Une urgence cachée en matière de droits humains en Iran
Pris entre la guerre et la répression, le peuple iranien aspire à la paix et à la liberté
Bienvenue dans un nouvel épisode du podcast de la Commission des femmes du Conseil national de la Résistance iranienne. Merci. C’est vraiment un sujet crucial qu’on aborde aujourd’hui. Absolument.
Pour commencer, j’aimerais qu’on imagine un instant, juste pour se mettre dans le contexte. Imaginez des passagers enfermés à fond de cale sur un navire en train de sombrer. L’eau monte, la panique s’installe. Oui, l’angoisse totale. Voilà. Et au lieu de distribuer des gilets de sauvetage ou d’ouvrir les écoutilles, l’équipage prend une décision terrifiante : ils sortent les chalumeaux et décident de souder les issues de secours avant de fuir eux-mêmes.
C’est impensable. Et pourtant, c’est exactement la réalité de ce qui se passe en ce moment même dans les prisons iraniennes. L’objectif de cette analyse est de décortiquer un système qui transforme délibérément l’incarcération en piège mortel.
Et c’est une autopsie de la situation absolument indispensable. Pour bien comprendre, il faut d’abord regarder la situation globale. La population civile fait face à une double tenaille. D’un côté, il y a la menace qui vient du ciel : les dommages, la destruction liée à la guerre et aux frappes militaires. De l’autre, profitant de ce chaos, une répression intérieure tourne à plein régime, avec des arrestations massives.
Exactement, des arrestations de masse pour étouffer toute forme de dissidence. C’est une population prise au piège entre les bombes et les geôliers. Et le lieu où cette double menace atteint son paroxysme, c’est la prison. L’impossibilité de fuir y est totale.
Cela nous amène directement à ce qui s’est passé début mars, le 3 mars 2026 plus précisément. Oui, les frappes aériennes. Des frappes qui touchent les zones autour de l’université Imam Hussein à Téhéran. L’impact est tellement fort qu’une partie du mur d’enceinte de la prison d’Evin est endommagée.
Et là, c’est un révélateur. Un révélateur juridique, parce qu’il existe un cadre légal très clair pour ce genre de situation en Iran. Depuis la guerre Iran-Irak, le Conseil judiciaire suprême a adopté la résolution 211, le 12 janvier 1987.
Le principe de base est simple : être emprisonné dans une zone de guerre, c’est être une cible sans défense. La loi oblige donc les autorités à prendre des mesures immédiates pour protéger la vie des prisonniers.
Alors, protéger la vie, ça veut dire quoi concrètement ? Est-ce qu’on parle de les mettre dans des bon coeurs ou est-ce que la loi mandate vraiment leur libération ? La réponse est claire : elle mandate explicitement la libération.
La résolution autorise et oblige même la libération conditionnelle ou, au minimum, le transfert immédiat des prisonniers non dangereux vers des zones sûres. Les prisonniers politiques, par exemple, n’ont aucune raison légale d’être maintenus sous les bombes. Les garder sur place, ce n’est pas une simple négligence administrative, c’est une condamnation à mort extrajudiciaire.
Et les témoignages du 3 mars font froid dans le dos. Face aux bombardements, la prison d’Evin n’a pas été évacuée. Les gardiens ont commencé à fuir pour sauver leur propre vie. Et avant de partir, ils ont littéralement soudé certaines portes de la prison pour empêcher toute évasion.
Parlons maintenant de l’intérieur de cette prison, notamment du quartier des femmes à Evin. On parle d’environ 200 femmes incarcérées, des prisonnières politiques, des manifestantes. Que se passe-t-il quand l’infrastructure s’effondre autour d’elles ?
C’est l’effondrement total de la survie basique. L’électricité devient chaotique, avec des générateurs diesel défaillants. L’eau chaude disparaît complètement. Imaginez 200 femmes entassées sans eau chaude, sans électricité stable, dans une angoisse permanente sous les bombes. Les conditions sanitaires se dégradent rapidement.
