La résistance dirigée par les femmes que le régime iranien craint le plus
« La résistance dirigée par les femmes que le régime iranien craint le plus » est le titre d’une tribune de Mme Linda Chavez, présidente du Center for Equal Opportunity et ancienne directrice du Bureau des relations publiques de la Maison-Blanche sous le président Reagan, où elle fut la femme la plus haut placée de l’administration. Le Washington Examiner a publié cet article le 26 février 2026. En voici le contenu :
La résistance dirigée par les femmes que le régime iranien craint le plus
Sur la scène politique, les femmes peuvent constituer une force de transformation extrêmement puissante. J’en ai fait l’expérience directe au cours de près de cinquante ans de carrière dans le milieu exigeant de la politique. Dans cette longue odyssée, les femmes qui m’ont changée, qui ont transformé ma conception du leadership, du sacrifice et du sens de la lutte pour la liberté, sont pour la plupart des héroïnes méconnues dont le monde n’a jamais entendu parler. Ce silence n’est pas un accident. C’est une stratégie.
L’Iran, pays au cœur de nombreux débats sur son avenir, en est l’illustration parfaite. Je me dois de témoigner de ce que j’ai vu.
Pendant des années, je me suis tenue aux côtés de la Résistance iranienne, non pas à une distance confortable, mais assez près pour observer les décisions prises lorsque les caméras étaient éteintes et que les enjeux étaient une question de vie ou de mort. J’étais présente durant les années du camp Liberty, quand des milliers d’hommes et de femmes de la résistance iranienne, non armés, étaient piégés dans un camp près de l’aéroport de Bagdad. Ils étaient privés de leurs barrières de protection, de fournitures médicales et de livraisons de nourriture, tandis que les roquettes des milices affiliées au régime iranien pleuvaient sur eux. Cinq attaques de missiles. Cent soixante-dix-sept morts. Le monde a détourné le regard.
Mais une femme n’a pas détourné le regard.
Maryam Radjavi a pris des décisions, en ces jours-là, qu’aucun être humain ne devrait avoir à prendre, naviguant entre des gouvernements ayant abandonné leurs promesses et un régime à Téhéran qui voulait la mort de chaque personne présente dans ce camp. Je l’ai vue mener des négociations impossibles, encaisser des nouvelles dévastatrices et ne jamais perdre de vue les personnes dont la vie dépendait de son jugement.
Ce qui m’a frappée n’était pas sa force. Je m’attendais à de la force. Ce qui m’a frappée, c’est son humilité. Dans chaque crise, elle a fait en sorte que les autres se sentent aux commandes. Elle a poussé des femmes qui n’avaient jamais exercé d’autorité à prendre le commandement. Elle a insisté sur le fait qu’elles pouvaient accomplir ce que des siècles d’histoire leur avaient dit être impossible. Elle a formé une génération entière de femmes et les a placées aux responsabilités.
Aujourd’hui, la moitié des membres du Conseil national de la Résistance iranienne, cette coalition de mouvements de l’opposition iranienne qui rejette à la fois la monarchie et la théocratie, sont des femmes. Cela ne s’est pas fait par décret. Cela a été possible parce qu’une femme a passé des décennies en exil, sous la menace, à travers la guerre, le siège et le deuil, brisant les murs invisibles qui empêchaient les autres femmes de croire en leur capacité de diriger.
C’est pour cette raison que le régime iranien la craint immensément.
Et il a raison. Car voici la vérité que les mollahs comprennent mieux que la plupart des analystes occidentaux : on ne peut pas anéantir une idéologie par des bombardements. Le fascisme religieux, celui qui pend des femmes à des grues, exécute des enfants et dévoie l’une des plus grandes confessions au monde pour justifier une sauvagerie médiévale, ne peut être vaincu par les seuls F-35 ou les sanctions. Il ne peut être terrassé que par une force qui parle son propre langage spirituel et prouve, par le sacrifice et l’exemple, que la foi et la liberté, l’islam et la démocratie, la dévotion et la dignité, ne sont pas contradictoires.
C’est le mouvement que Maryam Radjavi a bâti.
C’est pourquoi le régime a passé 40 ans et dépensé des milliards de dollars pour tenter de détruire, de diaboliser et d’effacer ce mouvement de la conscience mondiale. Le régime a tenté des assassinats, des attentats à la bombe et a propagé des calomnies contre le mouvement et ses partisans, souvent relayées par des médias crédules. Mais le mouvement a non seulement survécu, il a aussi réussi à rassembler le soutien de parlementaires en Europe et de membres du Congrès des deux partis politiques aux États-Unis. Il y est parvenu grâce aux principes qu’il expose avec constance, notamment la liberté d’expression, la séparation de la religion et de l’État, une justice indépendante, une économie de marché et l’égalité des droits quels que soient le sexe, la religion ou l’ethnie, ainsi qu’un engagement pour un Iran non nucléaire.
Toutefois, le droit de gouverner un Iran libre doit se mériter et ne pas être octroyé par des forces extérieures, aussi bien intentionnées soient-elles. Dans le cas de Reza Pahlavi, fils du dernier monarque d’Iran qui a mené une vie luxueuse aux États-Unis pendant la majeure partie des 47 dernières années, la lignée ne saurait constituer un droit au leadership futur. Le père de Pahlavi a régné d’une main de fer, s’appuyant sur une police secrète brutale, la SAVAK, que le fils rechigne à désavouer. L’expérience américaine en Irak avec Ahmed Chalabi aurait dû nous apprendre que nous ne sommes pas très doués pour miser sur le bon cheval.
Pendant ce temps, la véritable résistance aux mollahs se déroule en Iran. Des unités de résistance opèrent dans les 31 provinces et paient le prix du sang. Des milliers de manifestants ont été tués lors du soulèvement national de janvier, tandis que les familles des défunts sont menacées et réduites au silence.
Je suis convaincue que le mouvement de femmes le plus important au monde aujourd’hui ne se trouve ni à Washington, ni à Bruxelles, ni à Paris. Il se trouve à l’intérieur de l’Iran, dirigé par des femmes iraniennes déterminées à renverser un régime impitoyable dont la misogynie est l’une des marques de fabrique.
Ces femmes dirigent maintenant : dans les rues, dans les cellules, dans les unités de résistance et dans les prisons où elles font face à l’exécution et refusent de renier leurs convictions.
La question qui se pose à nous, pour l’Europe, pour l’Amérique, pour chaque femme et chaque homme qui prétend croire en l’égalité, est simple. Quand ces femmes l’emporteront, et elles l’emporteront, pourrons-nous dire que nous étions à leurs côtés ? Ou devrons-nous expliquer pourquoi nous avons détourné le regard pendant qu’elles versaient leur sang ?
Je sais de quel côté de l’histoire j’ai l’intention de me tenir.




















