À une époque où le régime clérical fait face à de profondes crises économiques et sociales ainsi qu’à un mécontentement populaire généralisé, il continue de considérer le hijab obligatoire comme l’un des outils de subjugation des femmes, de répression et de contrôle de la société.
Au cours des dernières semaines, des signes clairs d’efforts visant à intensifier cette pression sont apparus, des écoles et universités jusqu’aux rues et commerces. Dans le même temps, les déclarations de certains responsables et médias d’État indiquent que la dictature religieuse s’inquiète également des conséquences sociales et politiques de cette politique.
Ainsi, le régime clérical se retrouve pris dans un dilemme : d’un côté, il ne peut renoncer à sa politique d’imposition du voile, tandis que de l’autre, il craint que l’élargissement des confrontations directes avec les femmes ne devienne l’étincelle de manifestations plus vastes.
Des écoles aux universités : extension du champ d’application du hijab obligatoire
Un signe de l’intensification de cette politique réside dans l’extension des contrôles sur les filles et les femmes dans les milieux éducatifs.
Saeed Karimi, représentant adjoint du Guide suprême dans les universités, a déclaré le 8 septembre qu’une directive sur le hijab pour les universités avait été rédigée et devait être promulguée par le ministère de la Science et le ministère de la Santé. S’exprimant auprès de l’agence de presse Mehr, Karimi a affirmé que les lois existantes sur le hijab sont « très bonnes » et doivent de nouveau faire l’objet d’une attention particulière. Il a également souligné qu’il serait préférable d’utiliser le terme « directive » plutôt que « charte du hijab », ajoutant qu’il n’y aura pas « les incidents amers » observés dans les rues au sein des universités.
Ces pressions avaient auparavant commencé dans les établissements scolaires. Le 20 avril, les médias d’État ont rapporté la signature d’un protocole d’accord entre Ahmad-Reza Radan, commandant en chef du Commandement du maintien de l’ordre, et Alireza Kazemi, ministre de l’Éducation. Le protocole accorde aux forces du maintien de l’ordre certains pouvoirs dans le domaine de l’éducation. Lors de la cérémonie de signature, Kazemi a fait l’éloge de Radan, s’est qualifié de son « soldat » et a qualifié le non-respect du « hijab et de la chasteté » comme l’un des « préjudices culturels ».
Ces déclarations indiquent que le système du velayat-e faqih cherche à renforcer les mécanismes de contrôle dans les universités avant que la résistance des femmes ne puisse se propager dans ces environnements.
Des menaces dans la rue au Parlement : une nouvelle vague pour intensifier la répression
Parallèlement à l’intensification de la pression dans les institutions éducatives, les forces et institutions gouvernementales ont également appelé à des actions plus fermes contre les femmes.
Le 28 août, un certain nombre de forces gouvernementales à Birjand se sont rassemblées devant le bâtiment du gouvernorat du Khorasan du Sud, protestant contre la situation du hijab et réclamant une pression accrue pour imposer le hijab obligatoire. Un jour plus tard, à Qom, un groupe de forces affiliées au gouvernement s’est également rassemblé pour protester contre la tenue des femmes, a formé une chaîne humaine et a réclamé une application plus rigoureuse de la politique dite du « hijab et de la chasteté ».
Le 6 septembre, Hossein Akbari, commandant du Corps des Gardiens de la révolution islamique dans le Khorasan du Nord, a annoncé la relance et la restructuration des « groupes d’avertissement verbal » dans la province. Il a précisé que ces groupes opéreraient avec des bénévoles et selon une approche nouvelle et organisée (Agence de presse Tasnim, 6 septembre 2026).
Le même jour, Mostafa Moeini Arani, membre du Parlement, a appelé à agir contre « le dévoilement et le hijab inapproprié » et a demandé à Mohammad-Bagher Ghalibaf, président du Parlement, de promulguer la loi dite du « hijab et de la chasteté ».
Mohammad-Taqi Naghdali, membre du Parlement, a également accusé le gouvernement le 8 septembre de « reculer » sur la question du hijab, affirmant que le hijab est l’un des « fondements de la révolution » et que le Parlement continuerait à suivre cette affaire.
