{"id":24454,"date":"2025-11-16T21:21:46","date_gmt":"2025-11-16T20:21:46","guid":{"rendered":"https:\/\/wncri.org\/fr\/?p=24454"},"modified":"2025-11-16T21:22:35","modified_gmt":"2025-11-16T20:22:35","slug":"femmes-de-lompi-femmes-de-lompi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wncri.org\/fr\/2025\/11\/16\/femmes-de-lompi-femmes-de-lompi\/","title":{"rendered":"H\u00e9ro\u00efsme des femmes de l\u2019OMPI et crimes des ge\u00f4liers"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>M\u00e9moires de Mehri Hajinejad \u2013 \u00ab Le Dernier Rire de Leila \u00bb \u2013 Septi\u00e8me partie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Dans les pr\u00e9c\u00e9dentes sections, nous avons suivi l\u2019histoire de femmes de l\u2019OMPI rest\u00e9es in\u00e9branlables sous la torture, notamment l\u2019inoubliable courage de Simin Hojabr, cette adolescente qui d\u00e9fiait ses bourreaux avec un sourire, revenant de chaque s\u00e9ance de torture en chantant des airs louri comme si rien ne s\u2019\u00e9tait pass\u00e9. Ce chapitre se terminait par son ex\u00e9cution, un moment grav\u00e9 pour sa d\u00e9fiance et son esprit lumineux et indestructible.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette nouvelle partie <a href=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/2025\/10\/23\/mehri-hajinejad-larrestation-devin\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">des m\u00e9moires de Mehri Hajinejad<\/a>, publi\u00e9es dans Le Dernier Rire de Leila, l\u2019autrice revient sur ces premi\u00e8res ann\u00e9es de prison pour exposer d\u2019autres abus commis par les interrogateurs du r\u00e9gime cl\u00e9rical et rendre hommage aux femmes de l\u2019OMPI qui, m\u00eame en captivit\u00e9, ont fait preuve d\u2019un courage et d\u2019une loyaut\u00e9 extraordinaires.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ex\u00e9cution par erreur<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>En 1981, face au nombre massif d\u2019arrestations, des \u00e9v\u00e9nements \u00e9tranges et terrifiants se sont produits dans les prisons,&nbsp;des choses que, je crois, personne ailleurs n\u2019a jamais connues. L\u2019un des plus tragiques fut le nombre d\u2019ex\u00e9cutions men\u00e9es sans proc\u00e9dure, sans dossier, parfois m\u00eame par erreur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, les transferts se faisaient de la mani\u00e8re la plus n\u00e9gligente. On mettait les prisonniers en file, chacun tenant un coin du v\u00eatement de la personne devant. Parfois, on leur donnait une corde \u00e0 tenir et on les tirait. L\u2019une de mes compagnes de cellule m\u2019a racont\u00e9 ce qui lui \u00e9tait arriv\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab C\u2019\u00e9tait pr\u00e8s du coucher du soleil, un jour d\u2019hiver 1982. Nous sortions du b\u00e2timent du procureur pour retourner \u00e0 notre quartier. Nous ignorions qu\u2019au m\u00eame moment une autre file de prisonni\u00e8res, celles qui allaient \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9es, \u00e9tait \u00e9galement sortie. Nous \u00e9tions les yeux band\u00e9s, et \u00e0 mi-chemin du couloir, nos deux files se sont m\u00e9lang\u00e9es. Tenant la corde, nous nous sommes retrouv\u00e9es derri\u00e8re le mauvais groupe.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab En avan\u00e7ant, j\u2019ai senti que quelque chose n\u2019allait pas. Ce n\u2019\u00e9tait pas le chemin habituel. J\u2019ai demand\u00e9 au garde : \u201cVous ne nous ramenez pas au quartier ?\u201d Il a hurl\u00e9 : \u201cNon ! Vous partez pour l\u2019ex\u00e9cution !\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab J\u2019ai eu beau expliquer que mon interrogateur m\u2019avait ordonn\u00e9 de retourner au quartier, il refusait d\u2019\u00e9couter. Alors j\u2019ai cri\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il me tire de la file pour v\u00e9rifier.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Au m\u00eame moment, une autre fille, Nasrin, a cri\u00e9 : \u201cMoi aussi ! Vous m\u2019avez emmen\u00e9e par erreur ! J\u2019ai \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e aujourd\u2019hui, c\u2019\u00e9tait m\u00eame une erreur ! Je n\u2019ai rien \u00e0 voir avec tout \u00e7a ! O\u00f9 m\u2019emmenez-vous ?\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Le garde a hurl\u00e9 : \u201cTais-toi, hypocrite !\u201d puis l\u2019a pouss\u00e9e dans la file et les a conduits vers la cour d\u2019ex\u00e9cution.