{"id":26585,"date":"2026-07-01T14:45:19","date_gmt":"2026-07-01T12:45:19","guid":{"rendered":"https:\/\/wncri.org\/fr\/?p=26585"},"modified":"2026-07-01T14:46:26","modified_gmt":"2026-07-01T12:46:26","slug":"lexecution-massive-prison-devin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wncri.org\/fr\/2026\/07\/01\/lexecution-massive-prison-devin\/","title":{"rendered":"L&#8217;ex\u00e9cution massive de l&#8217;OMPI \u00e0 la prison d&#8217;Evin : le sourire de Simin Hojabr"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En septembre 1981, \u00e0 la prison d&#8217;Evin de T\u00e9h\u00e9ran, le r\u00e9gime de Khomeiny a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Prison_d%27Evin\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">l&#8217;ex\u00e9cution massive de prisonniers de l&#8217;OMPI<\/a> suite aux manifestations du 27 septembre. Parmi les victimes figurait Simin Hojabr, <a href=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/2025\/11\/10\/simin-hozhabr-mehri-hajinejad\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">une lyc\u00e9enne de 20 ans tortur\u00e9e \u00e0 mort<\/a> pour son opposition politique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces m\u00e9moires d&#8217;Azam Haji-Heydari, extraits de l&#8217;ouvrage Le prix d&#8217;\u00eatre humain, documentent la <a href=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/2026\/04\/09\/dazam-haji-heydari\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">barbarie des gardiens<\/a> et la r\u00e9sistance h\u00e9ro\u00efque des femmes d\u00e9tenues dans les quartiers 240 et 311 de ce centre de d\u00e9tention tristement c\u00e9l\u00e8bre.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Fin septembre 1981 \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;Evin<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un jour, mon nom fut appel\u00e9 pour un interrogatoire et je fus conduite dans le couloir de la section des enqu\u00eates. Cependant, aucun interrogatoire n&#8217;eut lieu. Le couloir \u00e9tait bond\u00e9 de prisonniers assis c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Pourtant, toutes les quelques minutes, certains disparaissaient. Je ne parvenais pas \u00e0 comprendre ce qui se passait ni o\u00f9 ils \u00e9taient emmen\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9termin\u00e9e \u00e0 le d\u00e9couvrir, je me d\u00e9pla\u00e7ais d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment chaque fois que des groupes \u00e9taient renvoy\u00e9s vers les quartiers afin de ne pas \u00eatre renvoy\u00e9e moi-m\u00eame. \u00c0 plusieurs reprises, un vieil homme charg\u00e9 de l&#8217;escorte traversa le couloir en appelant mon nom. Je fis semblant de ne pas l&#8217;entendre et passai la nuit sur place.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 un moment donn\u00e9, le couloir se remplit \u00e0 nouveau. Je me tournai vers l&#8217;une des jeunes prisonni\u00e8res \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Qui es-tu ? \u00bb, demandai-je.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Quelle importance cela a-t-il ? \u00bb, r\u00e9pondit-elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Comment t&#8217;appelles-tu ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Je viens d&#8217;\u00eatre arr\u00eat\u00e9e. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Pour avoir particip\u00e9 \u00e0 la manifestation du 27 septembre. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Tous les autres ont-ils \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s pour la m\u00eame raison ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle me regarda avec curiosit\u00e9 : \u00ab Qui es-tu ? \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me pr\u00e9sentai et lui dis que je venais du quartier 240. \u00ab Je veux vraiment savoir o\u00f9 ces gens sont emmen\u00e9s \u00bb, insistai-je.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle r\u00e9pondit : \u00ab Je ne te dirai qu&#8217;une chose : chacun d&#8217;entre eux est emmen\u00e9 pour \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9. Ils vont rejoindre Hanif et les fondateurs martyrs de l&#8217;OMPI en criant : &#8220;Vive Radjavi ! Vive la libert\u00e9 !