Six femmes exécutées en août : derrière la répression, un régime pris de panique
Bienvenue dans un nouvel épisode des podcasts de la commission des femmes du conseil national de la résistance iranienne (CNRI Femmes). Ouais un épisode vraiment crucial aujourd’hui. Absolument. Aujourd’hui notre plongée au coeur des documents se concentre sur une série de rapports récents de de notes de recherches concernant les condamnations et les conditions de détention des femmes en Iran. Surtout à la suite du soulèvement de janvier 2026 en fait.
C’est ça. Et notre mission ici, c’est vraiment d’extraire les faits de ces documents pour comprendre l’ampleur de la situation sur le terrain. Parce que les documents sont assez denses. Très denses.
Et d’ailleurs, pour lancer le sujet, il y un chiffre dans ces rapports qui est assez glaçant. Glaçant, c’est le mot. Depuis le début de l’année 2026, on compte 24 femmes qui ont été exécutées. 24?
Ouais. Mais le pire, c’est l’accélération de ce chiffre. Sur ces 24 femmes, 6 ont été exécutées au cours du seul mois d’août. Attends, 6 en un seul mois? Oui, les rapports soulignent bien que c’est un rythme totalement inédit depuis 20 ans sous le régime clérical.
C’est fou. Alors pour donner un visage à ces statistiques, j’ai les noms sous les yeux. Vas-y. Il y a Mahtab Shir-Mohammadi, 32 ans, mère d’un enfant, exécutée à la prison de Yassouj le 2 août. Ensuite Marzieh Nayyeri, 24 ans à Qazvin le 8 août.
On a aussi des très jeunes femmes comme Donya Mohammadi, à peine 20 ans exécutée à Illam le 19 août. C’est une véritable hécatombe à la fin du mois. C’est ça, le 23 août Fatemeh Kamal Zareii, 30 ans à Karaj, le lendemain Arezou Rastad, 23 ans à Ispahan. Et le 25, Zahra Azizpour, 43 ans, est mère d’un enfant à la prison de Lakan à Rasht. Ça s’enchaîne jour après jour. Et ce n’est pas tout.
La Cour suprême vient tout juste de confirmer la peine de mort d’Arghavan Fallahï. Ah oui, la prisonnière politique de 25 ans. Oui, une partisane de l’OMPI et ça malgré toutes les protestations internationales. Et on note aussi des disparitions comme Gazal Sayyadi, 38 ans, arrêté en juin à Andisheh avec d’autres partisans de la résistance. On n’a plus aucune trace d’elle.
C’est c’est vraiment le trou noir pour elle. Alors qu’est-ce que tout cela signifie? Je veux dire 6 exécutions en un mois, c’est comme une véritable chaîne de montage judiciaire qui fonctionne à une vitesse terrifiante. Comment le système justifie-t-il une telle cadence? Ce qui est fascinant ici, c’est que ce n’est absolument pas une coïncidence statistique.
D’accord. Les rapports indiquent que cette sévérité, c’est une réponse directe pour maintenir le contrôle. Il faut bien comprendre pourquoi ce pic se produit maintenant, c’est essentiel pour notre analyse. Donc c’est lié aux événements de janvier 2026. Exactement.
Pour comprendre ce pourquoi, il faut regarder comment le système judiciaire traite les manifestantes de ce soulèvement. Les les peines sont hallucinantes. Totalement disproportionnées oui. Par exemple regarde le cas de Leila Abolhassani. C’est une mère de 43 ans, elle a 2 adolescentes.
Et elle a été condamnée à mort. Condamnée à mort oui et tu sais pourquoi? Simplement pour avoir filmé un magasin en feu pendant les manifestations. Waouh d’accord, décortiquons tout cela. Comment le fait de filmer avec un téléphone peut-il être équivalent aux yeux de la loi à un crime capital?
C’est toute la logique de leur système actuel. C’est comme si l’acte d’observation était devenu aussi dangereux que l’acte de rébellion lui-même quoi. C’est exactement ça. Si l’on relie cela au contexte global, le système judiciaire n’opère plus du tout sur le principe de la proportionnalité du crime. Il opère sur quoi alors?
Sur la dissuasion absolue. Les documents montrent qu’ils veulent plonger les manifestants dans une incertitude judiciaire totale. L’imprévisibilité comme arme. Voilà. Et on le voit bien dans l’affaire de la place Shohada où 4 agents du Bassij auraient été tués.
Ah oui, l’histoire des soeurs jumelles. Oui, Tarané et Romina Rahimi. A été condamnée à la mort et à 11 ans de prison. Et sa soeur jumelle? Romina, elle, a écopé de 25 ans de prison.
Et dans la même affaire, une autre jeune femme, Sétayesh Saedi, a pris 5 ans. C’est complètement arbitraire. Totalement. Et on n’oublie pas les châtiments corporels. Neda Dadehjani et Setayesh Sarabi par exemple ont reçu 31 coups de fouet chacune au tribunal pénal de Qorveh.
31 coups de fouet, c’est c’est d’une brutalité sans nom. Et ce qui ressort des sources, c’est que la peine de mort et le fouet ne sont pas leurs seuls outils de répression. Loin de là, non? Les conditions de détention elles-mêmes agissent comme une forme de condamnation extra judiciaire. Ouais, c’est une véritable double peine.
