{"id":24332,"date":"2025-11-01T21:32:17","date_gmt":"2025-11-01T20:32:17","guid":{"rendered":"https:\/\/wncri.org\/fr\/?p=24332"},"modified":"2025-11-06T09:28:09","modified_gmt":"2025-11-06T08:28:09","slug":"atiyeh-moharrer-khansari-atiyeh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wncri.org\/fr\/2025\/11\/01\/atiyeh-moharrer-khansari-atiyeh\/","title":{"rendered":"Entr\u00e9e dans le quartier : Atiyeh Moharrer Khansari, une combattante issue d\u2019une famille ais\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">M\u00e9moires de Mehri Hajinejad tir\u00e9es de \u201cLe dernier rire de Le\u00efla\u201d \u2013 Troisi\u00e8me partie<\/h2>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dans la deuxi\u00e8me partie de ses m\u00e9moires, <a href=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/2025\/10\/28\/prison-devin-mehri-hajinejad\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Mehri Hajinejad<\/a> racontait son premier interrogatoire \u00e0 la prison d\u2019Evin. Dans ce troisi\u00e8me volet, elle poursuit son r\u00e9cit en \u00e9voquant son arriv\u00e9e dans le quartier de d\u00e9tention et sa rencontre avec l\u2019une de ses camarades courageuses : Atiyeh Moharrer Khansari.<\/h4>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le quartier m\u00e9dical d\u2019Evin<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Le quartier qui allait plus tard devenir l\u2019infirmerie comprenait quelques tr\u00e8s petites pi\u00e8ces. <a href=\"https:\/\/wncri.org\/fr\/2025\/06\/19\/resistance-pour-la-liberte\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Avant le 20 juin 1981<\/a>, il servait \u00e0 d\u00e9tenir des femmes accus\u00e9es de crimes ordinaires. C\u2019est aussi l\u00e0 que furent d\u00e9tenus certains impliqu\u00e9s dans le complot du coup d\u2019\u00c9tat de Nojeh.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand j\u2019y suis arriv\u00e9e, le lieu d\u00e9bordait de prisonni\u00e8res membres de l\u2019OMPI. Le quartier \u00e9tait si bond\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait presque impossible d\u2019y retrouver quelqu\u2019un.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 14 ao\u00fbt 1981 \u00e0 23 h, j\u2019entrai dans le quartier m\u00e9dical (anciennement la section 240). Imm\u00e9diatement, une s\u0153ur de l\u2019OMPI nomm\u00e9e Zahra m\u2019accueillit \u00e0 la porte, m\u2019aida \u00e0 m\u2019asseoir dans un coin et me donna de l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle me demanda mon nom. Je r\u00e9pondis \u00ab Mahboubeh \u00bb et elle ne posa pas d\u2019autres questions. Apr\u00e8s avoir bu, je me levai pour observer le quartier. Le seul visage familier que je vis fut celui d\u2019Atiyeh Moharrer Khansari, ma camarade. Je reconnus d\u2019autres visages sans conna\u00eetre leurs noms.<\/p>\n\n\n\n<p>De cette nuit d\u2019ao\u00fbt jusqu\u2019en novembre, nous sommes rest\u00e9es dans ce quartier. Plus tard, je compris qu\u2019un c\u00f4t\u00e9 appartenait \u00e0 la section 216 et l\u2019autre \u00e0 la 209.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 23 ao\u00fbt au soir, un bruit effroyable de poutres de fer d\u00e9charg\u00e9es d\u2019un camion retentit. Les filles qui connaissaient ce son dirent aussit\u00f4t : \u00ab C\u2019est le bruit du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ex%C3%A9cution_par_arme_%C3%A0_feu\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">peloton d\u2019ex\u00e9cution<\/a>. \u00bb On entendait ensuite les tirs isol\u00e9s. Chaque nuit, nous montions les unes sur les autres pour apercevoir par la petite fen\u00eatre combien de prisonniers \u00e9taient conduits vers la mort. Sans exception, on entendait ces d\u00e9tonations, parfois \u00e0 minuit, parfois \u00e0 l\u2019aube, ce bruit maudit annon\u00e7ant la disparition de nos amies.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>En m\u00e9moire de ma vieille camarade<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Quand je suis entr\u00e9e dans le quartier, mon regard tomba sur Atiyeh. Une immense joie m\u2019envahit. Je la connaissais depuis 1979, et je l\u2019aimais beaucoup.<\/p>\n\n\n\n<p>Atiyeh venait d\u2019une famille ais\u00e9e du nord de T\u00e9h\u00e9ran. Elle \u00e9tait d\u2019une bont\u00e9 rare, digne et affectueuse. Voyant qu\u2019on l\u2019appelait par son vrai pr\u00e9nom, je fus surprise, car personne ne le faisait en prison. Je lui chuchotai :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Atiyeh, que s\u2019est-il pass\u00e9 ? As-tu \u00e9t\u00e9 d\u00e9masqu\u00e9e ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle me r\u00e9pondit que son p\u00e8re, partisan du r\u00e9gime, avait livr\u00e9 elle-m\u00eame, sa s\u0153ur cadette Nafiseh, sa tante Nasrin et son oncle Emad au procureur. On lui avait promis que ses enfants ne seraient pas ex\u00e9cut\u00e9s s\u2019il les d\u00e9non\u00e7ait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de ce jour, Atiyeh devint ma compagne la plus proche. Nous chantions ensemble, partagions nos souvenirs. Elle seule savait qui j\u2019\u00e9tais r\u00e9ellement ; les autres pensaient que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e par erreur.