&#8221; \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelques minutes plus tard, mon interrogateur, Esma\u00efl, remarqua que je parlais aux prisonniers. Me mena\u00e7ant avec la grossi\u00e8ret\u00e9 typique des sbires de Khomeiny, il ricana : \u00ab Dans quelques minutes, tous tes amis chanteront et f\u00eateront leur chemin vers l&#8217;enfer \u00bb. Je restai p\u00e9trifi\u00e9e. Ainsi, ces groupes de 15 ou 20 prisonniers qui arrivaient et disparaissaient toute la nuit \u00e9taient conduits \u00e0 la mort ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant que je ne puisse r\u00e9aliser, l&#8217;interrogateur cria : \u00ab Hadji ! Viens emmener cette hypocrite. Ce n&#8217;est pas encore son tour ! \u00bb. Puis il se tourna vers moi d&#8217;un air moqueur : \u00ab Maintenant, tu as compris ? La prochaine fois, demande-moi et je te le dirai \u00bb. Alors que ce gardien maudit m&#8217;emmenait, je comptai les prisonniers align\u00e9s \u00e0 travers le bord de mon bandeau. Ils \u00e9taient 45. Mes jambes tremblaient et mon c\u0153ur battait la chamade. Je ne cessais de penser : comment peuvent-ils les ex\u00e9cuter sans m\u00eame les interroger ? Sans m\u00eame savoir qui ils sont r\u00e9ellement ? Beaucoup avaient \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s simplement parce qu&#8217;ils semblaient suspects en marchant dans la rue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 mon retour au quartier, de nombreuses femmes \u00e9taient encore \u00e9veill\u00e9es. \u00ab O\u00f9 \u00e9tais-tu ? Pourquoi as-tu \u00e9t\u00e9 absente si longtemps ? S&#8217;est-il pass\u00e9 quelque chose ? \u00bb, demand\u00e8rent-elles. Je n&#8217;avais pas envie de parler, mais elles insist\u00e8rent. \u00ab Il n&#8217;y a pas eu d&#8217;interrogatoire \u00bb, dis-je, \u00ab j&#8217;ai r\u00e9ussi \u00e0 les ruser \u00bb. Tout le monde rit. Pourtant, elles \u00e9taient intrigu\u00e9es que je ne partage pas leur joie. Simin Hojabr me regarda et demanda : \u00ab Azam, qu&#8217;est-ce qui ne va pas ? Pourquoi ne souris-tu pas ? \u00bb. Je leur racontai alors ce dont j&#8217;avais \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelques heures apr\u00e8s minuit, je m&#8217;allongeai, mais le sommeil ne venait pas. J&#8217;attendais. Puis, soudain, le tonnerre des tirs brisa le silence de la prison d&#8217;Evin. Le son me coupa le souffle. Un instant plus tard vinrent les coups isol\u00e9s. Un. Deux. Trois. Quatre&#8230; J&#8217;en comptai plus de 50. Puis le silence revint. \u00c9tait-ce l&#8217;une de ces balles qui avait \u00e9t\u00e9 tir\u00e9e dans la t\u00eate de ma ch\u00e8re Simin ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me retournai et vis que tout le monde \u00e9tait \u00e9galement \u00e9veill\u00e9, gisant en silence. J&#8217;\u00e9tais encore sous le choc quand j&#8217;entendis la voix douce de Simin. Elle avait commenc\u00e9 \u00e0 chanter une chanson folklorique lorie. Au d\u00e9but, je crus qu&#8217;elle chantait depuis sa place. En me retournant, je vis qu&#8217;elle s&#8217;\u00e9tait discr\u00e8tement gliss\u00e9e derri\u00e8re moi. Quand elle finit sa chanson, elle dit : \u00ab Azam, je voulais chanter cela seulement pour toi. Et pour ceux qui viennent de partir. Je suis heureuse pour eux \u00bb. Je la fixai : \u00ab Heureuse ? Pourquoi ? \u00bb. \u00ab Parce que je vais bient\u00f4t les rejoindre \u00bb. Ces mots me boulevers\u00e8rent. \u00ab Simin, ne pouvais-tu pas dire autre chose ? \u00bb. Mais Simin parlait s\u00e9rieusement, tout en gardant ce sourire chaleureux qui ne semblait jamais quitter son visage. Puis elle se leva et retourna \u00e0 sa place.