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Nous n\u2019avons jamais revu Nasrin. Elle n\u2019est revenue dans aucun quartier. Nous avons appris plus tard qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9e ce jour-l\u00e0, sans m\u00eame que son identit\u00e9 soit v\u00e9rifi\u00e9e. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons entendu que des incidents similaires \u00e9taient arriv\u00e9s \u00e0 d\u2019autres, mais parfois les prisonniers r\u00e9agissaient aussit\u00f4t, arr\u00eataient la file, exigeaient la v\u00e9rification de leurs noms et parvenaient ainsi \u00e0 \u00e9viter la potence par erreur.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un combat face \u00e0 face<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Un matin, les filles revenues des interrogatoires nocturnes racontaient une sc\u00e8ne qu\u2019elles avaient vue la veille : l\u2019interrogatoire d\u2019une jeune femme nomm\u00e9e Azam, qui s\u2019\u00e9tait battue avec une force incroyable. Sous les coups de c\u00e2ble, elle criait : \u00ab Vive Radjavi ! \u00c0 bas Khomeiny ! \u00bb&nbsp; rugissant comme une lionne.<\/p>\n\n\n\n<p>Je connaissais Azam de l\u2019ext\u00e9rieur. Elle venait de la section \u00e9tudiante du sud de T\u00e9h\u00e9ran, dans le quartier de Khazaneh. Ses yeux bruns chaleureux, ses v\u00eatements simples, sa douceur naturelle\u2026 En 1980, nous avions travaill\u00e9 ensemble, fi\u00e8res d\u2019\u00eatre li\u00e9es aux Moudjahidine.<\/p>\n\n\n\n<p>Son arrestation en hiver 1982 s\u2019est vite r\u00e9pandue. Elle \u00e9tait interrog\u00e9e \u00e0 la Branche 7 d\u2019Evin, tristement c\u00e9l\u00e8bre. Ce soir-l\u00e0, elle avait re\u00e7u 400 coups de c\u00e2ble. \u00c0 chaque coup, elle criait : \u00ab Vive Radjavi ! \u00c0 bas Khomeiny ! \u00bb Son bourreau, fou de rage, redoublait les frappes. Les t\u00e9moins de cette sc\u00e8ne \u00e9taient revenus boulevers\u00e9s, \u00e0 peine capables de parler.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avions toujours entendu qu\u2019une femme perdait connaissance apr\u00e8s 100 coups. Azam, disaient-elles, avait tenu quatre fois plus, tout en rugissant sa d\u00e9fiance.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques mois plus tard, je l\u2019ai crois\u00e9e par hasard. La plante de ses pieds avait gonfl\u00e9 en masses de chair de la taille d\u2019un \u0153uf. Elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 sous le coup d\u2019une ex\u00e9cution. Je ne l\u2019ai jamais revue. Plus tard, nous avons appris qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9e pendant le massacre de 1988.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img decoding=\"async\" src=\"data:image\/gif;base64,R0lGODlhAQABAIAAAAAAAP\/\/\/yH5BAEAAAAALAAAAAABAAEAAAIBRAA7\" data-src=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/NCRI-Women-Jalileh-Forutan-min.jpg\" alt=\"H\u00e9ro\u00efsme des femmes de l\u2019OMPI et crimes des ge\u00f4liers M\u00e9moires de Mehri Hajinejad \u2013 \u00ab Le Dernier Rire de Leila \u00bb \u2013 Septi\u00e8me partie\" class=\"wp-image-24456 lazyload\"\/><noscript><img decoding=\"async\" width=\"750\" height=\"375\" src=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/NCRI-Women-Jalileh-Forutan-min.jpg\" alt=\"H\u00e9ro\u00efsme des femmes de l\u2019OMPI et crimes des ge\u00f4liers M\u00e9moires de Mehri Hajinejad \u2013 \u00ab Le Dernier Rire de Leila \u00bb \u2013 Septi\u00e8me partie\" class=\"wp-image-24456 lazyload\" srcset=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/NCRI-Women-Jalileh-Forutan-min.jpg 750w, https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/NCRI-Women-Jalileh-Forutan-min-300x150.jpg 300w, https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/NCRI-Women-Jalileh-Forutan-min-360x180.jpg 360w\" sizes=\"(max-width: 750px) 100vw, 750px\" \/><\/noscript><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Jalileh Foroutan<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un amour qui ne meurt jamais\u2026<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019unit\u00e9 240, j\u2019ai longtemps partag\u00e9 une cellule avec Jalileh Foroutan, enseignante militante et employ\u00e9e de clinique. Elle a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e en juin 1982 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 27 ans. Elle avait une petite fille d\u2019un an, Hamideh. Son mari, Hamid-Reza Mortezaii-Nia, ing\u00e9nieur civil et membre de l\u2019OMPI, avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 le 17 janvier 1982, \u00e0 30 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Jalileh, interrog\u00e9e \u00e0 la Branche 4, a subi des tortures r\u00e9p\u00e9t\u00e9es et brutales. Elle n\u2019a jamais reni\u00e9 ses principes. Patiente, calme, toujours pr\u00eate \u00e0 aider.