Alors que la répression des manifestations populaires s’intensifie, les informations reçues concernant les personnes arrêtées lors du soulèvement national en Iran font état de pressions systématiques et de violations généralisées et organisées des droits fondamentaux des détenus.
Ces violations incluent la détention massive de manifestants sans respect des normes humaines minimales, l’enfermement dans des quartiers isolés sans accès à la famille ni à un avocat, l’absence d’enregistrement des noms des détenus dans les systèmes officiels, ainsi que le refus de soins médicaux aux blessés.
Dans de nombreux cas, le nombre de détenus dépasse largement la capacité des centres de détention. La surpopulation extrême a contraint de nombreux prisonniers à dormir à même le sol, sans couvertures ni équipements de chauffage. La capacité carcérale est totalement saturée, et les autorités pénitentiaires ont eu recours à des transferts massifs, précipités et illégaux afin de faire de la place pour les nouvelles arrestations.
Non-enregistrement des noms des détenus : faciliter les abus extrajudiciaires
L’un des aspects les plus alarmants de ces informations est le non-enregistrement des noms d’un grand nombre de manifestants arrêtés dans les bases de données officielles des prisons.
Selon des sources bien informées, les informations personnelles de ces détenus sont délibérément dissimulées au système judiciaire afin d’empêcher tout suivi légal, de bloquer les contacts avec les familles et même de masquer leur lieu de détention. En conséquence, aucune autorité officielle n’assume formellement la responsabilité juridique de leur détention.
Cette pratique offre aux forces de sécurité une large marge de manœuvre pour mener des actions extrajudiciaires, imposer des aveux forcés et soumettre les détenus à des disparitions forcées.
Quartier des femmes de la prison d’Evin : surpopulation, incertitude et pression constante
Les premières informations au début du soulèvement indiquaient que les femmes arrêtées avaient été transférées dans le quartier des femmes de la prison d’Evin, un quartier déjà largement dénoncé pour ses conditions extrêmement inhumaines infligées aux prisonniers politiques.
Selon des sources internes à la prison, plus de 80 femmes manifestantes ont désormais été transférées dans ce quartier. Les détenues sont convoquées presque quotidiennement pour des interrogatoires, mais certaines ne reviennent pas, et aucune information n’est disponible sur leur lieu de détention ni sur leur état physique et psychologique. Leurs familles demeurent dans une incertitude totale et ne reçoivent aucune réponse claire de la part des autorités pénitentiaires.
La surpopulation sévère a contraint les prisonnières à dormir à tour de rôle sur le sol et les a privées des installations les plus élémentaires. Certaines détenues sont restées plusieurs jours sans accès à des vêtements propres ou à des effets personnels essentiels, et les demandes répétées pour des fournitures de base sont restées sans réponse.
Surpopulation du quartier des femmes de la prison d’Adelabad à Chiraz
Environ 150 femmes et jeunes filles arrêtées lors des manifestations ont été transférées dans le quartier politique des femmes de la prison d’Adelabad à Chiraz. Les informations indiquent que la majorité de ces détenues sont des lycéennes.
Ce quartier ne dispose d’espace et d’équipements que pour environ 30 personnes. En raison de cette surpopulation extrême, certaines prisonnières politiques ont été transférées vers d’autres quartiers hébergeant des détenus accusés de meurtre, de vol et d’infractions liées à la drogue.
Unité de quarantaine n°2 de la prison de Qezel Hessar : dormir à même le sol dans le froid hivernal
De nombreuses informations indiquent que des centaines de manifestants arrêtés ont été transférés à la prison de Qezel Hessar. Ils sont détenus dans l’« Unité de quarantaine n°2 », une section isolée, totalement séparée des autres quartiers et délibérément conçue pour empêcher tout contact, toute observation ou tout rapport indépendant sur les conditions de détention.
Les détenus y sont maintenus sans enregistrement officiel de leurs noms et sans accès aux droits juridiques les plus élémentaires. Selon les rapports, environ 500 manifestants ont été transférés dans cette unité, alors que sa capacité n’est que de 180 lits. En conséquence, de nombreux prisonniers sont contraints de dormir à même le sol, dans le froid de l’hiver, sans couvertures, sans matelas et sans nécessités de base.
Le manque d’espace adéquat, l’absence d’eau chaude, la pénurie d’équipements de chauffage et l’absence de services de santé et d’hygiène constituent une menace grave pour la santé et la vie des détenus. Certaines personnes ont subi de graves blessures lors de leur arrestation ou de leur transfert en prison, mais aucun traitement médical efficace ne leur a été fourni.
Depuis le début de la semaine dernière, des forces anti-émeutes spéciales sont stationnées à l’intérieur de cette zone de quarantaine et restent en alerte permanente, créant un climat de peur intense et d’intimidation parmi les détenus.
Prison centrale de Karaj : détention compressée et privation des droits fondamentaux
Selon les rapports, entre 800 et 1 200 détenus issus du soulèvement national ont été entassés dans le Hall 2 de la prison centrale de Karaj, ainsi que dans un entrepôt sportif. Même la cour de promenade extérieure de la prison a été transformée en espace de détention, privant ainsi les détenus d’air frais, d’accès à l’extérieur et de tout mouvement physique minimal.
Refus de soins médicaux : une menace directe pour la vie des prisonniers
Un nombre important de détenus ont été transférés en prison avec des blessures causées par des coups, des tirs de plombs et des matraques. Toutefois, leur transfert vers des centres médicaux spécialisés a été empêché. Dans certains cas, seuls des soins de premiers secours rudimentaires et insuffisants ont été prodigués, laissant les prisonniers blessés livrés à eux-mêmes, une situation pouvant entraîner des infections, des handicaps permanents, voire la mort.
Les informations font également état du décès de deux adolescents blessés à l’infirmerie de la prison de Chiraz, en raison de saignements sévères et du manque d’équipements médicaux. Selon ces témoignages, le personnel médical avait reçu l’ordre de s’abstenir de fournir des soins efficaces aux blessés.
La triade de la répression : arrestations massives, torture et coupures d’Internet
L’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI/MEK) a annoncé le 15 janvier 2026 que plus de 50 000 personnes avaient été arrêtées lors du soulèvement national en Iran entre le 28 décembre et le 14 janvier. Parmi les détenus figurent des personnes âgées de moins de 18 ans, considérées comme des enfants au regard du droit international.
Parallèlement à ces arrestations massives, l’intensification de la torture, les pressions visant à extorquer des aveux forcés et la privation des droits fondamentaux ont accru les inquiétudes concernant l’émission de lourdes condamnations, y compris la peine de mort.
Dans un contexte de coupures généralisées d’Internet et de black-out des communications, les témoignages limités de familles et de témoins indiquent que des schémas similaires se reproduisent dans les prisons à travers tout le pays : refus de contact et de visites, absence de soins médicaux, surpopulation extrême et entraves à l’accès à des avocats indépendants. Les familles ont été informées qu’elles ne pouvaient recourir qu’à des avocats approuvés par le pouvoir judiciaire.
Pris dans leur ensemble, ces éléments dressent un tableau profondément alarmant de violations systématiques et organisées des droits humains dans les prisons iraniennes lors de la répression des manifestations nationales, une situation qui exige une réponse urgente de la part des instances internationales et des organisations de défense des droits humains.




