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En moi, cependant, une temp\u00eate faisait rage. Nous ne pleurions jamais devant les gardiens ou les interrogateurs. Mais cette nuit-l\u00e0, je tirai la couverture sur ma t\u00eate et pleurai en silence. Je pleurai pour ces jeunes prisonniers qui venaient d&#8217;\u00eatre ex\u00e9cut\u00e9s. Et je pleurai pour Simin, car je savais qu&#8217;elle aussi serait bient\u00f4t ex\u00e9cut\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>La fille qui ne cessait jamais de sourire<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Simin Hojabr \u00e9tait une belle jeune femme au teint mat qui ne paraissait pas avoir plus de 16 ou 17 ans. Elle avait une voix chaleureuse et captivante. Sa famille \u00e9tait originaire du Lorestan, bien qu&#8217;elle ait grandi \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran. Elle avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e pour son soutien \u00e0 l&#8217;OMPI. Il y avait quelque chose d&#8217;extraordinaire dans son esprit. C&#8217;\u00e9tait comme si elle ne comprenait tout simplement pas le sens du mot peur. Elle \u00e9tait intr\u00e9pide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chaque jour, Simin \u00e9tait emmen\u00e9e pour un interrogatoire. Chaque jour, sans exception, elle \u00e9tait fouett\u00e9e. Les prisonni\u00e8res appelaient cela sa \u00ab ration \u00bb quotidienne. Pourtant, d\u00e8s qu&#8217;elle franchissait la porte du quartier \u00e0 son retour, elle se mettait \u00e0 chanter des chansons lories avec son \u00e9clatant sourire habituel. On aurait cru que rien ne lui \u00e9tait arriv\u00e9. Un jour, je lui dis : \u00ab Simin, quand tu reviens en chantant et en souriant ainsi, ils ne feront que te torturer davantage. Reste au moins silencieuse quelques minutes \u00bb. Elle \u00e9clata de rire : \u00ab Soit je les briserai, soit ils me briseront. Mais ils se trompent s&#8217;ils pensent que ce sera moi. Qu&#8217;ils me frappent avec 100 c\u00e2bles ou 1 000, je continuerai \u00e0 chanter \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un jour, alors que j&#8217;attendais dans la section des interrogatoires, une autre prisonni\u00e8re d&#8217;un quartier diff\u00e9rent me demanda : \u00ab Azam, est-ce que Simin est dans ton quartier ? \u00bb. \u00ab Oui \u00bb. \u00ab Elle est incroyable \u00bb, dit la femme. \u00ab Un jour, elle avait \u00e9t\u00e9 fouett\u00e9e pendant deux heures cons\u00e9cutives. Plus tard, ils l&#8217;ont assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi avant de la ramener. Elle riait. Elle m&#8217;a demand\u00e9 : &#8220;As-tu re\u00e7u ta ration toi aussi ?&#8221; \u00bb. \u00ab Quelle ration ? \u00bb, demandai-je. \u00ab Elle a ri et a dit : &#8220;J&#8217;en re\u00e7ois une chaque jour, tout comme la nourriture. D&#8217;abord je re\u00e7ois \u00e7a, puis je retourne au quartier et je mange mon repas&#8221; \u00bb. Juste \u00e0 ce moment-l\u00e0, un gardien s&#8217;approcha : \u00ab Fille, ne te lasses-tu jamais d&#8217;\u00eatre battue ? \u00bb. Puis il l&#8217;entra\u00eena.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout le monde dans la section des enqu\u00eates la connaissait. Partout o\u00f9 elle s&#8217;asseyait, elle commen\u00e7ait imm\u00e9diatement \u00e0 parler aux gens, posant des questions, r\u00e9coltant des nouvelles et \u00e9changeant des informations. Par son esprit vibrant, elle attirait tout le monde \u00e0 elle. Toutes les prisonni\u00e8res l&#8217;aimaient. Son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, Sirous Hojabr, avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9 \u00e0 mort dans une prison de Sari. Des prisonni\u00e8res avaient r\u00e9ussi \u00e0 apporter l&#8217;un de ses pulls \u00e0 Simin. Elle le portait constamment. Elle l&#8217;embrassait et disait : \u00ab Je suis fi\u00e8re de mon fr\u00e8re. Il a tenu sa promesse. Je ferai de m\u00eame. Ma d\u00e9cision est d\u00e9j\u00e0 prise \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le r\u00e9gime n&#8217;envoya pas Simin directement du quartier 240 \u00e0 son ex\u00e9cution. Ils la transf\u00e9r\u00e8rent au quartier 311 et la soumirent \u00e0 de rudes tortures pendant un mois entier. \u00c0 ce stade, l&#8217;obtention d&#8217;informations n&#8217;\u00e9tait plus l&#8217;enjeu. Les interrogateurs \u00e9taient furieux d&#8217;avoir \u00e9chou\u00e9 \u00e0 briser la volont\u00e9 d&#8217;une adolescente. Mais Simin les vainquit l\u00e0 aussi. Telle une lionne, elle rugit jusqu&#8217;\u00e0 son dernier instant et s&#8217;assura une place parmi les h\u00e9ros tomb\u00e9s de l&#8217;OMPI.