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s quatre ans dans les chambres de torture du r\u00e9gime, elle a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e. En septembre 1987, elle a rejoint l\u2019Arm\u00e9e de Lib\u00e9ration Nationale et en 1988, elle est tomb\u00e9e lors de l\u2019op\u00e9ration Lumi\u00e8re \u00e9ternelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant notre cohabitation \u00e0 l\u2019unit\u00e9 240, elle m\u2019a racont\u00e9 une sc\u00e8ne qu\u2019elle avait vue de ses propres yeux, l\u2019histoire de Nayereh, une femme dont la r\u00e9sistance a marqu\u00e9 toutes celles qui l\u2019ont connue.<\/p>\n\n\n\n<p>Jalileh m\u2019a racont\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab D\u00e9but 1982, Reza Keyvanzad, du secteur social de <a href=\"https:\/\/www.maryam-rajavi.com\/fr\/lompi-un-tresor-national-de-lhistoire-de-liran\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">l\u2019OMPI<\/a> \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 par le procureur. Sous la torture, il a c\u00e9d\u00e9 et trahi d\u2019autres personnes. Sa femme, Nayereh, \u00e9tait encore dans la clandestinit\u00e9. Le r\u00e9gime l\u2019a forc\u00e9 \u00e0 la pi\u00e9ger pour l\u2019arr\u00eater.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Lorsqu\u2019ils l\u2019ont attrap\u00e9e, l\u2019interrogateur, sachant combien elle aimait Reza, a cru pouvoir la briser. Il a organis\u00e9 une rencontre dans la salle d\u2019interrogatoire. Reza a commenc\u00e9 \u00e0 la \u201cconseiller\u201d : dire que r\u00e9sister ne servait \u00e0 rien, qu\u2019elle devait abandonner.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Mais Nayereh savait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il l\u2019avait trahie. Elle s\u2019est lev\u00e9e, lui a crach\u00e9 au visage, et a cri\u00e9 : \u201cVa-t\u2019en, tra\u00eetre ! Tu es une honte ! \u00c0 partir de maintenant, rien ne nous relie !\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab L\u2019interrogateur a alors ordonn\u00e9 \u00e0 Reza : \u201cTr\u00e8s bien, alors C\u2019EST TOI qui doit faire parler ta femme.\u201d Il lui a m\u00eame ordonn\u00e9 de la fouetter au c\u00e2ble. Et Nayereh, sous les coups de son propre mari, chantait des chants de r\u00e9sistance. Elle rugissait, comme si cette \u00e9preuve la rendait plus forte.<\/p>\n\n\n\n<p>Le ge\u00f4lier pensait briser son amour. Il ignorait qu\u2019elle portait un amour plus profond, celui qui fait dispara\u00eetre tous les autres. Nayereh est all\u00e9e jusqu\u2019au bout, jusqu\u2019\u00e0 sa mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 Reza, croyant sauver sa peau en trahissant sa femme, il pensait que le r\u00e9gime l\u2019\u00e9pargnerait. Mais apr\u00e8s l\u2019avoir utilis\u00e9, ils l\u2019ont ex\u00e9cut\u00e9 aussi. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M\u00e9moires de Mehri Hajinejad \u2013 \u00ab Le Dernier Rire de Leila \u00bb \u2013 Septi\u00e8me partie Dans les pr\u00e9c\u00e9dentes sections, nous avons suivi l\u2019histoire de femmes de l\u2019OMPI rest\u00e9es in\u00e9branlables sous la torture, notamment l\u2019inoubliable courage de Simin Hojabr, cette adolescente qui d\u00e9fiait ses bourreaux avec un sourire, revenant de chaque s\u00e9ance de torture en chantant [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":24455,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jnews-multi-image_gallery":[],"jnews_single_post":{"format":"standard"},"jnews_primary_category":[],"jnews_social_meta":[],"jnews_override_counter":[],"footnotes":""},"categories":[432],"tags":[],"class_list":["post-24454","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-heroines-enchainees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24454","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24454"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24454\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":24457,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24454\/revisions\/24457"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/24455"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24454"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=24454"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=24454"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}