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Que signifie être une jeune femme en Iran en 2026, et vouloir construire son avenir par l’éducation ?

Que signifie être une jeune femme en Iran en 2026, et vouloir construire son avenir par l’éducation ?

October 7, 2026
dans podcast
Telegramhttps://bsky.app/profile/cnrifemmes.bsky.social
Que signifie être une jeune femme en Iran en 2026, et vouloir construire son avenir par l’éducation ?

Imaginez un peu la scène. Vous êtes sur un campus universitaire et d’un côté, vous avez des forces de sécurité qui vous tendent un micro et vous proposent de, je cite, entamer un dialogue.  

Ouais, le fameux dialogue.

C’est ça. Mais de l’autre main, en fait ces mêmes forces tiennent littéralement un sac. Le type de sac en toile qu’ils utilisent pour enlever les opposants politiques.

Ah oui, l’image est frappante.

C’est totalement surréaliste, c’est presque cinématographique. Mais c’est exactement ce qui s’est déroulé à l’université Allameh en Iran. Et et la réponse des étudiantes face à cette menace, bien ça a été de scander en coeur, nous ne voulons pas de votre dialogue dans un sac.

C’est une image qui résume parfaitement l’attention actuelle en fait. On a d’un côté la façade d’un police d’une institution académique et de l’autre la réalité vraiment brute d’un appareil d’état répressif.

Exactement.

Et le fait que ces jeunes femmes aient l’audace de nommer cette violence à voix haute, de s’en moquer presque, ça nous indique qu’un seuil psychologique majeur a été franchi.

Bien bonjour et bienvenue dans cette nouvelle analyse approfondie. Je suis ravie de mener cette exploration aujourd’hui, car nous allons justement disséquer ce point de rupture.

Tout à fait, je suis ravie d’être là pour en parler avec vous.

Notre mission aujourd’hui, c’est de décrypter la crise de l’éducation en Iran en cette année 2026, avec un focus très particulier sur la trajectoire des filles depuis l’école primaire jusqu’au campus universitaire sous haute sécurité.

C’est un buzz de programme.

Oui, très vaste.

Mais avant de plonger dans les données, il faut qu’on pose le cadre. Cette analyse, elle s’appuie sur une pile de documents qui nous a été soumise pour la commission des femmes du conseil national de la résistance iranienne. Et pour ceux qui nous écoutent et qui souhaiteraient consulter ces archives par eux-mêmes, tout est en libre accès sur wncri.org/fr. On a épluché des rapports officiels, des médias d’État, la presse d’opposition et des témoignages directs.

Voilà. Et pour bien comprendre ce qui se passe dans les universités, on ne peut pas isoler l’enseignement supérieur du reste. Ce n’est pas juste un problème administratif.

Non, c’est beaucoup plus profond. Exactement.

L’université, c’est juste la ligne d’arrivée d’un véritable parcours du combattant. Ce que les sources montrent, c’est que ce n’est plus le mérite intellectuel qui sélectionne les étudiants. C’est plutôt un processus d’attrition économique et sociale qui commence dès le plus jeune âge.

Bon, alors décortiquons tout ça et commençons par la base. J’ai regardé les chiffres du ministère de l’éducation pour la rentrée 2026 et ça pique.

Ces chiffres sont alarmants, oui. Ils indiquent 160000 élèves de CP en moins par rapport à l’année précédente sur une seule année scolaire. Et plus de 140000 enfants ont purement et simplement disparu des registres.

C’est énorme.

Et près de 45 pour 100 d’entre eux sont des filles. Moi je bloque un peu sur l’ampleur du truc. On ne parle pas de quelques villages reculés, les rapports soulignent que ça touche les quartiers de la classe moyenne à Téhéran. C’est comme si le système éducatif devenait un club très fermé où le prix du billet d’entrée doublerait chaque année, expulsant de fait la classe moyenne.

C’est une très bonne analogie. Et le moteur principal derrière cette exclusion, identifiée par toutes nos sources, y compris les agences gouvernementales, c’est l’inflation.

