sur la voie de la lutte. Elle a passé 5 ans incarcérée au centre de détention provisoire de la justice, ainsi que dans les prisons d’Evin, de Gohardacht et de Ghezel Hessar, où elle a subi de rudes tortures aux mains des gardiens de la révolution de Khomeiny.

La règle du silence absolu

Dans le quartier des cages, une règle de silence absolu prévalait. Il nous était strictement interdit de parler. Chaque fois que nous avions besoin de quelque chose ou que nous voulions demander quoi que ce soit, nous devions lever la main et la garder levée jusqu’à ce qu’un garde ou un informateur le remarque et s’approche de nous.

Il venait alors, approchait sa bouche immonde de l’oreille de la prisonnière et disait : « Parle doucement ! ». Si notre voix s’élevait ne serait-ce qu’un peu, ils nous attaquaient à coups de poing et de pied et rapportaient que « cette hypocrite essaie d’utiliser cela comme un moyen de dire à la personne d’à côté qu’elle est ici ».

Ensuite, Hadji et son acolyte Ahmad arrivaient, et la prisonnière subissait des coups horribles de poings, de pieds et de câbles. Le pire était de fracasser le visage et la tête de la détenue contre le mur. Comme ils le disaient, ils allaient vous « remettre les idées en place », afin que vous n’ayez plus jamais l’idée de demander quoi que ce soit.

Avant de distribuer la nourriture, ils nous frappaient une fois sur la tête. Cela signifiait : Nourriture ! Mange ! Mais la plupart du temps, ils ne me donnaient rien à manger. Ils passaient simplement devant moi, et je ne pouvais deviner que la nourriture était distribuée qu’au mouvement et au cliquetis de la vaisselle. Une fois la distribution terminée, ils disaient : « Qui n’a pas eu de nourriture ? Levez la main ». Comme je ne levais pas la main, ils me privaient de nourriture de nombreux jours durant.

Ils disaient : « Espèce d’hypocrite, un jour tu auras besoin de nous ! ». Ils voulaient me mettre à genoux par la faim, et je refusais de les laisser faire. Durant les neuf mois que j’ai passés là-bas, sept mois et demi dans les cages et environ deux mois en quarantaine, ils ont utilisé cette méthode contre moi pour tenter de me briser.

À force d’être privée de nourriture et de souffrir de la faim, je suis devenue si faible vers la fin que, lorsqu’ils venaient m’emmener pour la prière et tiraient sur mon tchador pour me faire lever, je ne pouvais pas me redresser.

Mes bras et mes jambes étaient devenus raides et sans force à force de rester assise si longtemps et par manque de nourriture. Je ne pouvais pas tenir debout seule. Ils me forçaient à me lever et, dès que j’étais debout, je tombais face contre terre. Alors les informateurs et les gardes éclataient de rire et disaient : « L’héroïne est en train de craquer ! ».

Hadji Davoud, le bourreau, disait aussi : « Je te garderai ici jusqu’à ce que tu crèves ! Tu ne sortiras jamais d’ici comme une moudjahidine ayant enduré la torture. Je ne te laisserai pas devenir une héroïne ». Il riait et disait : « C’est moi le héros ! C’est moi qui vous mets à genoux, vous les hypocrites ! ».

Je me suis souvenue du jour où le frère de Khamenei est venu visiter notre quartier, le quartier huit, avec une délégation. Mère Effat Shabestari, qui paraissait avoir environ 65 ans, était parmi nous. Toutes ses articulations étaient touchées par l’arthrite et elle pouvait à peine marcher, elle était donc restée dans sa cellule tout au bout du quartier et n’était pas sortie.

L’un des hommes accompagnant le frère de Khamenei, qui était apparemment un parent de Mère Effat, l’a raillée en disant : « Tu te prends pour une telle lionne ? Viens ici et parle ! ». Il l’a forcée à quitter sa cellule pour se rendre à celle située à l’entrée du quartier. À cause de son arthrite, et parce qu’elle n’avait reçu aucun médicament ni traitement d’aucune sorte, Mère Effat pouvait à peine marcher. Elle est même tombée en s’y rendant.

Une fois de plus, les mercenaires qui étaient censés être venus sous prétexte de traiter les plaintes des prisonniers ont ri et ont commencé à se moquer d’elle : « Tu pensais être une telle lionne. Comment se fait-il que tu ne puisses même plus marcher maintenant ? ».

Malgré son état physique extrêmement dégradé, Mère Effat était véritablement une lionne par l’esprit. Là, dans mon cœur, je leur ai répondu en son nom : Riez donc, espèces d’idiots ! Oui, je tombe. Je tomberai dix fois de plus s’il le faut, mais je ne me rendrai pas ! À la fin, je serai la gagnante et vous serez les perdants. Vous êtes voués à la défaite.

Quand je suis tombée là-bas et que les bourreaux ont ri, je me suis rappelé toute cette scène et ce que je m’étais dit ce jour-là. Je l’ai répété dans mon cœur : Oui, je tombe, mais je ne me rendrai pas ! Voyons qui finira vaincu et qui sortira victorieux !

