{"id":26127,"date":"2026-04-22T17:49:42","date_gmt":"2026-04-22T15:49:42","guid":{"rendered":"https:\/\/wncri.org\/fr\/?p=26127"},"modified":"2026-04-22T17:49:43","modified_gmt":"2026-04-22T15:49:43","slug":"azam-haji-heydari-teheran-gardiens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wncri.org\/fr\/2026\/04\/22\/azam-haji-heydari-teheran-gardiens\/","title":{"rendered":"Errance le visage tum\u00e9fi\u00e9 : la peur d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9e par mon propre fr\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>M\u00e9moires de prison d\u2019Azam Haji-Heydari, extraits de l\u2019ouvrage Le prix d\u2019\u00eatre humain : troisi\u00e8me partie<\/em><\/h2>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dans ce troisi\u00e8me volet des m\u00e9moires d\u2019Azam Haji-Heydari, l&#8217;auteure relate sa lib\u00e9ration temporaire le 20 juin 1981, sa fuite pour \u00e9chapper \u00e0 son p\u00e8re et sa capture finale par son propre fr\u00e8re, qui travaillait alors au bureau du procureur du r\u00e9gime.<\/h4>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, Azam \u00e9tait une jeune enseignante de 22 ou 23 ans engag\u00e9e dans la lutte politique. Elle passera par la suite cinq ans en d\u00e9tention, transitant par le centre de d\u00e9tention provisoire de la justice ainsi que par les prisons d&#8217;Evin, de Ghezel Hessar et de Gohardacht, o\u00f9 elle fut tortur\u00e9e par les Gardiens de la r\u00e9volution de Khomeiny.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Fuir mon p\u00e8re<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s deux jours pass\u00e9s dans ce centre de d\u00e9tention, les interrogatoires et les passages \u00e0 tabac n&#8217;ayant rien donn\u00e9, ils m&#8217;ont finalement rel\u00e2ch\u00e9e vers 11 h 30 du matin, le 20 juin. Ils m&#8217;ont d\u00e9pos\u00e9e de leur v\u00e9hicule dans la rue Abbas-Abad, dans le nord de T\u00e9h\u00e9ran, avant de repartir.<\/p>\n\n\n\n<p>S&#8217;ils avaient su que quelques heures plus tard, les Moudjahidines organiseraient leur <a href=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/2025\/06\/19\/resistance-pour-la-liberte\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">manifestation historique du 20 juin<\/a> \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, rassemblant pr\u00e8s d&#8217;un demi-million de personnes, ils ne m&#8217;auraient certainement pas lib\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ma sortie, les ecchymoses et les gonflements sur mon visage \u00e9taient encore nettement visibles. Alors que je marchais dans les rues, les patrouilles de gardes me fixaient avec m\u00e9fiance. \u00c0 deux reprises, ils m&#8217;ont arr\u00eat\u00e9e pour savoir \u00e0 quels affrontements j&#8217;avais particip\u00e9. Ils \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 m&#8217;interpeller de nouveau, mais je leur ai racont\u00e9 que j&#8217;avais eu un accident de voiture deux jours plus t\u00f4t et que je rentrais de chez le m\u00e9decin. Ce r\u00e9cit m&#8217;a sauv\u00e9e d&#8217;une nouvelle arrestation, et j&#8217;ai pris la direction de mon quartier et de notre maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre secteur \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme l&#8217;un des fiefs des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Corps_des_gardiens_de_la_r%C3%A9volution_islamique\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Gardiens de la r\u00e9volution<\/a> et des bassidjis. Ils me surveillaient depuis longtemps et m&#8217;arr\u00eataient sans cesse pour me demander o\u00f9 j&#8217;\u00e9tais pass\u00e9e et pourquoi mon visage \u00e9tait couvert de bleus et de sang. Chaque fois, je r\u00e9p\u00e9tais la m\u00eame histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;absurdit\u00e9 de la situation me donnait presque envie de rire. Ces agents du r\u00e9gime pouvaient vous battre sauvagement sans aucune raison ni preuve, vous broyer le visage et le corps, mais non seulement il n&#8217;existait aucune autorit\u00e9 vers laquelle se tourner pour obtenir justice, mais ces m\u00eames blessures devenaient des \u00ab preuves \u00bb contre vous, un pr\u00e9texte pour vous arr\u00eater et vous torturer \u00e0 nouveau. En fin de compte, c&#8217;\u00e9tait \u00e0 vous de prouver que vos blessures n&#8217;\u00e9taient pas le r\u00e9sultat de la torture.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;ai fini par atteindre notre maison. En entrant, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e au visage sombre de mon p\u00e8re, qui semblait furieux de ma disparition des jours pr\u00e9c\u00e9dents. Mais en voyant mon \u00e9tat, il n&#8217;a rien dit.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, quelque chose dans son silence, et dans son regard, me rendait mal \u00e0 l&#8217;aise. J&#8217;ai senti qu&#8217;il avait d\u00e9j\u00e0 pris une d\u00e9cision terrible. Au moment o\u00f9 il a pos\u00e9 le Coran et s&#8217;est lev\u00e9, j&#8217;ai couru \u00e0 l&#8217;\u00e9tage pour gagner le toit. De l\u00e0, je me suis d\u00e9plac\u00e9e rapidement de toit en toit sur les maisons voisines jusqu&#8217;\u00e0 atteindre la derni\u00e8re habitation de notre ruelle. Je suis descendue chez une voisine, une femme d&#8217;un certain \u00e2ge, \u00e0 qui j&#8217;ai bri\u00e8vement expliqu\u00e9 la situation.