L’inflation oui.

On est sur une courbe qui est passée d’environ 9 pour 100 en 2016 à près de 70 pour 100 en août 26.

70 pour 100, c’est vertigineux.

Du coup préparer un enfant pour la rentrée, ça coûte aujourd’hui entre 20 et 30000000 de Thomas. Ce n’est plus une dépense de routine pour la rentrée.

C’est clair.

C’est devenu un véritable investissement en capital que beaucoup de familles ne peuvent tout simplement plus assumer.

J’ai justement lu ce témoignage précis dans le dossier d’une mère qui vit dans le district un de Téhéran. Elle détaille tout son budget entre les fournitures de base dont le prix a doublé, l’uniforme qui est imposé et puis ces fameux, ce qu’ils appellent cyniquement des dons volontaires.

Les frais d’inscription déguisés oui.

Voilà exactement. Elle raconte qu’elle doit sacrifier plusieurs mois de son salaire complet juste pour maintenir sa fille à l’école. Mais ça soulève une question, si l’inflation détruit à ce point le pouvoir d’achat, pourquoi est-ce que ce sont systématiquement les filles qui sont retirées des classes en 1er?

C’est là que l’économie rejoint directement la sociologie. Quand on est dans un contexte de pauvreté extrême, les familles font des calculs de survie à très court terme. Une fille qu’on retire de l’école, ce n’est pas seulement une dépense en moins. Elle devient souvent une force de travail invisible à la maison. Elle s’occupe des petits pendant que les parents essaient de cumuler 2 ou 3 emplois.

C’est tragique. Et les rapports des ONG parlent aussi d’une recrudescence du mariage des enfants non?

Absolument. C’est tragiquement perçu par des familles exsangues comme une stratégie économique. C’est brutal à dire, mais c’est perçu comme une bouche en moins à nourrir.

 Mon Dieu.

Donc l’abandon scolaire des filles, ce n’est pas juste rater des cours. C’est vraiment la 1re étape d’une vulnérabilité systémique. Les pousse vers le travail précoce, les mariages forcés ou les violences domestiques.

Mais attendez, je me pose une question sur la qualité de l’enseignement pour ceux qui, par miracle, arrivent à rester à l’école. Parce que si une famille fait l’effort surhumain de lâcher 30000000 de thomanes, on s’attend à un minimum de retour sur investissement non?

Logiquement oui.

Or les rapports officiels décrivent des classes où ils s’entassent 40 voire 45 élèves. Et la moyenne nationale aux examens finaux s’est effondrée. Elle est passée de 12 50 sur 20 il y a 4 ans à seulement 10.69 cette année.

Oui, la chute est brutale.

Du coup, si les notes officielles chutent si drastiquement et que les classes débordent, est-ce que l’école ne fonctionne pas aujourd’hui comme une simple garderie hors de prix plutôt que comme un lieu d’apprentissage?

Ce qui est fascinant ici, c’est ce qu’on appelle la pauvreté d’apprentissage. C’est un concept vraiment crucial dans les rapports internationaux.

C’est-à-dire?

Ça signifie que la simple présence physique en classe ne garantit plus du tout l’acquisition des compétences de base. Un enfant peut s’asseoir sur un banc pendant 5 ans et ne jamais maîtriser la lecture d’un texte simple.

Ah oui d’accord.

Et avec 45 élèves par classe et des professeurs tellement épuisés financièrement qu’ils font les taxis le soir pour survivre, l’instruction disparaît. L’école mute en fait. Elle devient, comme vous dites, une structure de confinement hors de prix.

C’est terrifiant.

Et ça nous amène naturellement à la suite du parcours pour cette toute petite minorité de filles qui survivent à ce 1er filtre et atteignent l’université, la situation ne s’améliore pas en fait. Elle change juste de nature.

Totalement. L’effondrement devient académique et économique.

Oui, regardons les classements mondiaux. L’université de Téhéran a perdu 45 places. Celle de Tabriz s’est effondrée de 108 places.

