Le 8 septembre 1978 (17 Chahrivar 1357), resté dans l’histoire sous le nom de « Vendredi noir », demeure l’une des journées les plus sanglantes et décisives de l’histoire contemporaine de l’Iran. Malgré l’instauration de la loi martiale, des milliers de résidents de Téhéran — menés avec courage par des femmes en première ligne — envahirent la Place Jaleh (rebaptisée Place Shohada après la révolution) pour réclamer la liberté, la justice et la fin de la tyrannie.
Beaucoup de femmes avaient emmené leurs jeunes enfants. L’armée du chah ouvrit le feu sur cette manifestation pacifique, tuant des centaines de femmes et des milliers de citoyens, déclenchant une vague nationale d’indignation, de deuil et de solidarité.
Les femmes : la force motrice du soulèvement
Les femmes n’étaient pas de simples participantes : elles furent organisatrices, dirigeantes et stratèges de la résistance. Des maisons et ruelles jusqu’aux grandes artères de Téhéran, elles jouèrent un rôle central dans la structuration du mouvement de protestation. Leur présence massive dans les marches précédentes — notamment la grande manifestation de l’Aïd al-Fitr le 6 septembre et celle du 7 septembre — renforça la puissance des slogans tels que « À bas le chah » et « Le seul chemin vers la liberté est celui des Moudjahidines », qui résonnaient dans la ville avec une force irrésistible.

Mères et familles de prisonniers politiques : des défenseures en première ligne
Après le Vendredi noir, les femmes — mères, sœurs et épouses de martyrs et de prisonniers politiques — refusèrent de se taire. En assistant aux funérailles, en rendant visite aux familles endeuillées et en affrontant les soldats armés, elles transmirent un message puissant de résistance. Beaucoup mirent en place des réseaux pour documenter et dénoncer les atrocités commises dans les prisons et les exécutions secrètes, diffusant clandestinement ces informations. À travers des réseaux de proximité dans les quartiers et les foyers, elles créèrent des groupes éducatifs, des cercles de discussion et des points de partage d’informations vitales, renforçant ainsi le mouvement civil et politique en Iran.

Héritage du 8 septembre, Vendredi noir
Le rôle des femmes et des mères dans le soulèvement du 8 septembre prouva que la résistance ne se limitait pas aux rues. Par le récit oral, l’écriture de lettres et les cérémonies commémoratives, elles instaurèrent une lutte symbolique et culturelle qui conserva la mémoire collective et inspira les générations futures.
L’image emblématique des mères iraniennes tenant les photos de leurs enfants martyrisés ou emprisonnés face aux soldats armés inspira les mouvements de femmes dans le monde entier, des « Mères de la Place de Mai » en Argentine aux campagnes internationales contre les disparitions forcées.
Le 8 septembre (17 Chahrivar) demeure un symbole de sang, de courage et de résilience — le jour où la bravoure des femmes et des mères grava dans l’histoire de l’Iran l’esprit de justice et de révolution.





