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle fut r\u00e9volt\u00e9e par le comportement de mon p\u00e8re et sa cruaut\u00e9 envers moi. Elle m&#8217;a serr\u00e9e dans ses bras, m&#8217;a conduite dans sa chambre et m&#8217;a offert un th\u00e9 chaud. Voyant mon visage tum\u00e9fi\u00e9, elle a refus\u00e9 de me laisser repartir seule. Elle savait que les gardes impitoyables, qui venaient de r\u00e9primer violemment les manifestations de la journ\u00e9e, m&#8217;arr\u00eateraient certainement s&#8217;ils me voyaient dans cet \u00e9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle m&#8217;a donc gard\u00e9e chez elle un moment, puis m&#8217;a personnellement aid\u00e9e \u00e0 quitter le quartier en toute s\u00e9curit\u00e9. Elle m&#8217;a accompagn\u00e9e jusqu&#8217;\u00e0 ma destination avant de rentrer chez elle. \u00c0 partir de ce jour, je ne suis jamais retourn\u00e9e dans la maison familiale. Pour \u00e9viter d&#8217;\u00eatre arr\u00eat\u00e9e, je passais chaque nuit chez un ami ou un parent. Mais l&#8217;un apr\u00e8s l&#8217;autre, ces lieux finissaient par devenir pr\u00e9caires ou dangereux.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Trahie par mon fr\u00e8re<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Finalement, le 14 juillet 1981, je me suis retrouv\u00e9e sans aucun endroit o\u00f9 aller. La maison de l&#8217;amie o\u00f9 je logeais venait d&#8217;\u00eatre perquisitionn\u00e9e par les Gardiens de la r\u00e9volution. N&#8217;ayant plus de refuge, j&#8217;ai pass\u00e9 la journ\u00e9e \u00e0 errer sans but dans les rues, essayant simplement de laisser passer le temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs fois ce jour-l\u00e0, les gardes m&#8217;ont pris en chasse. La personne qui semblait la plus d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 me capturer, et qui guidait les gardes dans leurs recherches, \u00e9tait mon propre fr\u00e8re, qui travaillait au bureau du procureur du r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 plusieurs reprises, j&#8217;ai r\u00e9ussi \u00e0 lui \u00e9chapper. Mais n&#8217;ayant plus de point de chute, apr\u00e8s des heures d&#8217;errance et alors qu&#8217;il \u00e9tait minuit pass\u00e9, j&#8217;ai fini par me r\u00e9fugier chez ma tante. Moins d&#8217;une heure plus tard, mon fr\u00e8re entrait dans la maison. Il \u00e9tait \u00e9vident qu&#8217;il me cherchait. D\u00e8s qu&#8217;il a eu la confirmation de ma pr\u00e9sence, il est reparti rapidement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 peine trente minutes apr\u00e8s son d\u00e9part, alors que j&#8217;h\u00e9sitais sur la conduite \u00e0 tenir, la maison a \u00e9t\u00e9 encercl\u00e9e par les gardes. Ils ont attaqu\u00e9 si violemment, frappant \u00e0 la porte avec des crosses de fusil, que ma vieille tante, terrifi\u00e9e par cet assaut soudain en pleine nuit, a fait une crise cardiaque et s&#8217;est effondr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons fini par ouvrir la porte. Les gardes ont fait irruption \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur, m&#8217;ont menott\u00e9e, m&#8217;ont band\u00e9 les yeux et m&#8217;ont emmen\u00e9e \u00e0 la prison de la justice.<\/p>\n\n\n\n<p>La veille, les gardes avaient \u00e9galement perquisitionn\u00e9 notre propre maison. Ils avaient arr\u00eat\u00e9 ma s\u0153ur Mahin, une femme de 45 ans m\u00e8re de deux enfants, pr\u00e9tendant vouloir seulement lui poser quelques questions pour obtenir des informations sur ma localisation et celle de mon autre s\u0153ur, Najmeh. En r\u00e9alit\u00e9, ils l&#8217;avaient prise en otage.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils l&#8217;ont menott\u00e9e et transf\u00e9r\u00e9e en prison. M\u00eame plus tard, apr\u00e8s nous avoir arr\u00eat\u00e9es Najmeh et moi, ils n&#8217;ont pas lib\u00e9r\u00e9 Mahin. Elle est rest\u00e9e emprisonn\u00e9e pendant deux ans \u00e0 la prison de la justice puis \u00e0 Evin, dans des conditions extr\u00eamement dures, maintenue dans un flou juridique tandis que ses enfants \u00e9taient priv\u00e9s de leur m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 suivre&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M\u00e9moires de prison d\u2019Azam Haji-Heydari, extraits de l\u2019ouvrage Le prix d\u2019\u00eatre humain : troisi\u00e8me partie Dans ce troisi\u00e8me volet des m\u00e9moires d\u2019Azam Haji-Heydari, l&#8217;auteure relate sa lib\u00e9ration temporaire le 20 juin 1981, sa fuite pour \u00e9chapper \u00e0 son p\u00e8re et sa capture finale par son propre fr\u00e8re, qui travaillait alors au bureau du procureur du [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":26128,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jnews-multi-image_gallery":[],"jnews_single_post":{"format":"standard"},"jnews_primary_category":[],"jnews_social_meta":[],"jnews_override_counter":[],"footnotes":""},"categories":[432],"tags":[],"class_list":["post-26127","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-heroines-enchainees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26127","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=26127"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26127\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":26129,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26127\/revisions\/26129"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/26128"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=26127"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=26127"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=26127"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}