{"id":27500,"date":"2026-08-27T20:09:20","date_gmt":"2026-08-27T18:09:20","guid":{"rendered":"https:\/\/wncri.org\/fr\/?p=27500"},"modified":"2026-08-27T20:09:22","modified_gmt":"2026-08-27T18:09:22","slug":"azam-haji-heydari-resistance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wncri.org\/fr\/2026\/08\/27\/azam-haji-heydari-resistance\/","title":{"rendered":"Survivre \u00e0 une cage par la r\u00e9sistance de l&#8217;esprit par Azam Haji-Heydari"},"content":{"rendered":"\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dans ce 20e volet des m\u00e9moires de prison d&#8217;<strong>Azam Haji-Heydari<\/strong>, <a href=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/2026\/04\/09\/dazam-haji-heydari\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">extraits de son ouvrage\u00a0<\/a><em>Le prix d&#8217;\u00eatre humain<\/em>, l&#8217;auteure relate les m\u00e9thodes et les techniques qu&#8217;elle a utilis\u00e9es pour r\u00e9sister \u00e0 la torture physique et psychologique inflig\u00e9e dans les \u00ab <a href=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/2026\/08\/13\/quartier-des-cages-torture\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">cages<\/a> \u00bb.<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l&#8217;\u00e9poque, Azam \u00e9tait une jeune enseignante de 22 ou 23 ans engag\u00e9e dans la lutte. Elle a pass\u00e9 cinq ans incarc\u00e9r\u00e9e au centre de d\u00e9tention provisoire de la justice, ainsi que dans les prisons d&#8217;Evin, de Gohardacht et de Ghezel Hessar, o\u00f9 elle a subi de rudes tortures aux mains des gardiens de la r\u00e9volution de Khomeiny.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Enseigner, se souvenir et cr\u00e9er en confinement<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&#8217;une des activit\u00e9s que je pratiquais dans la cage <a href=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/2018\/09\/15\/hengameh-haj-hassan-une-heroine-dans-la-cage\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">\u00e9tait<\/a> l&#8217;enseignement. Comme j&#8217;aimais profond\u00e9ment ce m\u00e9tier, je consacrais une partie de mon temps \u00e0 donner des le\u00e7ons imaginaires. Je me rem\u00e9morais la classe o\u00f9 j&#8217;avais enseign\u00e9 et je visualisais chacun de ces petits que j&#8217;aimais tant, leurs noms et leurs places dans la salle. Je commen\u00e7ais \u00e0 leur parler, leur expliquant ce que j&#8217;avais appris avec des mots adapt\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> Je pensais \u00e0 leurs probl\u00e8mes ; parfois, je pleurais en me souvenant de leurs difficult\u00e9s. \u00c0 d&#8217;autres moments, je me rappelais leurs espoirs et je leur disais : \u00ab Mes enfants, je ne vous ai pas oubli\u00e9s. Je tiens mes promesses. Cela prendra du temps, mais vous conna\u00eetrez l&#8217;amour, le confort et une vie d\u00e9cente dans un Iran prosp\u00e8re \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me souvenais de la petite Mansoureh, une enfant adorable qui venait \u00e0 l&#8217;\u00e9cole en plein hiver avec une simple blouse. Les joues br\u00fbl\u00e9es par le froid, elle se serrait contre le radiateur. Je me souvenais de Fatemeh, qui pleurait sous son bureau car ses parents s&#8217;\u00e9taient encore disput\u00e9s pour de l&#8217;argent. Son p\u00e8re mena\u00e7ait de l&#8217;emmener \u00e0 l&#8217;orphelinat avec ses quatre fr\u00e8res et s\u0153urs, et sa m\u00e8re hurlait qu&#8217;elle allait s&#8217;immoler par le feu. D\u00e8s lors, chaque jour, Fatemeh craignait de retrouver sa m\u00e8re br\u00fbl\u00e9e en rentrant chez elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je les imaginais ainsi, les rassurant : apr\u00e8s la r\u00e9volution, le p\u00e8re de Mansoureh trouverait le travail de son choix et pourrait lui acheter un manteau et de bonnes chaussures. Le p\u00e8re de Fatemeh, avec un salaire d\u00e9cent, n&#8217;aurait plus \u00e0 abandonner ses enfants. Je disais \u00e0 sa m\u00e8re : \u00ab Tiens bon ! Les choses vont s&#8217;am\u00e9liorer \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me souvenais aussi de la petite fille de mon amie Roqieh Akbari. Un jour, \u00e0 Ghezel Hessar, j&#8217;avais vu Roqieh perdue dans ses pens\u00e9es. Elle m&#8217;avait confi\u00e9 : \u00ab Pour un instant, j&#8217;ai pens\u00e9 \u00e0 ma fille Mahnaz, et j&#8217;ai demand\u00e9 \u00e0 Dieu qu&#8217;elle devienne membre de l&#8217;OMPI \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je puisais ma force dans ces souvenirs. Je me disais : \u00ab Tu es dans cette cage parce que tu te bats pour eux. Si tu veux que Mansoureh et Fatemeh restent mis\u00e9rables, fais comme ces pr\u00e9tendus r\u00e9volutionnaires qui ont capitul\u00e9 en une semaine devant leurs bourreaux ! Mais tu es membre de <a href=\"https:\/\/www.maryam-rajavi.com\/fr\/lompi-un-tresor-national-de-lhistoire-de-liran\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">l&#8217;OMPI<\/a> ! Tu dois endurer, et tu le peux ! \u00bb. Puis je lan\u00e7ais int\u00e9rieurement au \u00ab Gorille \u00bb (Hadji Davoud) : \u00ab Voyons qui de nous deux brisera l&#8217;autre ! \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je consacrais aussi mes journ\u00e9es \u00e0 concevoir un manuel de persan pour les classes de cours \u00e9l\u00e9mentaire. Je r\u00e9fl\u00e9chissais au contenu, aux points \u00e0 souligner dans chaque le\u00e7on. Cela m&#8217;occupait tant que je perdais parfois la notion du temps. La nuit, je me disais : \u00ab Pas comme hier ! La r\u00e9p\u00e9tition m&#8217;usera, elle m&#8217;engloutira et l&#8217;ennemi gagnera \u00bb. J&#8217;\u00e9coutais alors la radio tr\u00e8s attentivement pour utiliser les nouvelles informations et planifier mon lendemain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> Cela me permettait de moins ressentir le manque de sommeil. Mon esprit s&#8217;activait pour exploiter chaque programme : des versets du Coran aux po\u00e8mes de l&#8217;\u00e9mission\u00a0<em>Rah-e Shab<\/em>, en passant par les sermons du vendredi \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran ou l&#8217;\u00e9mission\u00a0<em>Le Travail et le Travailleur<\/em>. Certains programmes \u00e9taient si ridicules que je riais seule. D&#8217;autres, sur la mis\u00e8re des ouvriers, devenaient une source de motivation pour r\u00e9sister.