{"id":26601,"date":"2026-07-04T14:24:38","date_gmt":"2026-07-04T12:24:38","guid":{"rendered":"https:\/\/wncri.org\/fr\/?p=26601"},"modified":"2026-07-04T14:24:39","modified_gmt":"2026-07-04T12:24:39","slug":"prisonnieres-de-lompi-prison-devin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wncri.org\/fr\/2026\/07\/04\/prisonnieres-de-lompi-prison-devin\/","title":{"rendered":"Evin, 8 f\u00e9vrier 1982 : le courage des prisonni\u00e8res de l&#8217;OMPI face \u00e0 la barbarie"},"content":{"rendered":"\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le 8 f\u00e9vrier 1982, la prison d&#8217;Evin \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran a \u00e9t\u00e9 le <a href=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/2025\/02\/06\/les-etoiles-brillantes-et-les-heroines-de-la-resistance-iranienne-2\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">th\u00e9\u00e2tre d&#8217;une op\u00e9ration de guerre<\/a> psychologique massive men\u00e9e par le r\u00e9gime cl\u00e9rical apr\u00e8s la mort d&#8217;Achraf Radjavi et de Moussa Khiabani, dirigeants de l\u2019OMPI. Alors que le directeur de la prison, Asadollah Lajevardi, tentait de briser le moral des d\u00e9tenus en exposant les corps des martyrs, les prisonni\u00e8res de l&#8217;OMPI, emmen\u00e9es par des figures comme Azam Haji-Heydari, ont r\u00e9pondu par un m\u00e9pris total et des chants de r\u00e9sistance. Cet \u00e9v\u00e9nement demeure un jalon majeur de la lutte contre la dictature religieuse en Iran.<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce douzi\u00e8me volet des m\u00e9moires d\u2019Azam Haji-Heydari, extraits de l\u2019ouvrage Le prix d\u2019\u00eatre humain, l\u2019auteure relate ces heures sombres o\u00f9 la fermet\u00e9 des femmes a transform\u00e9 une tentative d&#8217;humiliation en un acte de d\u00e9fi historique. Azam, <a href=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/2026\/04\/09\/dazam-haji-heydari\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">alors \u00e2g\u00e9e de 22 ou 23 ans, purgeait une peine de cinq ans marqu\u00e9e par la torture et l&#8217;isolement<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019atmosph\u00e8re sinistre du 8 f\u00e9vrier 1982 \u00e0 Evin<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce soir-l\u00e0, les gardiens et les interrogateurs chuchotaient entre eux tout en nous accablant de moqueries. Plus t\u00f4t dans la journ\u00e9e, ils m\u2019avaient emmen\u00e9e au quartier 209 pour une confrontation avec l\u2019une de mes compagnes de r\u00e9sistance, Siba Sharifpour, afin de m&#8217;obliger \u00e0 l&#8217;identifier. Alors que je me tenais, les yeux band\u00e9s, dans le couloir, je remarquai que les gardiens agissaient de mani\u00e8re inhabituelle. Ils couraient dans tous les sens, parlaient \u00e0 voix basse, puis \u00e9clataient soudainement de rire en disant : \u00ab Nous devons f\u00eater cela \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019angoisse montait en moi. Que s\u2019\u00e9tait-il pass\u00e9 ? Je tentais de jeter un coup d\u2019\u0153il sous mon bandeau, sans rien comprendre. On me renvoya en cellule, l&#8217;un des gardiens ricanant : \u00ab Qu&#8217;elle retourne aupr\u00e8s de ses amies pour participer \u00e0 leur f\u00eate \u00bb. Cette nuit-l\u00e0 fut remplie d\u2019effroi. Partout, les gardes affichaient des sourires r\u00e9pugnants. \u00c0 travers les conversations avec d\u2019autres prisonni\u00e8res revenant d\u2019interrogatoire, il devint clair que cette jubilation r\u00e9gnait dans toutes les sections.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le lendemain, lorsque nous appr\u00eemes qu\u2019<a href=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/2024\/02\/08\/achraf-radjavi\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Achraf Radjavi, Moussa Khiabani<\/a> et leurs compagnons avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, nous compr\u00eemes enfin l\u2019objet de cette c\u00e9l\u00e9bration macabre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mise en sc\u00e8ne de Lajevardi et le d\u00e9fi des prisonni\u00e8res de l&#8217;OMPI<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Croyant avoir d\u00e9capit\u00e9 la direction de l\u2019OMPI, les bourreaux d\u00e9cid\u00e8rent d\u2019utiliser cette trag\u00e9die pour briser le moral des d\u00e9tenus. Ils apport\u00e8rent les corps des d\u00e9funts dans la cour du quartier 209. Des groupes d\u2019environ 40 prisonniers furent conduits, rang par rang, pour les regarder.