Linda Chavez à l’IWD 2026 : le récent soulèvement en Iran n’était pas « spontané », mais le fruit de mouvements de résistance organisés dans le pays et prêts à descendre dans la rue
Le samedi 21 février 2026, à la veille du 8 mars, Journée internationale des femmes, la Commission des Femmes du CNRI a organisé à Paris une conférence internationale intitulée « Le leadership des femmes : un impératif pour un Iran libre et une république démocratique ». La conférence, à laquelle participaient des parlementaires, des universitaires, des chercheuses et d’éminentes personnalités politiques, s’est concentrée sur la participation politique et le leadership des femmes comme éléments décisifs d’une société démocratique.
Lors de cette conférence, Linda Chavez, ancienne directrice du Bureau des relations publiques de la Maison-Blanche, était présente et a prononcé un discours. En voici le texte intégral :
Linda Chavez : nous ne demandons plus « si » le régime va changer, nous savons que ce changement aura lieu.
C’est toujours pour moi une expérience qui incite à l’humilité. Je dois vous dire que je ne connais aucun autre événement où sont réunies autant de femmes puissantes. Il y a non seulement notre chère Maryam Radjavi, mais aussi d’anciennes chefs d’État, des ministres, des ambassadrices, des membres de parlements et de congrès, toutes rassemblées ici pour soutenir les femmes et le peuple d’Iran.
Vous savez, chaque année, nous parlons de changement de régime, du moins au cours des quinze dernières années où j’ai assisté à ces rencontres. Nous en parlons toujours. Mais cette année est différente. Nous ne nous demandons plus s’il y aura un changement de régime, nous savons qu’il aura lieu. Les seules questions sont « quand et comment ». Nous avons traversé des périodes de résistance en Iran depuis que les mollahs ont pris le pouvoir dans ce pays. Nous avons vu d’immenses soulèvements en 2009. Nous avons vu le peuple descendre dans la rue en 2022 après le meurtre d’une jeune femme.
Et cette année, comme à la fin de l’année dernière, nous avons vu littéralement un million de personnes dans les rues de Téhéran. Nous avons vu des manifestants dans chacune des 31 provinces du pays. Les rues étaient inondées de monde. Et que fait le régime quand le peuple d’Iran se soulève ? Il fait ce qu’il a toujours fait, il accentue la répression. Il tue, il mutile, il torture, et les victimes ne sont pas seulement des hommes et des femmes, mais aussi des enfants.
En observant ces mouvements de résistance de la fin décembre et du mois de janvier, il faut se demander comment cela est arrivé. Pourquoi à ce moment-là ? Eh bien, cela s’est produit pour de nombreuses raisons, mais ce n’était pas exactement spontané. En réalité, il existait des mouvements de résistance à l’intérieur de l’Iran prêts à descendre dans la rue et à rallier les autres autour d’eux. C’est ce qui s’est passé, et nous l’avons vu. Cela est arrivé parce que les gens ordinaires subissaient la répression du régime. Les gens ne peuvent plus acheter de nourriture, ils n’ont plus accès à l’eau. Dans un pays riche en pétrole, vous avez des problèmes d’énergie. Et il y a la répression, particulièrement celle des femmes. Des femmes qui ne sont même pas autorisées à être dans la rue, qui ne peuvent rien faire sans être accompagnées, qui ne peuvent pas poursuivre leurs ambitions, qui n’ont même pas le droit de s’habiller comme elles le souhaitent. Finalement, quand cela se produit et que vous réalisez que vous n’avez plus assez d’argent pour nourrir votre famille alors que tous vos droits sont restreints, le peuple dit : « Assez. Trop c’est trop. Nous allons nous soulever. »
Malheureusement, ils se sont soulevés et ont été tués par milliers. Depuis lors, le monde entier se demande quelle sera la suite. Allons-nous voir un changement ? Je peux vous dire qu’aux États-Unis, chaque jour, j’ouvre les journaux en me demandant si des F-35 se dirigent vers l’Iran pour frapper des sites. Je sais que beaucoup de gens s’interrogent sur l’après. C’est la question que tout le monde doit se poser, qu’est-ce qui remplacera ce régime ? Certains à Washington, je le sais, pensent qu’ils peuvent négocier quelque chose. Ils pensent qu’ils peuvent trouver des dirigeants modérés au sein de la classe dirigeante iranienne pour les installer, en espérant qu’ils soient plus raisonnables, qu’ils renoncent aux armes nucléaires et qu’un accord soit conclu.

