Bienvenue dans un nouvel épisode des podcasts de la commission des femmes du conseil national de la résistance iranienne.
Bonjour à toutes et à tous, je suis très heureuse d’être là pour cette nouvelle exploration.
Oui et aujourd’hui notre exploration en profondeur se penche sur une réalité qui qui défie vraiment l’entendement. Imaginez un instant un système juridique où un homme peut commettre un meurtre et on parle de meurtre parfois avec un fusil d’assaut militaire ou en plein jour dans un centre commercial bondé. Et où la préoccupation 1re de la loi, ce n’est pas de le punir, c’est de le protéger des conséquences de ses actes.
C’est ça. C’est en fait un renversement total du contrat social fondamental. Habituellement, la ligne de démarcation entre la civilisation et le chaos, c’est que l’État protège les vulnérables, n’est-ce pas?
Exactement.
Mais les documents et rapports que nous analysons aujourd’hui montrent exactement l’inverse en Iran.
Voilà. Et notre mission du jour, c’est d’analyser ce phénomène de féminicide en Iran, spécifiquement à travers les cas effroyables qui vont émerger juste à la mi octobre 2026. Parce que la violence domestique, c’est une crise mondiale, on le sait.
Absolument oui.
Mais les sources qu’on a sous les yeux révèlent une particularité glaçante. La loi ne fait pas qu’échouer à protéger les femmes, elle accorde activement l’impunité aux tueurs. Bon, décortiquons cela.
Je pense que c’est essentiel oui.
Avant même d’aborder les affaires spécifiques, comment on doit comprendre la mécanique de ce système? Je veux dire comment la loi peut-elle techniquement protéger un meurtrier?
Et bien pour comprendre cette mécanique, il faut vraiment regarder la manière dont le code pénal iranien sous le régime actuel traite le meurtre. Et plus particulièrement le meurtre d’une femme au sein de la famille.
D’accord.
Dans beaucoup de systèmes juridiques, le meurtre est un crime contre l’État, une menace pour l’ordre public. Mais là-bas, sous les lois de rétribution qu’on appelle le, bien le meurtre est ravalé au rang de simple litige privé entre 2 familles.
Attendez, donc l’État s’en lave les mains et laisse juste les familles régler ça entre elles.
C’est exactement le coeur du problème. La loi stipule que c’est à la famille de la victime de réclamer une punition ou bien de demander le paiement du prix du sang, la dia. Mais réfléchissez aux implications logiques de ce principe dans le cas des féminicides intrafamiliaux. Si un frère tue sa soeur, la famille de la victime C’est la famille du tueur. Voilà, c’est sa propre famille.
Donc la loi leur donne le droit exclusif de pardonner formellement aux meurtriers. Et c’est ce qui se passe presque systématiquement.
C’est insensé.
Et en plus de ça, le code pénal exempte littéralement et explicitement les pères et les grands-pères paternels de la peine capitale s’ils tuent leurs enfants. C’est écrit noir sur blanc.
C’est fascinant d’un point de vue analytique, mais c’est absolument terrifiant dans les faits. Donc le système est conçu comme une, enfin une boucle fermée d’impunité.
Tout à fait.
Mais avant d’aller plus loin dans cette théorie juridique, il y a un avertissement crucial soulevé par nos sources qu’il faut faire.
Oui, il faut insister lourdement là-dessus.
Les affaires que nous allons examiner aujourd’hui ne sont pas des anomalies. Ce ne sont pas des cas isolés. Les rapports précisent bien que ces meurtres ne représentent qu’une infime fraction des féminicides. Ce sont juste les cas qui ont par miracle réussi à franchir le mur du silence et de la censure médiatique sur quelques jours seulement en octobre 2026.
Quelques jours seulement oui.
C’est c’est le symptôme visible d’une hémorragie massive à travers tout le pays.
Exactement.
Et quand on lit les rapports de cette période, les simples données factuelles te, enfin vous glacent le sang. Prenons le cas de Yeganeh Hosseinzai.
Oui, de la province du Khorasan-Razavi.
C’est ça. C’était une adolescente de 16 ans. Le 9 octobre 2026, elle a été battue avec un câble, puis un bâton et finalement étranglée à mort par son mari.
C’est d’une violence inouïe.