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le <a href=\"https:\/\/www.washingtonpost.com\/archive\/opinions\/1990\/01\/14\/iranian-prison-horror\/dcc84966-4289-497c-a168-8ba3bea4566d\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">tristement c\u00e9l\u00e8bre Asadollah Lajevardi<\/a>, directeur de la prison, tenait le fils d\u2019Ashraf, Mohammad, alors encore tout petit, dans ses bras. Avec un rire grotesque, il tentait d\u2019\u00e9craser psychologiquement les captifs. Sur ses ordres, les corps des martyrs avaient \u00e9t\u00e9 dispos\u00e9s de sorte que leurs t\u00eates reposent sur l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 d\u2019une poutre en acier, \u00e9quilibr\u00e9e comme une balan\u00e7oire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour nous tourmenter davantage, Lajevardi appuyait de tout son poids sur l\u2019autre extr\u00e9mit\u00e9, soulevant leurs t\u00eates dans les airs, avant de rel\u00e2cher brusquement la pression. Les t\u00eates des martyrs retombaient alors lourdement contre l\u2019acier dans un bruit \u00e9c\u0153urant. Riant aux \u00e9clats, il hurlait : \u00ab Venez voir vos glorieux martyrs ! Regardez comment ils ont \u00e9t\u00e9 an\u00e9antis ! \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il \u00e9tudiait attentivement chaque visage, r\u00e9p\u00e9tant sans cesse : \u00ab Aujourd\u2019hui est notre jour de f\u00eate et votre jour de deuil \u00bb. Mais les prisonniers ne lui r\u00e9pondirent que par des regards de m\u00e9pris ardent. Finalement, m\u00eame Lajevardi perdit de son assurance. Face \u00e0 l\u2019exigence d\u2019insulter les morts, beaucoup choisirent au contraire de leur rendre hommage. <a href=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/2021\/02\/06\/jila-naghizadeh\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Certains crach\u00e8rent m\u00eame au visage<\/a> de Lajevardi, conscients que le prix de ce geste serait probablement l\u2019ex\u00e9cution imm\u00e9diate.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019impact du 8 f\u00e9vrier au sein des quartiers<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque la t\u00e9l\u00e9vision du quartier annon\u00e7a la mort d\u2019Ashraf et de Moussa, le silence se fit total. Personne ne bougeait. C\u2019est \u00e0 ce moment que Parvin Haeri revint d\u2019interrogatoire, ignorant tout de la nouvelle. D\u2019ordinaire souriante et assur\u00e9e, elle s\u2019arr\u00eata au milieu du couloir, p\u00e2le et boulevers\u00e9e, comme si elle pressentait le drame. Elle me demanda : \u00ab Pourquoi tout est-il si calme ? \u00bb. Elle avait raison : le silence \u00e9tait ce que les gardiens recherchaient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce furent la Dr Hajar Robat-Karami et <a href=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/2025\/11\/13\/asef-mehri-hajinejad-partie-six\/\">Fatem<\/a><a href=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/2025\/11\/13\/asef-mehri-hajinejad-partie-six\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">eh Asef<\/a>, un peu plus \u00e2g\u00e9es que nous, qui rompirent cette paralysie. Elles sortirent de leur chambre en d\u00e9clarant : \u00ab Le silence est exactement ce que le r\u00e9gime veut. Il veut que tout le monde croie que tout est fini \u00bb. Ces trois femmes, qui allaient toutes \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9es par la suite, redonn\u00e8rent vie au quartier. Hajar commen\u00e7a \u00e0 r\u00e9citer la Ziyarat Ashoura, \u00e9levant la voix au passage d\u00e9clarant l\u2019hostilit\u00e9 envers les oppresseurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le deuil se mua en une d\u00e9termination farouche. Nous \u00e9tions devenues les maillons d\u2019une seule cha\u00eene incassable. Les bourreaux avaient film\u00e9 les sc\u00e8nes de la cour du quartier 209 pour nous terrifier, mais la diffusion du film produisit l\u2019effet inverse. Les prisonni\u00e8res sortirent dans les couloirs pour apercevoir les visages des tomb\u00e9s. On chanta des hymnes de r\u00e9sistance, on pleura et on s\u2019enla\u00e7a, jurant de rester fid\u00e8les jusqu\u2019au bout au chemin pour lequel Ashraf, Moussa et leurs camarades avaient sacrifi\u00e9 leurs vies.