Dominique Attias à l’IWD 2026 : les femmes iraniennes ne sont pas les spectatrices de l’histoire, elles en sont les actrices principales
Le samedi 21 février 2026, à la veille du 8 mars, Journée internationale des femmes, la Commission des Femmes du CNRI a organisé à Paris une conférence internationale intitulée « Le leadership des femmes : un impératif pour un Iran libre et une république démocratique ». La conférence, à laquelle participaient des parlementaires, des universitaires, des chercheuses et d’éminentes personnalités politiques, s’est concentrée sur la participation politique et le leadership des femmes comme éléments décisifs d’une société démocratique.
Dominique Attias, présidente du conseil d’administration de la Fondation des Avocats Européens, a pris part à cette conférence et y a prononcé un discours. En voici le texte intégral :
Dominique Attias : la liberté ne se donne pas, elle se conquiert
Femme d’Iran. Sœurs d’Iran. Oui, elles sont nos sœurs. Votre histoire n’est pas une parenthèse entre deux oppressions. C’est une continuité de présence politique.
Vous étiez déjà présentes dans la Perse antique, présentes dans les révolutions du XXe siècle, présentes dans la résistance contemporaine. Ce que nous voyons aujourd’hui, ce n’est pas une rupture avec le passé, mais la réaffirmation d’une tradition ancienne.
Les femmes iraniennes ne sont pas spectatrices de l’histoire, elles sont des actrices. Elles incarnent un combat frontal entre un peuple et une dictature. Depuis leur arrivée en 1979, le régime des mollahs a confisqué les libertés fondamentales.
En Iran, vous le savez, contester conduit en prison, à la torture, à la potence. Mais le peuple résiste. Au cœur de cette résistance, il y a les femmes. En 2022, la mort de Mahsa Jina Amini a déclenché une onde de choc. Ce soulèvement ne naît pas d’un seul événement. Il est le fruit de plus de quarante ans d’humiliation, de censure, de violence d’État, de lutte de la résistance iranienne, et en premier lieu des femmes de l’Organisation des Moudjahidines du Peuple.
Le fruit de la lutte de ces unités de résistance, conduites et composées pour la plupart de femmes, vous les avez vues tout à l’heure, quel courage ! Une pensée pour elles toutes, une pensée pour Zohreh Bahlooli, qui est elle aussi tombée le 8 janvier dernier, toutes ces résistantes, toutes ces unités de résistance tuées pour la liberté. La lutte aussi de mes sœurs d’Ashraf 3, que j’ai eu le bonheur comme nombre d’entre vous de rencontrer. Quel bonheur mais quel honneur aussi pour moi. Le slogan qui a surgi en 2022 était Femme Vie Liberté, mais pour les combattantes des Moudjahidines du Peuple, il s’est transformé en Femme Résistance Liberté.
De symbole d’une société qui veut respirer, la femme iranienne est devenue une actrice politique centrale. Elle n’est plus seulement la victime d’un système, elle est une adversaire consciente. Leur image est transformée, les Iraniennes ne sont plus simplement opprimées, elles sont moteur du changement. Elles sont un message adressé au monde entier, un message adressé à la solidarité internationale qui ne peut plus être que morale. Femme Résistance Liberté, ce slogan dit une chose simple et révolutionnaire : un régime qui opprime les femmes opprime toute la société. Un régime qui contrôle les corps finit toujours par contrôler les esprits. Les femmes iraniennes ne réclament pas des privilèges, elles réclament et vous l’avez dit, toutes, l’égalité devant la loi, la liberté de parole, le droit d’étudier, de travailler, de créer, de décider. Le droit d’être des citoyennes à part entière.

Revendication de longue date. Madame Radjavi, vous êtes le leader politique légitime de cette résistance, mais aussi l’architecte d’une transformation philosophique de la vision de la femme en Iran. Face à toutes ces résistances, un appareil d’État impitoyable tel que le monde entier l’a constaté à travers les récents massacres et la répression accrue. Tous ces jeunes assassinés pour avoir manifesté. Ce régime ne redoute pas seulement les slogans, il redoute une génération qui n’a plus peur. Ce qui rend ce mouvement si puissant, c’est qu’il dépasse la question des femmes : des hommes marchent à vos côtés, des étudiants rejoignent les ouvriers, des minorités ethniques et religieuses s’unissent.
Dominique Attias : un soulèvement porté par des unités de résistance dirigées par des femmes
La vraie question, ce n’est pas du tout que se passe-t-il en Iran, mais que faisons-nous nous, nous face à cette situation ? Peut-on continuer à traiter ce régime comme un interlocuteur ordinaire alors qu’il massacre, emprisonne, torture et exécute ses opposants ? Peut-on parler de stabilité quand la stabilité repose sur un régime de terreur ? Les femmes iraniennes nous rappellent une vérité fondamentale : la liberté n’est jamais donnée, elle est conquise. Et elles sont en train, et vous êtes en train de la conquérir, au prix le plus élevé. Ce combat ne concerne pas que les femmes iraniennes, il parle de ce que valent nos principes, nos principes. Il teste la cohérence de notre attachement aux droits humains. Quand une femme en Iran se lève au péril de sa vie pour réclamer la liberté et paie le prix fort, elle ne défend pas seulement son propre avenir, elle défend l’idée universelle que personne ne devrait vivre sous la terreur d’un État. Alors répétons-le, portons-le, refusons l’indifférence, parce que votre courage, leur courage nous oblige. Ne cessons jamais d’être à leurs côtés, et ne cessons jamais de crier : Femme Résistance Liberté, mais aussi, ni chah, ni mollah !




















