{"id":26100,"date":"2026-04-15T15:07:50","date_gmt":"2026-04-15T13:07:50","guid":{"rendered":"https:\/\/wncri.org\/fr\/?p=26100"},"modified":"2026-04-15T15:07:52","modified_gmt":"2026-04-15T13:07:52","slug":"memoires-dazam-haji-heydari-partie-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wncri.org\/fr\/2026\/04\/15\/memoires-dazam-haji-heydari-partie-2\/","title":{"rendered":"M\u00e9moires d&#8217;Azam Haji-Heydari (Partie 2) : la r\u00e9sistance face \u00e0 la torture"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">M\u00e9moires de prison d\u2019Azam Haji-Heydari, <a href=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/2026\/04\/09\/dazam-haji-heydari\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">extraits de l\u2019ouvrage Le prix d\u2019\u00eatre humain : seconde partie<\/a><\/h2>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dans ce second volet des m\u00e9moires d\u2019Azam Haji-Heydari, l&#8217;auteure poursuit le r\u00e9cit de son arrestation, de la fabrication des charges retenues contre elle et des tortures qu&#8217;elle a endur\u00e9es en juin 1981.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 cette \u00e9poque, Azam \u00e9tait une enseignante de 22 ou 23 ans engag\u00e9e dans la lutte politique. Elle passera finalement cinq ans derri\u00e8re les barreaux, transitant par le centre de d\u00e9tention provisoire de la justice ainsi que par les prisons d&#8217;Evin, de Ghezel Hessar et de Gohardacht, o\u00f9 elle fut soumise \u00e0 la torture.<\/h4>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>La lutte entre deux forces<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Le 14 juin 1981, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e une nouvelle fois avec l&#8217;une de mes camarades, Sediqeh, alors que nous installions des stands de livres dans la rue. Apr\u00e8s nous avoir brutalement pass\u00e9es \u00e0 tabac, les Gardiens de la r\u00e9volution nous ont emmen\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant trois jours, ils ne nous ont conduites dans aucun centre de d\u00e9tention officiel. Au lieu de cela, ils nous ont fait parcourir la ville \u00e0 bord de leurs v\u00e9hicules de patrouille. Ils nous ont jet\u00e9es, Sediqeh, qui \u00e9tait <a href=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/2019\/07\/15\/le-massacre-de-1988-en-iran-est-reexamine-lors-dune-conference-pour-la-justice-a-achraf\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">enceinte<\/a>, et moi, entre plusieurs hommes. Durant ces trois jours, ils n&#8217;ont cess\u00e9 de nous frapper \u00e0 coups de matraque, de poing et de pied tout en roulant.<\/p>\n\n\n\n<p>Sediqeh a fini par perdre connaissance sous les coups. Parce qu&#8217;elle \u00e9tait enceinte, j&#8217;essayais de la prot\u00e9ger en utilisant mon propre corps comme bouclier pour amortir la violence des assauts. Mon visage et ma t\u00eate \u00e9taient couverts d&#8217;ecchymoses et si enfl\u00e9s que je pouvais \u00e0 peine bouger.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s 23 heures, ils nous emmenaient dans l&#8217;un des bureaux des comit\u00e9s r\u00e9volutionnaires locaux du nord de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/T%C3%A9h%C3%A9ran\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">T\u00e9h\u00e9ran<\/a>, connu sous le nom de comit\u00e9 Vozara, et nous jetaient dans une cellule jusqu&#8217;au matin. Le sol \u00e9tait en b\u00e9ton nu, sans m\u00eame une natte pour nous reposer. D\u00e8s l&#8217;aube, ils nous tra\u00eenaient \u00e0 nouveau vers le v\u00e9hicule, nous insultant et nous pi\u00e9tinant pendant que la voiture circulait.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me jour, vers 10 heures du matin, ils nous ont jet\u00e9es hors du v\u00e9hicule dans une ruelle au nord de la rue Mossadegh. Nous n&#8217;avions plus de chaussures, nos visages \u00e9taient tum\u00e9fi\u00e9s et ensanglant\u00e9s. Ils nous avaient \u00e9galement d\u00e9rob\u00e9 notre argent et nos sacs \u00e0 main. Des marchands ambulants, \u00e9mus par notre \u00e9tat, nous ont offert des sandales. Nous sommes parvenues \u00e0 rejoindre le domicile d&#8217;une amie qui nous a nourries et conduits chez un m\u00e9decin pour soigner nos plaies.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 18 juin 1981, alors que je traversais la rue, j&#8217;ai de nouveau \u00e9veill\u00e9 les soup\u00e7ons des agents de Khomeiny. J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e et d\u00e9tenue pendant deux jours dans un comit\u00e9 situ\u00e9 sous le pont Seyyed Khandan, \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran. Ils m&#8217;ont enferm\u00e9e dans une pi\u00e8ce minuscule et ont commenc\u00e9 \u00e0 me frapper avec des crosses de fusil et des matraques.