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une nouvelle vague d\u2019ex\u00e9cutions en repr\u00e9sailles<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Humili\u00e9s par la r\u00e9solution des prisonni\u00e8res de l&#8217;OMPI, les bourreaux se veng\u00e8rent par des interrogatoires encore plus sauvages. Mahdokht Mohammadi-Zadeh fut tortur\u00e9e sans interruption pendant deux jours. Fatemeh et Zahra Samimi-Motlagh subirent \u00e9galement des s\u00e9vices brutaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le jour o\u00f9 Farah Torabi, Fatemeh, Zahra Samimi-Motlagh, suivies de Zahra Nazari et Elaheh Orouji, furent appel\u00e9es hors du quartier reste inoubliable. Nous savions toutes ce qui les attendait. Elles aussi. Calmes, elles accomplirent leur ghosl-e shahadat (le grand lavage rituel avant le martyre) et se pr\u00e9par\u00e8rent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n&#8217;oublierai jamais le visage doux de Zahra Samimi-Motlagh. Son sourire ne la quittait jamais. Elle accueillait chaque \u00e9preuve avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. En partant, elle me dit : \u00ab Azam, pourquoi pleures-tu ? Je ne vais pas dans un endroit terrible. J\u2019ai choisi le meilleur destin possible \u00bb. Haj Khanom, la m\u00e8re de la famille Tavanayan-fard, brandit un Coran au-dessus de leurs t\u00eates alors qu&#8217;elles passaient dessous, selon la coutume iranienne du grand d\u00e9part. Elles embrass\u00e8rent le livre et sortirent, souriantes, comme si elles partaient pour un voyage joyeux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00c0 suivre&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">NOTE :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mahdokht Mohammadi-Zadeh \u00e9tait \u00e9tudiante en chirurgie orthop\u00e9dique. En prison, elle devint responsable des soins m\u00e9dicaux de notre quartier, soignant les malades avec un d\u00e9vouement extraordinaire. Elle r\u00eavait de parcourir les villages recul\u00e9s d\u2019Iran pour aider les enfants et leur apprendre qui \u00e9taient leurs v\u00e9ritables amis et ennemis. Mahdokht a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9e lors du massacre des prisonniers politiques de 1988 \u00e0 la prison d&#8217;Evin, au cours duquel environ 30 000 prisonniers de l\u2019OMPI et d\u2019autres opposants furent tu\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 8 f\u00e9vrier 1982, la prison d&#8217;Evin \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran a \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre d&#8217;une op\u00e9ration de guerre psychologique massive men\u00e9e par le r\u00e9gime cl\u00e9rical apr\u00e8s la mort d&#8217;Achraf Radjavi et de Moussa Khiabani, dirigeants de l\u2019OMPI. Alors que le directeur de la prison, Asadollah Lajevardi, tentait de briser le moral des d\u00e9tenus en exposant les [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":26602,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jnews-multi-image_gallery":[],"jnews_single_post":{"format":"standard"},"jnews_primary_category":[],"jnews_social_meta":[],"jnews_override_counter":[],"footnotes":""},"categories":[432],"tags":[],"class_list":["post-26601","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-heroines-enchainees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26601","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=26601"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26601\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":26603,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26601\/revisions\/26603"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/26602"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=26601"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=26601"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=26601"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}