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un matin, apr\u00e8s avoir entendu la vol\u00e9e d&#8217;ex\u00e9cutions de l&#8217;aube, la radio de la prison annon\u00e7a les noms de ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 mort. Le nom de Simin Hojabr en faisait partie. La radio n&#8217;\u00e9tait diffus\u00e9e sur les haut-parleurs des quartiers que les jours o\u00f9 des ex\u00e9cutions \u00e9taient annonc\u00e9es. Une fois les noms lus, elle \u00e9tait \u00e9teinte. Les autorit\u00e9s croyaient sottement qu&#8217;annoncer les noms briserait notre moral. Au contraire, chaque fois que nous entendions le nom d&#8217;un homme ou d&#8217;une femme de l&#8217;OMPI ex\u00e9cut\u00e9, notre propre r\u00e9solution ne faisait que se renforcer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce jour-l\u00e0, les femmes du quartier d\u00e9cid\u00e8rent d&#8217;organiser une comm\u00e9moration pour elle. Nous avons pri\u00e9 et distribu\u00e9 de la halva en sa m\u00e9moire. L&#8217;image de Simin, brave, constante, humble et g\u00e9n\u00e9reuse, reste si vive dans mon esprit qu&#8217;il me semble qu&#8217;elle est assise \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s encore aujourd&#8217;hui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">R\u00e9cemment, en examinant des documents rassembl\u00e9s par l&#8217;Unit\u00e9 de recherche sur les martyrs, je suis tomb\u00e9e sur des t\u00e9moignages d&#8217;autres anciennes prisonni\u00e8res d\u00e9crivant les derniers jours de Simin. L&#8217;une d&#8217;elles \u00e9crit que Simin, une lyc\u00e9enne pleine d&#8217;entrain de l&#8217;\u00e9cole Hashtroodi, n&#8217;a jamais perdu son sourire. Elle avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e en ao\u00fbt 1981 alors qu&#8217;elle distribuait du mat\u00e9riel s&#8217;opposant \u00e0 l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de Mohammad-Ali Rajai. Bien qu&#8217;elle poss\u00e9d\u00e2t de nombreuses informations, elle ne r\u00e9v\u00e9la jamais un seul mot. La nuit pr\u00e9c\u00e9dant son ex\u00e9cution, elle fut plac\u00e9e dans une cellule voisine de la leur. D&#8217;une voix forte, elle dit \u00e0 une m\u00e8re qu&#8217;elle s&#8217;attendait \u00e0 \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9e cette nuit-l\u00e0 ou la suivante, et demanda que si cette femme \u00e9tait lib\u00e9r\u00e9e, elle apporte sa chemise \u00e0 sa m\u00e8re en souvenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son corps tout entier \u00e9tait couvert de plaies dues \u00e0 la torture. M\u00eame ses ongles de pouces \u00e9taient tomb\u00e9s. Elle disait : \u00ab Regardez ce qu&#8217;ils ont fait \u00e0 mes pieds, mes mains, mon visage et mon corps. Pourtant, je m&#8217;inqui\u00e8te encore de ne pas en avoir fait assez \u00bb. Une autre ancienne d\u00e9tenue, Mme Javaherian, qui passa la derni\u00e8re nuit de Simin dans la m\u00eame cellule, se souvient que le corps de la jeune fille \u00e9tait cribl\u00e9 de blessures. L&#8217;apr\u00e8s-midi pr\u00e9c\u00e9dant son ex\u00e9cution, elle commen\u00e7a \u00e0 r\u00e9citer la Ziyarat Ashura (pri\u00e8re honorant le martyre de l&#8217;Imam Hussein) et chanta plus tard magnifiquement la chanson Mara Bebous (Embrasse-moi une derni\u00e8re fois). Elle riait et parlait tant que les autres prisonni\u00e8res la regardaient avec stup\u00e9faction. Quand ils appel\u00e8rent enfin son nom, elle \u00e9tait pr\u00eate. Souriante et enjou\u00e9e, elle dit : \u00ab Adieu. Bye-bye ! \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Note : Simin Hojabr avait 20 ans lorsqu&#8217;elle a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9e \u00e0 la prison d&#8217;Evin le 21 d\u00e9cembre 1981.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En septembre 1981, \u00e0 la prison d&#8217;Evin de T\u00e9h\u00e9ran, le r\u00e9gime de Khomeiny a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&#8217;ex\u00e9cution massive de prisonniers de l&#8217;OMPI suite aux manifestations du 27 septembre. 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