Le mouvement de Maryam Radjavi place les femmes aux responsabilités et exige l’égalité comme un fondement et non comme un slogan, ce qui constitue une attaque directe contre la doctrine centrale de l’ancien régime.
« Un Iran libre passe par le leadership des femmes » est une tribune de l’ambassadrice Carla Sands, publiée par Blaze Mediale 4 mars 2026. Carla Sands est l’ancienne représentante des États-Unis au Danemark (2017-2021) et fut membre du Conseil consultatif économique du président Trump. Voici le texte de sa tribune :
Un Iran libre passe par le leadership des femmes
Le décès de l’ayatollah Ali Khamenei, qui a dirigé l’Iran avec brutalité pendant près de quatre décennies, a plongé ce pays du Golfe Persique dans un moment historique d’incertitude, mais aussi de possibilités. Sa disparition salvatrice a brisé l’ordre oppressif habituel et impose une question que l’Iran ne peut plus éluder : que se passera-t-il ensuite ?
Cette question surgit alors que l’Iran se trouve au cœur d’un basculement profond qui pourrait s’avérer historique et générationnel. Beaucoup d’incertitudes demeurent sur la manière dont le changement se produira, le temps qu’il prendra et la forme qu’il revêtira. Cependant, un principe devrait guider tout observateur sérieux : tout changement durable en Iran doit venir de l’intérieur, porté par les Iraniens eux-mêmes et leur résistance organisée. Tout ce qui serait imposé de l’étranger ou orchestré par une force extérieure est voué à l’échec.
Depuis plus de quarante ans, l’appareil clérical iranien a montré de nombreuses vulnérabilités. L’une d’entre elles se distingue par son caractère à la fois structurel et révélateur, il s’agit de la misogynie institutionnalisée. Ce n’est pas un simple manquement social, c’est une doctrine de gouvernement.
Cette doctrine est devenue la faiblesse du régime.
Les femmes ont été parmi les principales victimes de la répression en Iran. Elles sont également devenues la force la plus dynamique pour la contester. Partout dans le pays, les femmes ne se contentent plus de participer à la contestation, elles la dirigent. Dans chaque ville, elles affrontent les forces les plus répressives du régime. Bien souvent, elles ne font pas que rejoindre les manifestations, elles en prennent la tête.
L’un des traits marquants de ce mouvement est son caractère intergénérationnel. Les observateurs soulignent à juste titre la jeunesse des manifestants iraniens. Mais des mères défilent aux côtés de leurs filles, et cette image illustre un aspect profond de l’éveil national de l’Iran : la demande de liberté n’est plus confinée à une tranche d’âge ou à une classe sociale. Elle est devenue une aspiration nationale partagée.
Dans les moments de transformation historique, des dirigeants émergent, dont la vie incarne les objectifs d’un mouvement. Dans la lutte de l’Iran, Maryam Radjavi, présidente élue de la Commission des Femmes du CNRI, est l’une de ces figures. Depuis près d’un demi-siècle, elle est engagée dans le combat de l’Iran pour la liberté. Son engagement est personnel. Elle a perdu une sœur sous la SAVAK, la police secrète du chah, et une autre sous le règne des ayatollahs alors qu’elle était enceinte. De telles pertes en auraient réduit beaucoup au silence. Chez elle, elles ont renforcé sa détermination.
L’importance de Mme Radjavi ne réside pas seulement dans son histoire personnelle, mais dans sa vision. Au fil des décennies, elle a aidé à former une génération de femmes au sein de la résistance iranienne, des femmes qui occupent aujourd’hui des rôles de direction, organisent des réseaux et maintiennent le militantisme sous une répression extrême. Des dizaines de milliers de femmes affiliées à son mouvement sont mortes dans la lutte pour la liberté. Ce sacrifice, mesuré en vies plutôt qu’en slogans, confère une crédibilité au mouvement qu’elle représente.

Il ne s’agit pas d’une inclusion symbolique, mais d’une transformation structurelle. À tous les niveaux de l’opposition, les femmes contestent le postulat central du régime selon lequel le pouvoir doit rester exclusivement masculin.
Au centre du programme de Mme Radjavi se trouve un plan en 10 points décrivant un avenir démocratique pour l’Iran. En son cœur réside un principe que le régime actuel juge intolérable : l’égalité des sexes. Dans cette vision, l’égalité n’est pas une concession, c’est un fondement essentiel à la légitimité politique, au progrès économique et à la justice. Les droits des femmes ne sont pas une revendication périphérique, ils sont la déclaration qu’un futur Iran doit rompre avec des décennies de répression.
Parfois, une seule image transmet ce que des volumes d’analyses ne peuvent expliquer. Peu de signes annonceraient une nouvelle ère plus clairement que l’émergence d’une femme musulmane à l’esprit moderne en tant que figure centrale d’un changement démocratique. Cela marquerait plus qu’une transition politique. Ce serait le signal d’un renouveau, une rupture avec la tyrannie et la déclaration que l’avenir de l’Iran appartient à tous ses citoyens.
L’histoire offre d’innombrables exemples de sociétés qui semblaient immuables jusqu’à ce qu’elles cessent soudain de l’être. Les systèmes autoritaires paraissent souvent les plus forts juste avant de s’affaiblir, et les plus permanents juste avant de se dissoudre. Les forces qui s’agitent aujourd’hui en Iran, notamment le courage et le leadership de ses femmes, suggèrent que le pays est entré dans un tel moment.
La leçon pour le monde est simple. Le destin de l’Iran ne sera pas façonné par une intervention étrangère ou une ingénierie extérieure, et il ne sera pas servi par des simulacres de dirigeants comme Reza Pahlavi, qui s’appuient sur les réseaux sociaux et des comptes automatisés pour paraître crédibles. Le destin de l’Iran sera façonné par les Iraniens : par les étudiants, les travailleurs, les professionnels et, par-dessus tout, par les femmes qui refusent d’accepter un futur défini par la répression.
Leur lutte n’est pas seulement nationale. Elle reflète une vérité universelle : le désir de liberté, une fois éveillé, ne peut être définitivement étouffé.
La direction de la transformation de l’Iran devient plus claire. Et si l’histoire peut nous servir de guide, lorsque cette transformation atteindra son point de bascule, elle portera une marque distinctive : elle aura été dirigée, inspirée et soutenue par les femmes.




