Cela a duré 24 heures sur 24 pendant plus de sept mois. Pendant tout ce temps, nous n’avions aucun contrôle sur quoi que ce soit et n’étions autorisées à rien faire : ni aller aux toilettes, ni manger, ni prier, rien. À chaque instant du jour et de la nuit, nous devions rester immobiles et silencieuses, les yeux bandés, accroupies dans nos cages. Nous n’étions même pas autorisées à nous appuyer contre la paroi de la cage. Si nous le faisions, la paroi tombait sur la tête de la prisonnière d’à côté, et nous étions battues et frappées avec des câbles.

Pendant la journée, nous n’avions pas le droit de dormir ni même de somnoler. Le moindre signe de sommeil ou de somnolence, tout comme le moindre son, même un éternuement ou une toux involontaire, était interprété comme un signal envoyé aux autres et déclenchait des coups violents de la part de Hadji, des gardes et de leurs traîtres collaborateurs, ou des coups de fouet.

À minuit, ils nous disaient de dormir. Les cages étaient si courtes que, du haut de mes 157 centimètres, je ne pouvais pas tenir correctement à l’intérieur. Chaque fois que j’essayais de poser ma tête, elle reposait contre les barres métalliques au bord des deux lits qui avaient été soudés ensemble, et le bord tranchant du métal s’enfonçait dans ma tête.

Quand ils nous permettaient de dormir, nous devions le faire tout habillées, avec nos tchadors et nos bandeaux. Mais c’était précisément à ce moment-là que les bastonnades aux câbles commençaient. Après minuit, Hadji Davoud et son homme de main Ahmad entraient dans les quartiers de cages munis de câbles, pour nous donner notre quota quotidien de coups !

À partir de minuit, ils allumaient la radio et montaient le volume au maximum pour que nous ne puissions pas dormir. Ils faisaient cela toutes les nuits. Au début, cela me rendait folle. Je n’arrivais pas à le supporter car, après l’épuisement de la journée et toute la pression psychologique, je voulais désespérément qu’on me laisse tranquille au moins quelques heures la nuit pour dormir.

Mais je devais transformer chaque arme que l’ennemi utilisait pour me briser en quelque chose de positif pour moi. J’ai réalisé que cela me donnait une excellente occasion de recueillir et de stocker des informations auxquelles je pourrais réfléchir pendant la journée. Par exemple, en écoutant les sermons du vendredi qui étaient diffusés chaque jour en provenance de différentes villes, je pouvais me tenir au courant des nouvelles. Les vendredis étaient particulièrement utiles car ils diffusaient les prières du vendredi de Téhéran, et je pouvais en tirer une grande quantité d’informations. J’étais si heureuse de cette nouvelle opportunité que le sommeil disparaissait complètement. Mon esprit s’aiguisait, essayant de comprendre comment je pouvais tirer profit de chaque programme diffusé.

Des versets du Coran ou des passages du Nahj al-Balagha qu’ils diffusaient occasionnellement, aux poèmes récités dans l’émission Rah-e Shab, aux sermons du vendredi des imams, jusqu’à l’émission Le Travail et le Travailleur, qui donnait des aperçus de la misère des gens ordinaires. Il y avait aussi des programmes sur l’addiction, les stupéfiants et d’autres sujets.

Certains programmes étaient véritablement ridicules, et parfois je restais allongée là à rire aux éclats. À d’autres moments, l’émission Le Travail et le Travailleur diffusée à six heures du matin contenait des nouvelles et des récits sur les conditions douloureuses affrontées par les ouvriers et d’autres travailleurs acharnés. Cela devenait une matière précieuse à laquelle je pouvais réfléchir durant la journée et une source de motivation pour résister.

J’ai appris comment, pendant la journée et aux moments opportuns, dormir tout en restant assise, sans que les gardes ou les informateurs s’en aperçoivent, et compenser ainsi le manque de sommeil de la nuit.

Les repas n’étaient pas non plus servis à heure fixe. Ils nous donnaient à manger quand ils en avaient envie, et nous emmenaient prier ou aux toilettes quand ils le choisissaient. Normalement, ils nous emmenaient aux toilettes trois fois par jour, mais parfois cela n’arrivait même pas. Et quand ils nous y emmenaient, ils ne nous accordaient même pas une minute. Dès que nous entrions, ils ouvraient délibérément la porte pour nous harceler et dire : « Hypocrite, ton temps est écoulé ! ».

J’étais tombée malade à cause de la pression et du stress extrêmes, et même durant cette minute, j’étais parfois incapable de faire quoi que ce soit. En conséquence, j’ai commencé à souffrir de graves spasmes. La douleur dans différentes parties de mon corps, causée par des heures d’assise continue en position accroupie, était si intense que je ne pouvais même pas m’asseoir correctement sur mes pieds. Mes jambes en particulier étaient devenues blessées à force de rester assise si longtemps.

Parfois, je repliais mes deux jambes sous moi comme les pieds d’une chaise, essayant de me surélever légèrement pour que les plaies me fassent moins mal, mais je ne pouvais maintenir cette position que quelques minutes. Si je bougeais un peu plus pour changer de position, ces mercenaires me frappaient sur la tête et disaient :

« Hypocrite ! Qu’est-ce qui ne va pas avec toi, à te tortiller comme ça ? Tu as besoin de coups ? »

Ensuite, ils me signalaient, et cette nuit-là, les câbles, les fouets, les poings et les pieds pleuvaient de nouveau sur moi, ajoutant encore une couche de douleur à tout ce que je subissais déjà.

À suivre…

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