C’est ici que cela devient vraiment intéressant. Si on peut utiliser ce mot pour une chose aussi grave, l’infrastructure est terrifiante. Au quartier un de la prison de Fardis à Karaj, les observateurs rapportent que c’est inondé d’eaux usées. Des eaux usées, oui. Les femmes sont exposées aux maladies infectieuses sans aucun soin médical.
Et à la prison de Sépidar à Ahwaz, plus de 300 femmes souffrent d’une surpopulation extrême. Pas de climatisation en pleine chaleur, pas d’installation sanitaire adéquate. Et les conséquences de ça sont mortelles. Documents sont formels là-dessus. Il y a des décès directs liés à ça.
Absolument, Taktom Ramezani, 37 ans, est décédé le 11 août 2026 à la prison de Vakilabad à Machhad. À cause des conditions. Faute de soins, simplement. Dans la même prison, Maboubé Shabani qui avait été arrêté en janvier pour avoir aidé des blessés a dû entamer une grève de la faim le 20 août. Juste pour protester contre ces conditions.
Ouais. Et puis il y a le cas de Shiva Esmaïli, elle a 71 ans, c’est une ingénieur agronome détenue à Evine. Qu’est-ce qui lui arrive elle? Elle souffre d’une grave maladie de la colonne vertébrale et on lui refuse systématiquement des soins. Refuser des soins pour une maladie de la colonne vertébrale à 71 ans, on dirait vraiment que la privation de soins médicaux est utilisée comme une arme silencieuse.
C’est exactement ça. Ça transforme des peines de prison ordinaires en condamnations à mort officieuses. Et ce n’est pas le seul moyen de pression. Non, en effet, il y a aussi des pressions familiales hallucinantes. Atefeh Hassani par exemple est menacée à faire 10 la prison avec les eaux usées.
Les autorités lui disent qu’elle restera détenue tant que son frère Mohammad, un prisonnier politique à Caraj ne cédera pas à leurs exigences. C’est de la prise d’otage pure et simple. On a aussi le cas de Maryam Javadi, une étudiante en journalisme de 27 ans, elle est délibérément placée avec des condamnés de droit commun à la prison de Dowlatabad. Pour la briser psychologiquement et physiquement. Exactement.
Et Massoumeh Sarbanzadeh, 50 ans, mère de famille, accusée d’avoir formé un groupe contre la sécurité nationale, privée de soins elle aussi à Dowlatabad. Et ça peut durer indéfiniment. Comme Massoumé Ajini, 63 ans, coincée dans les limbes judiciaires à Gorgane depuis 4 mois. Tout ça parce qu’elle cherchait justice pour son frère exécuté en 1988. Cela soulève une question importante quant aux motivations réelles de ces autorités.
Oui, pourquoi un tel acharnement? Il y une citation directe dans les rapports qui illustre parfaitement leur état d’esprit, c’est effarant. Vas-y, je t’écoute. Ça s’est passé dans la prison centrale de Yazd. 2 responsables judiciaires se sont adressés aux prisonniers dans le couloir de la mort et ils leur ont dit, je cite.
D’accord. Votre nature est comme celle des porcs et vous êtes sale comme des porcs. Nous savons que si vous arrivez un jour au pouvoir, vous nous tuerez. Par conséquent, nous vous tuerons d’abord pour que vous n’accédiez jamais au pouvoir. Waouh, c’est c’est glaçant.
C’est la preuve noir sur blanc que ce traitement inhumain, il est totalement et profondément idéologique. Ils ne cachent même plus leur terreur de perdre le pouvoir. Nous vous tuerons d’abord. C’est de la légitime défense préventive complètement paranoïaque. Oui, et ça m’amène à une dernière réflexion, un point vraiment central pour ceux qui écoutent cette analyse.
Bien sûr. Quand on voit que le simple fait d’observer comme filmer un incendie avec un téléphone ou que les liens familiaux comme être détenu en otage pour faire pression sur un frère deviennent des crimes passibles d’une détention indéfinie ou de la mort, la définition même de la justice se dissout complètement. Il n’y a plus de loi en fait. Exactement. Et la question qu’il faut se poser c’est, que devient le tissu d’une société lorsque son système judiciaire n’est plus un outil pour appliquer la loi, mais devient une pure arme de survie préventive pour ceux qui sont au pouvoir?
C’est une excellente question et je pense que les faits qu’on vient d’exposer y répondent tragiquement. Ce n’est plus une cour de justice, c’est un champ de bataille unilatéral. Tout à fait. On invite tous ceux qui nous écoutent à approfondir ces questions et à visiter notre site web wncri.org/fr pour consulter nos travaux. Ouais, n’hésitez pas.
Et vous pouvez également y faire des contributions pour soutenir le travail de la commission des femmes du CNRI afin de promouvoir la lutte des femmes pour la liberté et la démocratie en Iran. C’est un soutien essentiel. Merci d’avoir suivi cette analyse complexe et de nous avoir accompagnés dans cette plongée au coeur des documents. On vous dit au revoir et à très bientôt pour un prochain épisode. À bientôt.



