Et cette chute dans les classements, s’explique par un chiffre qui est documenté dans le dossier et qui est catastrophique pour le pays. En l’espace d’une décennie, 12000 professeurs ont quitté l’Iran.

12000.

Oui. Et dans les grandes universités, un quart du corps professoral en ingénierie et dans les filières techniques est parti à l’étranger.

Mais pourquoi une fuite aussi massive? Enfin, je regarde des grilles salariales fournies dans les rapports et c’est vrai que l’explication saute aux yeux.

Ouais, les salaires sont faméliques.

Un professeur d’université ultra expérimenté en Iran gagne aujourd’hui l’équivalent de moins de 1000 dollars par mois. Alors que juste à côté, dans les pays voisins, ces mêmes profils se voient offrir entre 5000 et 10000 dollars, sans parler des budgets de recherche.

C’est le jour et la nuit.

Mais perdre un quart de ces professeurs d’ingénierie, qui va former ceux qui doivent maintenir les réseaux électriques, construire les ponts ou gérer l’eau? C’est une véritable hémorragie.

C’est ça. Ils hypothèquent l’avenir du pays. Et cette précarité, les étudiantes, elles l’apprennent aussi de plein fouet. Si vous regardez les rapports syndicaux étudiants, notamment à l’université Allameh Tabataii.

Oui, on y revient.

Il dénonce une véritable asphyxie financière. C’est exacerbé par un tout nouveau système controversé de portefeuille électronique pour la cantine.

Ah oui, j’ai vu ça. C’est aberrant. Le montant alloué sur cette carte virtuelle ne permet même pas d’acheter un repas normal à Téhéran.

C’est dérisoire.

C’est littéralement comme si on vous donnait une carte cadeau de 5 euros pour aller dîner dans un restaurant gastronomique. Les syndicats appellent ça une exclusion silencieuse.

Et à juste titre.

Alors, qu’est-ce que tout ça signifie? Si les meilleures profs fuient et que les étudiantes ne peuvent même plus se payer à manger, pourquoi continuent-elles à se battre de façon si farouche pour rester dans ces institutions?

Si l’on relie cela à une perspective plus large, c’est parce que pour ces jeunes femmes, l’université a transcendé son rôle purement académique. Dans une société hyper surveillée, le campus, c’est devenu le dernier espace de revendication de leurs droits. Ce n’est plus juste pour le diplôme, c’est une forteresse civile où elles peuvent encore exister socialement.

Et c’est justement parce que c’est un espace de revendication que les autorités essaient de tout verrouiller. On passe vraiment d’une crise économique à une répression sécuritaire pure et dure.

L’État veut reprendre le contrôle absolu.

L’énergie n’est plus mise sur les repas ou les profs manquants, mais sur la sécurité. J’ai halluciné en lisant les directives sur le hijab. Il y a des déclarations de responsables comme Abdulhosein Khosropana qui stipulent publiquement qu’une étudiante et je le cite, ne peut pas se promener dans l’université habillée comme si elle était dans sa chambre à coucher.

Le ton est donné oui.

L’arsenal disciplinaire déployé est effrayant. À l’aube de l’année scolaire, plus de 100 cas disciplinaires ont été ouverts. Amir Kabir, il y a eu des dizaines de suspensions. À la fameuse université de Sharif, on parle d’expulsion définitive.

Et regardez les profils visés.

Oui, les dossiers nomment des filles brillantes comme Fatemeh Khakpour en chimie ou Parnian Khodabakhchi. Comment peut-on exiger de l’innovation ou de la recherche de la part d’étudiantes dont la principale angoisse tous les matins, c’est qu’un vêtement jugé non conforme pourrait leur valoir l’expulsion ou pire 5 ans de prison.

Bien l’effet paralysant est recherché. L’objectif, ce n’est pas seulement vestimentaire en fait, c’est l’éradication systématique de toute pensée critique. Suspendre une ingénieur pour une mèche de cheveux, c’est montrer que l’obéissance compte plus que le développement scientifique.

