Introduction : un mois après le début du soulèvement, sous un blackout total
La lutte pour la liberté en Iran : massacres de masse, résistance populaire et rôle des femmes
Bienvenue dans un nouvel épisode des podcasts du Comité des femmes du CNRI. Alors que nous entamons cette analyse approfondie, le soulèvement en Iran approche de son premier mois. Pour toute personne qui observe la situation, un sentiment domine : quelque chose d’historique est en train de se produire, mais l’image reste fragmentée.
Cette fragmentation n’est pas accidentelle. Depuis le 8 janvier, le régime a imposé une coupure quasi totale d’Internet, rendant extrêmement difficile toute communication et toute vérification des informations en provenance du pays. Notre objectif aujourd’hui est de dépasser ce blackout et de reconstituer ce que le régime cherche désespérément à dissimuler.
Deux forces face à face : la brutalité du régime et le courage d’un peuple
À partir de témoignages directs, de dossiers médicaux et d’éléments sortis clandestinement du pays, un tableau saisissant se dessine. D’un côté, la brutalité méthodique du régime — des actes qui dépassent largement le cadre du maintien de l’ordre et relèvent de crimes contre l’humanité. De l’autre, un peuple prêt à payer n’importe quel prix pour sa liberté.
Une méthode de mise à mort : la stratégie « tête et cœur »
Les dossiers médicaux et les vidéos vérifiées révèlent un schéma glaçant. Les victimes ne sont pas blessées pour disperser les manifestations : elles sont abattues pour être tuées. Des tirs mortels visant la tête, le cœur et les poumons apparaissent de manière répétée.
Une vidéo vérifiée montre au moins dix femmes et jeunes filles allongées au sol au même endroit, toutes tuées par des tirs ciblant des organes vitaux. Comme l’a déclaré une source :
« Ces tirs n’étaient pas accidentels. Ils avaient l’intention de tuer. »
Il ne s’agit plus de maintien de l’ordre, mais d’assassinats systématiques.
Des tireurs embusqués sur les toits : éliminer, pas disperser
Des témoins confirment la présence de tireurs d’élite postés sur les toits, tirant avec une précision extrême. Personne n’est visé aux jambes. Aucun avertissement n’est donné. Les ordres sont clairs : éliminer, et non disperser.
Il s’agit d’une escalade terrifiante et d’une politique délibérée de recours à la force létale contre des civils.
Une répression importée : la brigade Fatemiyoun
La violence s’intensifie encore avec le recours à des forces étrangères. De nombreux rapports mentionnent la brigade Fatemiyoun, une milice composée principalement de combattants afghans, créée, entraînée, commandée et financée par le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).
Déjà utilisée en Syrie, cette force mercenaire n’a aucun lien social ou affectif avec la population iranienne. Selon les témoins, son déploiement a marqué une montée spectaculaire de la violence, avec l’utilisation d’armes militaires contre des civils non armés.
Les villes iraniennes sont traitées comme des zones de guerre étrangères.
Les hôpitaux transformés en lignes de front
L’ampleur des massacres submerge les hôpitaux. À l’hôpital Arash, une source interne a rapporté la réception de 120 corps en une seule heure — soit deux corps par minute.
De nombreuses victimes arrivent mortes à l’hôpital en raison des tirs ciblés, laissant les médecins totalement impuissants.
La stratégie de la terre brûlée : feu, peur et disparitions
La stratégie du régime ne se limite pas à tuer : elle vise à terroriser toute la population. À Rasht, les forces de sécurité auraient incendié le bazar historique dans la nuit du 8 janvier, alors que des personnes s’y trouvaient encore.
Après l’incendie, des centaines de chaussures abandonnées jonchaient le sol — traces muettes de la panique et des disparitions. Un témoin a comparé cette scène aux expositions du Musée de l’Holocauste aux États-Unis.
Corps cachés : fosses communes et extorsion des familles
Le régime reconnaît officiellement environ 3 000 morts. Les sources indépendantes parlent de chiffres bien plus élevés. Où sont les corps ?