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils ont utilis\u00e9 un cutter trouv\u00e9 dans mon sac comme pr\u00e9texte, pr\u00e9tendant que je l&#8217;avais sur moi pour tuer un Gardien de la r\u00e9volution. En deux heures, ils ont fabriqu\u00e9 un dossier complet : quelques exemplaires du journal Modjahed, des publications de <a href=\"https:\/\/www.maryam-rajavi.com\/fr\/lompi-un-tresor-national-de-lhistoire-de-liran\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">l\u2019OMPI<\/a> et m\u00eame un grand couteau de cuisine ensanglant\u00e9 qu&#8217;ils ont ajout\u00e9 aux pi\u00e8ces \u00e0 conviction.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors des interrogatoires, ils hurlaient : \u00ab Combien de Gardiens de la r\u00e9volution as-tu tu\u00e9s avec ce couteau ? \u00bb Durant ces deux jours, j&#8217;ai eu les yeux constamment band\u00e9s. Plusieurs fois la nuit, ils m&#8217;emmenaient \u00e0 la prison d&#8217;Evin en me lan\u00e7ant : \u00ab Maintenant, nous allons t&#8217;envoyer en enfer. Tuer les Monafeghine (terme p\u00e9joratif utilis\u00e9 par le r\u00e9gime pour d\u00e9signer les Moudjahidines) est notre mission, et avec ce dossier, tu en es une belle. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>La douleur passe, la honte reste<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Ils m&#8217;emmenaient, les yeux band\u00e9s, dans des sous-sols et d&#8217;autres lieux inconnus, me suspendaient en hauteur et me frappaient. Pour briser mes nerfs et me forcer \u00e0 accepter leurs accusations mensong\u00e8res, ils diffusaient des enregistrements terrifiants de cris et de g\u00e9missements de personnes tortur\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que j&#8217;\u00e9tais confront\u00e9e \u00e0 de telles sc\u00e8nes. Je me souvenais des r\u00e9cits de martyrs de l&#8217;OMPI comme Fatemeh Amini, Mehdi Rezaei ou Badizadegan. Je r\u00eavais d&#8217;\u00eatre capable, moi aussi, de r\u00e9sister pour la libert\u00e9 de mon peuple sans jamais trahir sa cause. Mais quand les cris ont commenc\u00e9 et que les coups sont tomb\u00e9s, la peur a envahi tout mon \u00eatre. Ma plus grande crainte \u00e9tait de savoir si j&#8217;aurais la force d&#8217;endurer.<\/p>\n\n\n\n<p>Je priais Dieu avec d\u00e9sespoir, Le suppliant de ne pas me laisser perdre ma force et ma foi sous la torture. La nuit, je faisais des cauchemars o\u00f9 je c\u00e9dais. Mais je me disais : si d&#8217;autres ont tenu, alors c&#8217;est possible. Pourquoi ne le pourrais-je pas ?<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour, on m&#8217;a conduite dans une cellule o\u00f9 quelqu&#8217;un avait \u00e9crit sur le mur : \u00ab La douleur de la torture passe, mais la honte de la trahison demeure. \u00bb En lisant ces mots, j&#8217;ai trembl\u00e9. Je me suis promis de ne pas finir parmi les maudits.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir subi mes premiers coups de fouet, une grande partie de ma peur s&#8217;est dissip\u00e9e. J&#8217;ai compris que face \u00e0 la torture, le facteur d\u00e9cisif est la volont\u00e9 humaine : d\u00e9cider d&#8217;endurer, m\u00eame au prix de sa vie, ou se rendre. J&#8217;avais pris ma d\u00e9cision : j&#8217;endurerais. Je ne me rendrais pas.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 suivre&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M\u00e9moires de prison d\u2019Azam Haji-Heydari, extraits de l\u2019ouvrage Le prix d\u2019\u00eatre humain : seconde partie Dans ce second volet des m\u00e9moires d\u2019Azam Haji-Heydari, l&#8217;auteure poursuit le r\u00e9cit de son arrestation, de la fabrication des charges retenues contre elle et des tortures qu&#8217;elle a endur\u00e9es en juin 1981. \u00c0 cette \u00e9poque, Azam \u00e9tait une enseignante de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":26101,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jnews-multi-image_gallery":[],"jnews_single_post":{"format":"standard"},"jnews_primary_category":[],"jnews_social_meta":[],"jnews_override_counter":[],"footnotes":""},"categories":[432],"tags":[],"class_list":["post-26100","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-heroines-enchainees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26100","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=26100"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26100\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":26102,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26100\/revisions\/26102"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/26101"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=26100"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=26100"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=26100"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}