Sur le plan médical, le cynisme est total. Face aux maladies hivernales, l’infirmerie distribue une unique cuillère de sirop de diphénidramine. Une seule cuillère pour une crise sanitaire, c’est une négation totale du droit à la santé. L’accès aux médecins ou aux antibiotiques est quasiment inexistant.
Pour des pathologies graves, c’est encore pire. Prenons le cas de Shiva Esmaïli. Elle souffre d’une sténose du canal rachidien, avec des complications sévères aux vertèbres. La douleur est quotidienne et atroce. Elle a un besoin vital d’une IRM et d’un transfert à l’hôpital, mais tout est bloqué par les autorités.
Ce n’est pas un oubli administratif, c’est l’utilisation de la douleur comme méthode de punition.
Le cas d’Elahe Fouladi est tout aussi révélateur. Elle avait besoin d’une chirurgie urgente pour une tumeur à l’hôpital de Tajrish. Le rendez-vous était prévu, tout était prêt, mais son transfert a été annulé à la dernière minute. Refuser une opération, c’est utiliser la maladie comme une arme.
À cela s’ajoute un cynisme économique. Le magasin d’Amir est souvent fermé, mais les dépenses essentielles , hygiène, nourriture , sont facturées directement aux prisonnières. C’est une double peine : enfermées sous les bombes, privées de soins, et forcées de payer pour survivre.
Ce levier financier vise à épuiser les familles. Dans un contexte d’inflation et d’économie de guerre, cela oblige les proches à choisir entre se nourrir ou aider leur fille ou leur sœur.
Cette répression ne se limite pas à Evin. Avec les arrestations récentes, les prisons débordent, notamment à Qarchak, à Varamin.
Qarchak est un lieu particulièrement hostile. Ce n’est pas une prison à l’origine, mais une ancienne installation avicole, un élevage de poulets industriels. L’architecture est totalement inadaptée : pas d’isolation, pas de ventilation correcte, et des égouts conçus pour des déchets animaux, qui refluent constamment.
Environ 80 femmes arrêtées lors des soulèvements de janvier y ont été transférées, après leur arrestation au cimetière de Behesht-e Zahra.
Elles sont entassées dans la zone de quarantaine, dans seulement 5 petites pièces. La densité est extrême. Le floor sleeping , le fait de dormir à même le sol , devient la norme. Dormir sur du béton, sans eau potable, dans un environnement insalubre, fait s’effondrer l’hygiène en quelques jours.
Les visites sont annulées, les familles n’ont aucune information. Ces femmes deviennent invisibles.
À cela s’ajoute une torture psychologique. Les autorités leur disent que leur dossier judiciaire est perdu et que les virements de leur situation sont repoussés à des dates absurdes, comme mai 2026.
Ce n’est pas une erreur, c’est une stratégie. En supprimant toute notion de temps, on détruit l’espoir. Sans échéance, sans horizon, l’individu est brisé de l’intérieur.
C’est un choix politique systémique : refuser d’appliquer la résolution 211, tirer dans les cours des prisons, faire disparaître les dossiers. C’est le contrôle par la terreur.
Et pourtant, malgré tout cela, le désir de liberté du peuple iranien reste intact. Ce changement ne viendra pas de l’extérieur, mais de l’intérieur, par un soulèvement organisé et la résistance du peuple iranien.
Ces femmes à Evin et à Qarchak, qui résistent malgré tout, sont à l’avant-garde de cette lutte.
Alors, que révèle un système qui, face à une menace extérieure, choisit de souder les issues de secours de ses propres citoyens ? Cela révèle une fragilité profonde, un pouvoir qui ne survit que par la violence et qui a perdu toute légitimité.
Le courage de ces femmes ne doit pas rester invisible. Il appelle à une prise de conscience et à l’action.
Nous invitons tous ceux qui nous écoutent à soutenir la résistance du peuple iranien et ces femmes courageuses. Vous pouvez faire un don à la Commission des femmes du CNRI.
Pour en savoir plus et apporter votre soutien, rendez-vous sur : https://wncri.org/fr/
Ne détournez pas le regard. Merci de nous avoir suivis. À très bientôt.




















