En juillet 2026, une compilation de données officielles, de rapports médiatiques et de divulgations publiées au cours des mois d’avril, mai et juin démontre que les politiques démographiques en Iran n’ont pas réussi à freiner une crise multidimensionnelle. Marquée par une chute libre de la natalité (passée de deux millions dans les années 1980 à 892 000 en 2025), une baisse des mariages et un vieillissement accéléré, cette situation est le produit d’un échec de gouvernance à Téhéran.
Au lieu de s’attaquer aux racines économiques et sociales, le régime clérical s’obstine dans une stratégie de contrôle du corps des femmes et de sécurisation de la question démographique, ignorant les réalités financières précaires d’une société à bout de souffle.
1. Introduction : La crise démographique comme crise de gouvernance
La crise démographique n’est plus un simple avertissement lointain ; elle est désormais cruellement visible dans les statistiques sur les naissances, les mariages, le vieillissement et la structure des ménages. Un rapport du quotidien d’État Etemad du 3 juin 2026, intitulé « La chute historique des naissances en Iran », révèle que les naissances annuelles sont passées de deux millions dans les années 1980 à seulement 892 000 en 2025.
Par conséquent, l’accroissement net de la population est tombé sous la barre des 500 000 pour la première fois. Le même rapport documente une baisse du taux de mariage des femmes célibataires, passant de 4,35 % en 2022 à 3,16 % en 2025, citant la crise du logement, l’absence de perspectives d’avenir, les difficultés économiques et le recul de l’âge au mariage comme causes principales.
Ces données démontrent que la crise actuelle ne peut être réduite à un simple « refus culturel » ou à une « réticence des femmes ». Le déclin du mariage et de la natalité est, avant tout, le symptôme d’une crise de gouvernance : l’incapacité du régime à offrir une stabilité économique, une sécurité sociale, des emplois, des logements, des services de garde d’enfants et à garantir l’égalité des droits pour les femmes.
Dans ces conditions, les politiques démographiques en Iran qui définissent les femmes uniquement par leur rôle de mères et comme de simples outils de reproduction étaient condamnées à l’échec. Cet échec est particulièrement flagrant dans une société où les femmes ont prouvé leur courage et leur résilience, tant en dirigeant les manifestations contre l’oppression et la misogynie qu’en atteignant des niveaux d’éducation et de compétences professionnelles élevés. Aujourd’hui, même les médias d’État sont contraints de concéder cet échec définitif.

2. Effondrement de la natalité et échec des mesures incitatives
Dans un rapport de l’agence Mehr du 19 mai 2026, Alireza Raeisi, vice-ministre de la Santé, a précisé que la population de l’Iran s’élevait à 86 564 000 habitants en 2025. Il a souligné que le taux de fécondité a plongé de 6,5 dans les années 1980 à seulement 1,35 en 2025, un chiffre bien en deçà du seuil de remplacement situé entre 2,1 et 2,5. Il a rapporté pour 2025 un bilan de 892 268 naissances contre 451 682 décès, parallèlement à un déclin des mariages, passés de 470 372 cas en 2024 à 431 664 en 2025.
Marziyeh Vahid Dastjerdi, secrétaire du personnel national de la population, a également précisé dans un rapport de Mehr du 20 mai 2026 que les mariages sont tombés de 891 627 cas en 2010 à 431 021 en 2025. Elle a qualifié le taux de fécondité iranien comme étant dans la zone de « fécondité très basse » et a insisté sur le fait que les politiques d’État ne devraient pas se focaliser uniquement sur les familles ayant un troisième enfant ou plus.
Malgré ces aveux officiels, les politiques démographiques en Iran restent largement fondées sur des incitations limitées, des campagnes de propagande, une aide financière inadéquate et la restriction des droits reproductifs des femmes. Amir-Hossein Bankipour, député d’Ispahan, affirmait le 20 mai 2026 que plus de 50 % des dispositions de la loi sur la « population jeune » avaient été mises en œuvre.
Il a par ailleurs prétendu que le modèle du troisième enfant avait augmenté de 65 % et que les avortements avaient diminué de 52 %. La convergence de ces affirmations avec l’effondrement réel de la natalité démontre que l’objectif n’est pas le respect des droits des citoyens ou la justice économique, mais bien l’exploitation de cette crise pour marginaliser davantage les femmes.
3. L’incertitude économique : obstacle majeur au mariage des jeunes
L’une des preuves les plus éclatantes de l’échec de ces mesures est l’état du mariage chez les jeunes. Un rapport de l’agence IRNA du 26 mai 2026, intitulé « Célibat à vie pour plus de 18 millions d’Iraniens », révèle l’existence de 18 775 452 individus n’ayant jamais été mariés et de 24 635 974 personnes en âge de se marier.
Par ailleurs, le taux de mariage chez les femmes célibataires affiche une baisse de 1,20 % par rapport à l’année précédente. Alireza Rahimi, responsable au ministère des Sports et de la Jeunesse, a reconnu que la promotion du mariage est « impossible par les slogans et la coercition », identifiant l’incertitude économique comme le plus grand obstacle.
Dans de telles circonstances, les appels officiels aux jeunes à se marier et à procréer, sans réduction réelle du coût de la vie, du logement ou de l’insécurité face à l’avenir, ressemblent à un transfert de la responsabilité de la crise de l’État vers les individus. La pression culturelle exercée sur les femmes pour qu’elles embrassent la maternité alors que les bases structurelles d’une vie indépendante font défaut sert moins à résoudre la crise qu’à supprimer les droits des femmes.