Et le pire, c’est la chronologie de sa vie qui m’a stupéfiée. Les sources disent qu’elle avait été promise au fils de sa tante à l’âge de 10 ans.
À 10 ans oui.
Et mariée à 14 ans. Je veux dire, comment la loi justifie-t-elle la livraison d’une enfant de 10 ans?
Bien, ça s’explique par les lois sur la tutelle patriarcale. Vous savez, le système ne considère pas cet enfant comme une citoyenne autonome.
D’accord.
Elle est fondamentalement vue comme une propriété, une propriété appartenant à son tuteur légal, donc généralement le père. Le concept de consentement, il n’existe tout simplement pas dans ce cadre.
Parce qu’elle n’a pas la capacité juridique de s’y opposer?
C’est ça. La mariée à 14 ans, ce n’est pas perçue par ce système comme un crime contre l’enfance. C’est vu comme un transfert légal de propriété d’un homme à un autre homme.
C’est presque comme si, comme si l’État avait franchisé son oppression.
Franchisé, c’est le bon mot oui.
Le gouvernement fixe les règles d’assujettissement, mais il sous-traite la terreur quotidienne aux hommes à l’intérieur même de la maison et la violence de sa mort. Je veux dire l’utilisation d’un câble, d’un bâton, puis la strangulation.
Ça indique un agresseur qui prend son temps.
Voilà, qui agit avec la certitude absolue que personne ne va intervenir, qui n’aura aucun compte à rendre.
Vous touchez un point fondamental. L’arme du crime et la méthode en disent très long sur l’état d’esprit du tueur. Il n’y pas de panique. C’est vraiment l’exercice d’un pouvoir absolu sur ce qu’il considère être son bien.
Et cette certitude d’impunité crée des niveaux de violence qui franchement défient la raison. Ce qui nous amène d’ailleurs directement à la tragédie de la famille Youssef Zadeh.
Oui, et là le niveau de violence est très difficile à conceptualiser dans un cadre domestique.
Ah oui complètement. Fereshteh Youssef Zadeh avait 38 ans, toujours à la mi octobre dans la province d’Illam. Elle a été assassinée par son mari de 56 ans.
Il faut préciser l’identité de cet homme.
Oui, il était membre des gardiens de la révolution, les Pasdaran. Il n’a pas utilisé un couteau de cuisine ou un objet contondant au nom. Il a utilisé un fusil d’assaut kalachnikov.
Une arme de guerre.
Une arme de guerre, oui. Et il a abattu Fereshteh, mais il a aussi abattu sa belle-fille de 14 ans qui venait d’un précédent mariage et ses propres jumeaux de 9 ans.
Et ça, c’est vraiment le paroxysme de cette culture de l’impunité institutionnalisée dont on parle. Les gardiens de la révolution, c’est le bras armé de l’état iranien. Cet homme évoluait tous les jours dans une sphère où l’usage de la force létale pour maintenir l’ordre, c’est non seulement valorisé, mais c’est récompensé par le régime.
Mais attendez, comment un 1 simple désaccord domestique peut dégénérer en véritable zone de guerre comme ça? Les rapports disent que le conflit portait uniquement sur la présence de la belle fille de 14 ans dans la maison.
Oui, c’était ça le déclencheur.
Fereshteh avait même dû fuir son foyer à cause de ces tensions et c’est en revenant chercher ses affaires qu’elle a été abattue avec tous ses enfants.
Ça montre à quel point la vie d’une femme et de ses enfants n’a aucune valeur dans ce paradigme. Quand un homme est conditionné par l’État, qui lui répète que son autorité est absolue.
Et qu’il est armé par cet État.
Exactement, il est armé et soutenu. Donc la moindre contrariété n’est pas perçue comme un simple désaccord familial, c’est perçu comme une insubordination intolérable qu’il faut écraser à tout prix.
C’est terrifiant.
L’arme de guerre devient le prolongement naturel de son soi-disant droit de tutelle. En fait, il transpose les méthodes de répression de l’État directement dans son salon.
C’est c’est vraiment ce qui nous pousse à regarder au-delà de l’acte lui-même en fait. Parce que l’impunité, elle ne se manifeste pas seulement au moment du meurtre. Elle s’affiche d’une manière presque grotesque dans les jours qui suivent.