C’est la destruction de la pensée. Et ça va très loin. Le dossier parle du cas de Maryam Javadi, une étudiante en journalisme.

Oui, incarcérée depuis plus d’un an, condamnée à 5 ans.

Sans parler du bilan officiel qui admet que 100 étudiants ont été tués lors du soulèvement de janvier 2026, on est sur un campus qui est devenu un point de contrôle militarisé.

La logique est simple, augmenter le coût de la contestation jusqu’à ce que ce taire devienne la seule option pour survivre.

Bien, c’est là que ça devient vraiment intéressant. Parce que face à ce système éducatif délabré, coûteux et totalement militarisé, ces jeunes femmes ne cèdent pas.

Non, elles font preuve d’une résidence extraordinaire.

Revenons sur les manifestations du 28 septembre à l’université à Allameh. C’était des manifestations menées principalement par des étudiantes, n’est-ce pas?

Tout à fait. Et quand on analyse les slogans, on voit une maturité politique bluffante. Elle lie les problèmes quotidiens aux crises systémiques.

C’est fascinant. Elle criait, étudiants emprisonnés doivent être libérés. Ou encore, hijab et police des moeurs abats la tyrannie. Et celui-ci m’a marqué. Ils parlent de dialogue, mais braquent leurs armes sur nous.

Cela soulève une question importante. Ça prouve que ces étudiantes lient la discrimination de genre comme le hijab obligatoire à la crise macroéconomique et à la dictature dans son ensemble. Elles voient le système global.

Et ça nous ramène à l’incident avec le Bassidj qu’on évoquait en introduction. Les forces de sécurité proposent un pseudo dialogue tout en menaçant les filles de les mettre dans des sacs.

Et la réplique brillante, nous ne voulons pas de votre dialogue dans un sac.

C’est du génie politique honnêtement.

C’est comme essayer d’organiser un club de débat où l’une des parties tient un micro et l’autre un sac de kidnapping. Est-ce que cette répartie cinglante ne prouve pas finalement que la stratégie d’intimidation du régime est en train de se retourner contre lui? Ça forge une génération d’étudiantes totalement immunisées contre la peur non?

Exactement. Utiliser cet humour noir, vif, direct face à des hommes armés, ça prouve que le mur de la peur est tombé. En exposant l’hypocrisie de la répression à voix haute, elles enlèvent à l’état son levier de contrôle le plus puissant.

C’est un courage inouï. Pour synthétiser ce voyage qu’on vient de faire, on est parti de la petite fille privée d’école à cause de l’inflation, de ses fournitures inabordables pour arriver à l’étudiant universitaire qui risque sa vie et sa liberté défendre ses droits face aux forces armées à l’université à La Mai.

Le contraste est saisissant, mais le fil conducteur est le même. Une lutte constante contre l’effacement. Et ça laisse matière à réflexion. Si un système consacre la majorité de son budget, de son énergie et de ses forces de sécurité à combattre l’éducation de sa propre jeunesse, n’est-il pas intrinsèquement en train de démanteler l’infrastructure même de son propre avenir?

C’est une excellente question.

Je veux dire, que devient une nation dont les esprits les plus brillants sont poussés à l’exil, jetés en prison ou activement engagés à préparer la chute du système?

C’est une conclusion qui laisse vraiment songeur. Et c’est sur cette réflexion que nous allons clore cette session. Pour tous ceux qui nous écoutent et qui souhaitent prolonger cette exploration, tous les détails, les témoignages et les rapports officiels compilés pour la commission des femmes du CNRI sont disponibles sur wncri.org/fr.

N’hésitez pas à aller consulter les sources par vous-même. C’est très instructif.

Merci d’avoir partagé votre analyse avec nous aujourd’hui, c’était passionnant. Et pour tous ceux qui nous ont suivi, merci de votre écoute. On se retrouve très bientôt pour une nouvelle plongée dans l’actualité.

Tags: éducation
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