4. Le fossé entre le désir d’enfant et la capacité matérielle
Un rapport d’IRNA du 20 mai 2026 concernant le « fossé profond entre désir et réalité » apporte un démenti cinglant au récit officiel. Reza Saeedi, du ministère de la Santé, a déclaré que les Iraniens souhaitent, en moyenne, avoir 2,6 enfants, alors que le taux de fécondité réel est de 1,5 ou moins. Ces données prouvent que le cœur du problème n’est pas un manque d’envie, mais l’incapacité absolue des familles à subvenir aux besoins vitaux de base.
Pour les femmes, ce décalage signifie affronter une pression officielle intense tout en subissant des discriminations systémiques au travail, une absence de soutien aux mères actives et une restriction sévère de leurs droits reproductifs.
5. Vieillissement rapide et impréparation institutionnelle
Un rapport du site Asr Iran du 19 mai 2026, citant Seyed Javad Hosseini, chef de l’Organisation du Bien-être, alerte sur la vitesse du vieillissement de la population. Les personnes âgées devraient constituer près de 30 % de la population d’ici 2050 ou 2051. Ce vieillissement est étroitement lié à la pauvreté et à l’isolement, menant à une « féminisation de la vieillesse ». Les femmes, usées dans leur jeunesse par les restrictions sur l’éducation et le choix du conjoint, et privées de sécurité d’emploi, se retrouvent piégées dans un cycle de pauvreté et de solitude au soir de leur vie.
6. Sécurisation de la population et instrumentalisation des femmes
L’une des dimensions les plus périlleuses du cadre démographique du régime est sa sécurisation pure et simple. Fatemeh Mohammadbeigi, membre de la commission parlementaire de la Santé, a mis en avant le concept de « guerre démographique », affirmant qu’il ne reste que quatre ou cinq ans pour exploiter la fenêtre de fertilité de la génération actuelle.
Elle a explicitement défini la population comme un élément de « puissance, de sécurité et de dissuasion ». D’autres rapports de Mehr prédisent un déclin alarmant, avertissant que la population pourrait chuter à 30 ou 32 millions d’ici l’an 2100. (Agence Mehr, 20 mai 2026).
Ce langage transforme une question sociale en un projet sécuritaire. Les femmes ne sont plus vues comme des citoyennes dotées du droit de choisir, mais comme des instruments de production. C’est à travers cette rhétorique que la dictature justifie la restriction de l’avortement et la glorification forcée de la maternité. Lorsque l’avortement n’est pas traité sous l’angle de la santé ou de la liberté de choix, mais uniquement comme une menace démographique, les politiques démographiques en Iran cessent d’être un système de soutien pour devenir un instrument de répression.

7. La propagande culturelle au lieu de politiques de bien-être
Parallèlement à ses mécanismes de contrôle, le régime délègue une grande partie de sa réponse à la propagande : conseils conjugaux, festivals de l’enfantement, « Carte de l’espoir des mères » ou création de salles mère-enfant dans l’espace urbain. Maryam Ardebili, conseillère à la mairie de Téhéran, valide implicitement notre analyse en reconnaissant : « Le taux de natalité n’augmentera pas sans espoir, et nous devons nous éloigner d’une approche centrée sur la menace. »
8. Conclusion
La crise de la population en Iran n’est pas le simple sous-produit d’un changement de mode de vie. Elle est le résultat simultané de l’insécurité économique, d’une crise du logement sévère, de l’inflation, d’une discrimination de genre systémique et de la restriction draconienne des droits des femmes. La résolution effective de cette crise exige le renversement complet du régime du Velayat-e Faqih et l’établissement d’un gouvernement démocratique et populaire.
Ce n’est qu’alors que la société iranienne pourra passer du contrôle des femmes au soutien de leurs droits, d’une propagande trompeuse à de véritables politiques de bien-être, et d’une maternité forcée à des conditions où les femmes et les familles pourront décider librement, en toute sécurité et conscience, de leur avenir. La fin des dictatures, du chah aux mollahs, est la condition sine qua non pour restaurer la confiance sociale et la vitalité de la nation.



