D’autres pensent que nous pouvons choisir qui sera le prochain dirigeant. Et oui, nous avons cet homme qui vit aux États-Unis depuis plus de quarante ans, qui a des relations avec d’autres élites, mais qu’a-t-il fait durant ces dernières décennies ? A-t-il parcouru le pays pour prononcer des discours et tenter d’inciter le peuple iranien à envisager l’avenir ? A-t-il rassemblé un mouvement de personnes engagées pour la démocratie et désireuses de voir un Iran libre, différent du régime qui a précédé les mollahs ? À ma connaissance, pas du tout.
Il ne me semble pas, et je suis impliquée dans cette question depuis les années 90, qu’il existe un autre mouvement, et je ne parle pas d’une seule personne, mais bien d’un mouvement. Avec tout le respect que je vous dois, Maryam Radjavi, vous êtes une leader charismatique. Mais vous méritez de diriger parce que vous avez des partisans. Parce que vous inspirez des gens, et particulièrement de nombreuses femmes. Ce sont des femmes qui ne se contentent pas de « coller des timbres », comme nous le disons aux États-Unis, ou de s’occuper des tâches administratives subalternes de la politique, mais qui dirigent réellement. C’est pourquoi je considère que votre mouvement est si puissant. Ce n’est pas non plus seulement l’affaire d’une personne ou d’une chef charismatique, c’est une idée pour l’avenir de l’Iran. Ce que vous avez accompli en créant une troisième voie, qui refuse tant les négociations que le retour de proches d’anciens dirigeants n’ayant eux-mêmes jamais gouverné, est d’avoir élaboré un véritable plan d’action pour le peuple iranien.
En examinant le plan en dix points de Madame Radjavi, j’y vois notamment la justice et l’égalité des chances dans les secteurs de l’emploi et de l’entrepreneuriat pour tous les Iraniens, au sein d’une économie de marché libre. Ainsi, les mensonges colportés sur ce mouvement me préoccupent au plus haut point. Il est admirable que tant d’entre vous, dans cette salle, se soient battus contre ces calomnies. Car ces mensonges sont corrosifs, et nous savons qui les propage, il s’agit du régime. On m’a parfois dit qu’il ne fallait pas fréquenter ces gens, sous prétexte qu’ils n’auraient aucun soutien en Iran. Je réponds alors que c’est fort intéressant, car j’ai été témoin de ce soutien et j’ai vu les images, comme celles que nous avons découvertes aujourd’hui. Mais plus important encore, savez-vous qui pense qu’ils ont du soutien en Iran ? Les mollahs le pensent, et c’est précisément pour cette raison qu’ils mettent à prix la tête de ceux qui les soutiennent.
Je voudrais conclure en affirmant qu’en tant qu’Américaine, je ne pense pas que nous devions décider avec arrogance du choix que le peuple iranien doit faire. Je sais qui a ma préférence, mais cela ne dépend ni de moi, ni de quiconque, si ce n’est du peuple iranien. Ce sont eux qui choisiront leurs prochains dirigeants. Et pour ce faire, je crois qu’ils se tourneront vers quelqu’un qui est resté aux côtés du peuple, luttant pour lui chaque jour de sa vie adulte, en organisant un mouvement qui se bat pour les Iraniens depuis des décennies. Cela signifie que lorsque nous nous réunirons à nouveau l’année prochaine, Maryam, ce ne sera plus à Paris.




