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>La sculpture comme refuge contre la solitude<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les journ\u00e9es monotones et silencieuses \u00e9taient parfois interrompues par des incidents. Une fois, apr\u00e8s trois jours sans manger, un garde m&#8217;a donn\u00e9 une assiette et un morceau de pain, apr\u00e8s m&#8217;avoir frapp\u00e9e sur la t\u00eate. La vue de la nourriture me donnait la naus\u00e9e. J&#8217;ai pos\u00e9 l&#8217;assiette au sol. Je pensais aux filles en prison. Je me souvenais de Kheirieh Safaei, rencontr\u00e9e au quartier quatre de Ghezel Hessar. Kheirieh a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9e plus tard, lors du <a href=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/2026\/07\/29\/massacre-de-1988-ompi\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">massacre de 1988<\/a>. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parler \u00e9tait interdit, mais elle communiquait avec moi par des expressions du visage ou des gestes. Un jour, elle m&#8217;a confi\u00e9 : \u00ab Si je parle \u00e0 quelqu&#8217;un, ils l&#8217;emm\u00e8nent \u00e0 l&#8217;isolement pour le battre. J&#8217;aimerais qu&#8217;ils me prennent moi \u00e0 la place \u00bb. Elle modelait une figurine avec de la mie de pain : le visage d&#8217;une amie martyre. Elle me l&#8217;a offerte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce souvenir m&#8217;a ranim\u00e9e. J&#8217;ai tremp\u00e9 mon pain dans le bouillon et, une fois ramolli, j&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 le p\u00e9trir. J&#8217;avais d\u00e9cid\u00e9 de sculpter \u00e0 mon tour. Enfant, j&#8217;avais entendu l&#8217;histoire d&#8217;une femme qui, par solitude, s&#8217;\u00e9tait fabriqu\u00e9 une compagne de cire nomm\u00e9e \u00ab Naneh Mumi \u00bb. Mon besoin de parler m&#8217;a pouss\u00e9e vers la sculpture. Je pensais \u00e0 mes camarades martyres : Hajar, Mahdokht, Simin, Atiyeh. J&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 les fa\u00e7onner sous mon tchador, dissimul\u00e9e par mon bandeau, et \u00e0 leur parler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&#8217;\u00e9tais si absorb\u00e9e que soudain, quelqu&#8217;un m&#8217;a frapp\u00e9e dans le dos en criant : \u00ab L\u00e8ve-toi ! \u00bb. J&#8217;ai paniqu\u00e9, craignant qu&#8217;ils aient d\u00e9couvert ma figurine. J&#8217;aurais \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8rement battue. J&#8217;ai fourr\u00e9 la mie de pain dans ma poche et je me suis lev\u00e9e. C&#8217;\u00e9tait l&#8217;heure des toilettes et de la pri\u00e8re. J&#8217;\u00e9tais heureuse d&#8217;avoir perdu la notion du temps. \u00c0 mon retour, j&#8217;ai continu\u00e9. J&#8217;avais d\u00e9sormais plusieurs compagnes \u00e0 qui parler. Mon moral est remont\u00e9 en fl\u00e8che, je me sentais de nouveau vivante et le sentiment de malaise qui m&#8217;habitait a disparu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00c0 suivre&#8230;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Note<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Roque Akbari a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9e lors du massacre des prisonniers du PMOI en 1988, \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 30 ans. Au moment de son ex\u00e9cution, elle avait une jeune fille.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans ce 20e volet des m\u00e9moires de prison d&#8217;Azam Haji-Heydari, extraits de son ouvrage\u00a0Le prix d&#8217;\u00eatre humain, l&#8217;auteure relate les m\u00e9thodes et les techniques qu&#8217;elle a utilis\u00e9es pour r\u00e9sister \u00e0 la torture physique et psychologique inflig\u00e9e dans les \u00ab cages \u00bb. \u00c0 l&#8217;\u00e9poque, Azam \u00e9tait une jeune enseignante de 22 ou 23 ans engag\u00e9e dans [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":27501,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jnews-multi-image_gallery":[],"jnews_single_post":{"format":"standard"},"jnews_primary_category":[],"jnews_social_meta":[],"jnews_override_counter":[],"footnotes":""},"categories":[432],"tags":[],"class_list":["post-27500","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-heroines-enchainees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27500","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=27500"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27500\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":27502,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27500\/revisions\/27502"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/27501"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=27500"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=27500"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=27500"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}