L’aveu des médias d’État sur la propagation de la résistance des femmes
L’ampleur de l’inquiétude au sein de l’appareil dirigeant se traduit aussi dans le langage employé par les médias proches des centres du pouvoir.
Le 7 septembre, le journal d’État Kayhan, dans un article intitulé « Du dévoilement au franchissement des limites de l’impudeur », a exprimé son inquiétude face à ce qu’il a appelé la « liberté et la passivité des responsables » face à la situation entourant le hijab. Le journal a écrit que cette tendance se propage dans toute la société et a même évoqué sa progression depuis 2022. Kayhan a également appelé à « stopper la tendance » qu’il décrit comme la propagation du dévoilement et de l’impudeur.
Ce langage même utilisé par les autorités révèle une réalité importante : les efforts déployés depuis des années par le régime pour imposer le hijab n’ont pas réussi à contraindre les femmes iraniennes à accepter cette politique. C’est pourquoi les appels à une répression accrue continuent de se répéter depuis l’intérieur de la structure du pouvoir.

La loi a été suspendue, mais la pression ne s’est pas arrêtée
Bien que l’application de la nouvelle loi sur la « Chasteté et le Hijab » ait été préalablement suspendue, le régime des mollahs utilise d’autres outils pour imposer le hijab, de la surveillance électronique aux amendes, en passant par la pression sur les commerces et leur fermeture.
Ainsi, la suspension de la promulgation de la nouvelle loi ne signifie pas l’abandon de la politique du hijab obligatoire. La dictature religieuse cherche plutôt à maintenir la pression en utilisant les lois et mécanismes existants tout en réduisant le coût des confrontations directes dans la rue.
La peur d’une explosion sociale : pourquoi le régime est-il devenu prudent ?
À côté de l’insistance de certaines fractions de l’appareil dirigeant à intensifier la répression, il existe également des signes de prudence.
Gholam-Ali Haddad-Adel, dans un entretien publié par le groupe médiatique Shargh, a déclaré au sujet du hijab : « Compte tenu des conditions de guerre actuelles, nous ne pouvons pas entrer sur ce front comme nous le devrions pour le moment », tout en ajoutant que « ses effets seront évidents dans les écoles », qualifiant les conditions actuelles d’encore plus difficiles qu’en 1360.
Ces remarques peuvent être vues comme le signe d’un changement dans la manière d’imposer la pression, plutôt que comme un abandon de la politique du hijab obligatoire elle-même. Le régime clérical ne veut pas céder ce terrain de bataille, mais il s’inquiète en même temps des coûts politiques et sociaux de confrontations directes et généralisées avec les femmes. Pour cette raison, la pression dans des cadres tels que les écoles et les universités, l’imposition d’amendes, la fermeture de commerces, la surveillance et la formation de groupes d’avertissement verbal pourraient remplacer les affrontements de rue à grande échelle.
« Femme, Résistance, Liberté » : la réponse des femmes iraniennes
Ce qui se passe aujourd’hui en Iran ne relève pas d’une simple querelle sur les réglementations vestimentaires. Le hijab obligatoire constitue, pour le fascisme religieux au pouvoir, un élément du mécanisme d’exercice du contrôle sur les femmes et de domination de la société ; c’est pourquoi le régime, malgré ses crises et ses limites, refuse d’abandonner cette politique.
Mais en face, les femmes iraniennes ont également montré qu’elles ne se sont pas soumises à cette imposition. Plus le régime étend ses outils de contrôle, plus les femmes insistent sur leur droit au choix et aux libertés.
Les revendications des femmes iraniennes ne se limitent pas à la liberté de tenue vestimentaire. Elles réclament la garantie de toutes les libertés individuelles et sociales pour les femmes et pour l’ensemble du peuple iranien, ce qui ne peut être obtenu que par le renversement du régime des mollahs et l’établissement d’une république démocratique. Le slogan « Femme, Résistance, Liberté » incarne ces revendications des femmes iraniennes.
Pour cette raison, les efforts visant à intensifier l’imposition du hijab obligatoire pourraient redevenir l’étincelle d’un soulèvement national, ce que le régime clérical redoute profondément.




