Selon plusieurs témoignages, les forces de sécurité enterrent les victimes en secret, la nuit, dans des fosses communes. Lorsque des familles parviennent à localiser leurs proches, elles sont parfois contraintes de payer des sommes exorbitantes — jusqu’à 800 millions de tomans — pour récupérer un corps. Même dans la mort, le régime impose le silence.
L’arme du silence : un pays coupé du monde pendant des mois
Le blackout n’est pas temporaire. Un porte-parole du gouvernement a indiqué qu’il ne fallait pas s’attendre à un rétablissement d’Internet avant Nowrouz 1405, en mars, plongeant le pays dans l’obscurité pendant des mois afin d’effacer les preuves.
Allégations d’utilisation d’agents chimiques
Des informations encore plus alarmantes font état de l’utilisation possible de substances chimiques toxiques. Citées par Newsweek et d’anciens responsables britanniques, des sources kurdes iraniennes signalent des victimes décédant plusieurs jours après l’exposition, en raison de complications.
Si ces faits sont confirmés, il s’agirait de l’emploi d’armes de destruction massive contre des civils.
Un régime brutal mais paniqué
Malgré sa violence extrême, le régime montre des signes évidents de panique. Selon des responsables du Trésor américain, des hauts dignitaires transfèrent des millions, voire des dizaines de millions de dollars, hors du pays — un comportement typique de dirigeants qui ne croient plus en leur avenir au pouvoir.
Même la télévision d’État a laissé apparaître des fissures, lorsqu’un responsable de la morgue de Kahrizak a admis être dépassé par l’ampleur des morts, évoquant des sacs mortuaires entassés et des familles à la recherche de leurs proches.
Les femmes en première ligne
Malgré tout, les manifestations se poursuivent, et les femmes sont à l’avant-garde du soulèvement. Elles sont des cibles privilégiées, mais aussi des organisatrices, des meneuses de slogans et des figures de résistance face aux forces de sécurité.
Il ne s’agit pas uniquement d’étudiantes. Des mères, des personnes âgées et des familles entières participent. Un témoignage décrit une femme poussant son mari en fauteuil roulant pour l’emmener manifester — une image qui détruit la propagande du régime.
Une vision politique claire : rejeter toute dictature
Les slogans témoignent d’une maturité politique remarquable. L’un des plus répétés affirme :
« Mort à l’oppresseur, qu’il soit le shah ou les mollahs. »
Les manifestants rejettent toutes les formes de dictature et exigent une république démocratique. Le soulèvement s’est étendu à au moins 207 villes, soutenu par des unités de résistance organisées affiliées à l’OMPI/MEK. Malgré 50 000 arrestations, la peur ne fonctionne plus.
Crimes contre l’humanité et responsabilité internationale
Le langage international évolue. Amnesty International parle désormais de meurtres de masse illégaux. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme appelle à des enquêtes. Des dirigeants européens reconnaissent explicitement le droit du peuple iranien à résister à la tyrannie.
Selon le Statut de Rome, le ciblage systématique de civils constitue un crime contre l’humanité — des crimes imprescriptibles.
Conclusion : la liberté face à la violence
Un mois après le début du soulèvement, l’Iran traverse un bain de sang. Pourtant, les manifestations continuent. On peut couper Internet. On peut déployer des tireurs d’élite. Mais une fois que le désir de liberté est pleinement éveillé, il ne peut être éliminé.
C’est ici que vous, auditeurs, entrez en jeu. Le peuple iranien doit savoir que le monde le voit, l’entend et le soutient. Nous vous appelons à agir en soutien à la résistance du peuple iranien et au courage des femmes qui la dirigent.
Pour en savoir plus ou pour soutenir cette lutte, rendez-vous sur wncri.org/fr.
Merci d’avoir pris le temps d’écouter, de témoigner et de regarder derrière le rideau de ce blackout. À très bientôt pour le prochain épisode.




