Oui, la suite des événements est souvent effarante.
Et c’est ici que la dynamique devient structurellement différente de ce qu’on voit ailleurs. Examinons le meurtre de Maryam Yar-Mohammadi. Elle avait 28 ans, assassinée le 5 octobre sur l’île de Qeshm.
Oui, ce dossier illustre parfaitement la notion d’alliance patriarcale. Maryam a été poignardée de multiples fois par son propre frère, chez elle en pleine nuit. Mais le rapport souligne que le frère a pu agir grâce à la collusion du mari de Maryam. Le mari a délibérément éloigné leurs enfants de la maison pour laisser le champ libre tueur.
C’est là que ressens le besoin de faire une pause parce que la suite me laisse totalement perplexe. Après le meurtre, c’est le frère assassin lui-même qui transporte le corps de Maryam à l’hôpital.
Oui, comme si de rien n’était.
Et ensuite, quand la police finit par arrêter le frère et le mari, la famille et les proches de Maryam organisent un rassemblement devant l’hôpital pour protester contre ces arrestations.
C’est ça.
Et pour couronner le tout, sur la vie de décès de Maryam, les noms du mari complice et du frère meurtrier sont imprimés en évidence tant que, je cite, famille endeuillée.
C’est difficile à concevoir.
Je sais.
Attendez, je veux bien comprendre qu’une famille veuille étouffer une affaire par honte vis-à-vis de la société, mais de là à exiger publiquement la libération des tueurs et imprimer leurs noms sur le faire-part, Comment la communauté ne les rejette-elle pas?
Ce que vous pointez du doigt est fascinant, sociologiquement parlant. C’est la manifestation clinique de la loi qui façonne la moralité publique.
C’est-à-dire?
La communauté ne les rejette pas, parce que dans l’esprit des gens, forgés par ces textes de loi depuis des décennies, ces hommes n’ont pas commis un crime. Ils ont administré une sanction légitime pour restaurer un supposé honneur.
D’accord.
Puisque le code pénal prévoit que la famille a le droit de pardonner, la loi envoie un message clair à la société. Le meurtre d’une femme insoumise n’est pas une tragédie. C’est juste une procédure administrative d’assainissement familial.
Donc ils n’ont même pas l’impression d’avoir mal agi.
Le frère et le mari ne ressentent aucune honte, au contraire. La loi leur confère un sentiment de droiture morale. Mettre leur nom sur la vie de décès, c’est l’affirmation de leur statut de gardien de l’ordre.
Donc ce qu’on observe, c’est que cette impunité structurelle crée 2 phénomènes sur le terrain, une préméditation extrême d’un côté et une audace publique totalement déconcertante de l’autre.
C’est une excellente synthèse.
Quand la peur de la punition disparaît, la rationalité même du crime change.
Et les sources nous donnent des exemples très concrets de ça. Si on parle de préméditation, prenons le meurtre de Mina Soltani, une mère de 40 ans à Eslamshahr, le 8 octobre. Les rapports décrivent un mari qui planifie méthodiquement son acte. Il éloigne son fils aîné sous un faux prétexte, puis il enferme physiquement son plus jeune fils de 10 ans dans une chambre.
Pour ne pas être dérangé.
C’est ça. Ce n’est qu’après s’être rassuré de ce périmètre de sécurité qu’il poignarde sa femme. Il ne tue pas dans un excès de rage aveugle, il aménage son espace pour tuer sereinement.
Parce que la préméditation implique de calculer les risques. Et son calcul, c’est que le seul risque, c’est d’être empêché par ses propres enfants, pas du tout de subir les foudres de la justice après coup. C’est glaçant de rationalité en effet.
C’est le mot. Et pour ce qui est de l’audace publique, le cas du 9 octobre à Téhéran est frappant.
Ah oui, au centre commercial Saadi.
Oui, un endroit bondé en plein coeur de la capitale, au beau milieu de la journée. Une jeune femme de 27 ans est exécutée par balle par son ex-fiancée.
Devant tout le monde.
Devant tout le monde.
Tirer sur quelqu’un dans un grand magasin, ça nécessite la conviction absolue que les conséquences judiciaires seront négligeables comparées à sa volonté de contrôle non?