<\/p>\n\n\n\n<p>Une nuit de mi-septembre, vers minuit, alors que nous chuchotions, la cloche du quartier retentit. Je redoutais toujours ce son : il annon\u00e7ait que d\u2019autres prisonni\u00e8res allaient \u00eatre emmen\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>La salle \u00e9tait plong\u00e9e dans le noir. Soudain, la gardienne Nourbakhsh entra et appela : \u00ab Atiyeh, viens ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mon c\u0153ur se serra. Je ne savais pas que je ne la reverrais plus jamais. Je crus na\u00efvement que, son p\u00e8re l\u2019ayant livr\u00e9e, elle serait \u00e9pargn\u00e9e. Je lui serrai la main en murmurant : \u00ab \u00c0 bient\u00f4t\u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne dormis pas cette nuit-l\u00e0. J\u2019attendis son retour pour lui masser les jambes et lui donner un peu d\u2019eau sucr\u00e9e si elle revenait bless\u00e9e. Mais le matin, toujours aucune nouvelle. Vers 6 h, une autre prisonni\u00e8re de retour d\u2019interrogatoire me dit qu\u2019on avait donn\u00e9 \u00e0 Atiyeh un ultimatum : renier l\u2019Organisation ou \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9e avant 4 h.<\/p>\n\n\n\n<p>Je sus alors qu\u2019elle ne reviendrait pas. J\u2019ai regrett\u00e9 de ne pas lui avoir dit adieu, de ne pas l\u2019avoir embrass\u00e9e une derni\u00e8re fois. Le soir, la radio du r\u00e9gime annon\u00e7a son nom parmi des dizaines d\u2019autres ex\u00e9cut\u00e9es. Ma ch\u00e8re Atiyeh s\u2019\u00e9tait envol\u00e9e, l\u00e9g\u00e8re comme un oiseau innocent.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle cruaut\u00e9 de la part d\u2019un p\u00e8re d\u2019avoir livr\u00e9 sa propre fille aux bourreaux ! J\u2019appris plus tard que sa m\u00e8re l\u2019avait quitt\u00e9 \u00e0 cause de cet acte inhumain. Mais cette ex\u00e9cution a-t-elle seulement \u00e9branl\u00e9 son esprit endurci ?<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis ce jour, le vide laiss\u00e9 par Atiyeh a creus\u00e9 en moi une douleur profonde. Deux mois plus tard, je fus transf\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tage sup\u00e9rieur de la section 240. Jusqu\u2019en mars 1982, je n\u2019avais pas encore \u00e9t\u00e9 d\u00e9masqu\u00e9e. Dans ce nouveau quartier, toutes les prisonni\u00e8res tenaient bon.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b9 <strong>OMPI (Organisation des Moudjahidine du peuple d\u2019Iran)<\/strong>&nbsp;: Nom officiel du mouvement, souvent qualifi\u00e9 de \u00ab monafeghine \u00bb (\u00ab hypocrites \u00bb) par le r\u00e9gime, dans une intention diffamatoire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b2 <strong>Atiyeh Moharrer Khansari<\/strong>&nbsp;: Jeune militante d\u00e9vou\u00e9e de l\u2019OMPI, issue d\u2019une famille ais\u00e9e du nord de T\u00e9h\u00e9ran. N\u00e9e en 1963 \u00e0 Ispahan, elle avait 18 ans au moment de son ex\u00e9cution. Dans ses derniers instants, elle d\u00e9clara \u00e0 son bourreau, le juge Ghilani :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je n\u2019ai m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e. Je ne peux pas croire que vous allez m\u2019ex\u00e9cuter. \u00bb<br>Ghilani r\u00e9pondit :<br>\u00ab Dans deux heures, tu le croiras. \u00bb<br>Elle connaissait Mehri Hajinejad depuis 1979 et fut l\u2019une des rares prisonni\u00e8res du quartier \u00e0 la reconna\u00eetre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M\u00e9moires de Mehri Hajinejad tir\u00e9es de \u201cLe dernier rire de Le\u00efla\u201d \u2013 Troisi\u00e8me partie Dans la deuxi\u00e8me partie de ses m\u00e9moires, Mehri Hajinejad racontait son premier interrogatoire \u00e0 la prison d\u2019Evin. Dans ce troisi\u00e8me volet, elle poursuit son r\u00e9cit en \u00e9voquant son arriv\u00e9e dans le quartier de d\u00e9tention et sa rencontre avec l\u2019une de ses [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":24333,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jnews-multi-image_gallery":[],"jnews_single_post":{"format":"standard"},"jnews_primary_category":[],"jnews_social_meta":[],"jnews_override_counter":[],"footnotes":""},"categories":[432],"tags":[],"class_list":["post-24332","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-heroines-enchainees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24332","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24332"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24332\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":24334,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24332\/revisions\/24334"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/24333"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24332"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=24332"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=24332"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}