Complètement. Cet événement en public souligne à quel point ces assassins se sentent invincibles. Le bouclier de la loi n’a pas disparu, il a été remodelé en gilet pare-balles juridiques pour le meurtrier.
Un gilet pare-balles juridiques, c’est exactement ça.
L’ex-fiancé sait qu’il aura des justifications légales et culturelles, même au vu et au su de tous.
Ce qui soulève une question inévitable, peut-être la plus grande de toutes.
Je vous écoute.
Si ces meurtres s’enchaînent avec une telle régularité, avec des méthodes qui vont du câble au fusil d’assaut et que le système légal fournit toujours une échappatoire, l’État en est forcément conscient.
Évidemment.
Alors pourquoi l’appareil d’État maintient-il ça? Pourquoi un gouvernement rédigerait des lois qui encouragent le meurtre de la moitié de sa population? Si on relie ces lois à la nature globale du régime iranien, la réponse est évidente et très sombre. La discrimination des femmes, ce n’est pas un dommage collatéral ou une vieille tradition tenace. C’est intentionnel.
C’est un outil délibéré de contrôle social. L’autorité du régime repose sur une hiérarchie stricte. En accordant aux hommes une domination absolue et le droit de vie ou de mort sur les femmes, l’État s’achète la loyauté de ces hommes.
Et maintient les femmes dans la terreur.
Exactement.
Les lois misogynes sont le ciment de l’architecture autoritaire de ce pouvoir. Si les femmes acquièrent l’autonomie et la sécurité, c’est tout l’édifice de contrôle du régime qui s’effondre.
C’est très éclairant. L’impunité n’est pas un dysfonctionnement, c’est la fonction 1re du système.
Absolument.
Ce qui m’amène à me demander bon, qu’est-ce que tout cela signifie au final? Au-delà du constat accablant des décès de Yeganeh, de Fereshteh ou de Mina, face à une telle machine étatique, la simple observation, ça ne suffit pas.
Non, l’observation est indispensable pour dissiper l’ombre autour de ces crimes, pour détruire la propagande du régime qui parle de simples drames familiaux, mais ce n’est que la 1re étape. Pour briser le cycle, il faut une forte mobilisation.
Et la ligne de front de cette lutte ne s’arrête pas aux frontières de l’Iran? Le silence international, c’est un peu le 2e pilier qui soutient cette impunité. On ne peut pas rester de simples spectateurs.
Surtout face au courage extraordinaire des femmes en Iran. Elles affrontent tous les jours un système où l’ennemi peut être sous leur propre toit, protégé par la loi.
Elles ne peuvent pas démanteler ça seules sans l’attention du monde. C’est la raison pour laquelle la solidarité internationale a un rôle concret à jouer.
Pour les personnes à l’écoute désireuses d’apporter un appui matériel et politique direct à la lutte vitale des femmes iraniennes, Il est possible de faire un don à la commission des femmes du conseil national de la résistance iranienne, le CNRI femme.
Et pour approfondir tout ce qu’on a décortiqué aujourd’hui et trouver comment s’engager, le portail central est à disposition. Il suffit de se rendre sur le site wncri.org/fr.
C’est ça wncri.org/fr.
Merci de l’avoir rappelé.
Avant de clore cette exploration, il faut se poser une dernière question, une réflexion à garder en tête. On a beaucoup parlé du code pénal, de la tutelle, du prix du sang, mais si un texte de loi est rédigé dans le but exclusif de disculper un homme pendant qu’il abat sa fille au nom de l’honneur.
Oui.
Plutôt encore décemment utilisé l’expression système de justice. Ou doit-on admettre que ce code pénal n’est au fond rien d’autre que le prolongement direct de l’arme du crime.
C’est une interrogation redoutable et elle force à regarder la nature de cet état en face sans aucune illusion.
Merci d’avoir conduit cette analyse aujourd’hui, c’était vraiment essentiel.
Merci à vous pour vos éclairages juridiques indispensables. À toutes les personnes qui nous ont écoutés, merci de votre attention sur ce sujet crucial. On se retrouve très bientôt pour une nouvelle exploration en profondeur. D’ici là, restez informés et engagés. Au revoir.
Au revoir et à la prochaine fois.



















