{"id":1818,"date":"2016-12-07T11:06:40","date_gmt":"2016-12-07T11:06:40","guid":{"rendered":"https:\/\/wncri.org\/frdev\/2016\/12\/07\/shabnam-madadzadeh-j-ai-pris-mon-envol-avec-deux-phrases\/"},"modified":"2016-12-07T11:06:40","modified_gmt":"2016-12-07T11:06:40","slug":"shabnam-madadzadeh-j-ai-pris-mon-envol-avec-deux-phrases","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wncri.org\/fr\/2016\/12\/07\/shabnam-madadzadeh-j-ai-pris-mon-envol-avec-deux-phrases\/","title":{"rendered":"Shabnam Madadzadeh: j\u2019ai pris mon envol avec deux phrases"},"content":{"rendered":"<p>Voici des extraits d&#8217;un discours de l&#8217;ex-prisonni\u00e8re politique iranienne Shabnam Madadzadeh, prononc\u00e9 le 26 novembre 2016 lors de la conf\u00e9rence \u00ab Appel \u00e0 la justice \u00bb \u00e0 Paris, en pr\u00e9sence de la pr\u00e9sidente \u00e9lue de la R\u00e9sistance iranienne, Maryam Radjavi :<\/p>\n<p>  <!--more-->  <\/p>\n<p>Je m\u2019appelle Shabnam Madadzadeh. J&#8217;ai quitt\u00e9 l&#8217;Iran il y a quelques mois.<\/p>\n<p>J&#8217;avais 21 ans et j&#8217;\u00e9tais \u00e9tudiant en troisi\u00e8me ann\u00e9e d\u2019informatiques \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 Tarbiat Moallem de T\u00e9h\u00e9ran, lorsque mon fr\u00e8re Farzad et moi avons \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s par des agents du renseignement et emmen\u00e9s \u00e0 la tristement c\u00e9l\u00e8bre prison d&#8217;Evine.<\/p>\n<p>J&#8217;ai pass\u00e9 trois mois \u00e0 l&#8217;isolement sous les tortures psychologiques et physiques les plus brutales \u00e0 la section 209, la pire de toute ayant \u00e9t\u00e9 quand ils ont tortur\u00e9 mon fr\u00e8re Farzad devant moi.<\/p>\n<p>Plus tard, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 cinq ans de prison et \u00e9loign\u00e9e dans l&#8217;horrible maison d\u2019arr\u00eat de Gohardacht \u00e0 Karadj. J&#8217;ai connu Evine, Gohardasht et Qarchak \u00e0 Varamine. A plusieurs reprises sur une dur\u00e9e totale de huit mois, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e de visites et d\u2019appels t\u00e9l\u00e9phoniques. <\/p>\n<p>Mais, j\u2019ai trouv\u00e9 le r\u00e9confort dans la fi\u00e8re r\u00e9sistance des habitants du camp d\u2019Achraf. Nous avons \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9s par leur pers\u00e9v\u00e9rance et leur d\u00e9termination, m\u00eame dans les moments les plus difficiles, comme l&#8217;ex\u00e9cution de ma tr\u00e8s ch\u00e8re amie et h\u00e9ro\u00efne kurde, Shirine Alam Houli.\u00a0<\/p>\n<p>Mon histoire a commenc\u00e9 par deux phrases.Ces phrases ont d&#8217;abord \u00e9t\u00e9 \u00e9crites sur la premi\u00e8re page de mes livres de lyc\u00e9e et d&#8217;universit\u00e9 : \u00abnous le pouvons et nous le devons \u00bb. Ces mots m&#8217;ont inspir\u00e9e. Ils se sont transform\u00e9s en courage et en refus de plier quand j\u2019affrontais les yeux dans les yeux les agents de s\u00e9curit\u00e9 du campus. Ils se sont transform\u00e9s en courage quand j&#8217;ai d\u00e9fendu de toutes mes\u00a0 forces le dernier bastion de la libert\u00e9, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te avec mes camarades de classe. Ces mots m&#8217;ont donn\u00e9 le pouvoir de parler de libert\u00e9 et du droit de vivre. Ils m&#8217;ont permis de faire face aux terribles attaques des forces de s\u00e9curit\u00e9 contre nos manifestations et nos rassemblements \u00e0 l\u2019universit\u00e9.<\/p>\n<p>Ces mots ont rempli mon \u00e2me, me donnant le pouvoir de la foi et de la confiance. Ils sont devenus le secret de ma pers\u00e9v\u00e9rance en isolement cellulaire. \u00abNous le pouvons et nous le devons\u00bb\u00a0: c&#8217;\u00e9taient la source de ma force face aux hurlements la violence des interrogateurs. Ils ont forg\u00e9 ma d\u00e9termination et ma conviction lorsque j\u2019\u00e9tais assise sur la chaise des interrogatoires, entour\u00e9s de cinq ou six gardiens qui me mena\u00e7aient d&#8217;ex\u00e9cution et de torture. Chaque jour durant ces cinq ans de prison, ce sont ces mots qui m&#8217;ont apport\u00e9 la promesse de la lumi\u00e8re et la venue de la libert\u00e9. Quand les murs semblaient plus hauts que jamais et que les barbel\u00e9s m&#8217;entouraient, ces mots \u00ab nous le pouvons et nous le devons \u00bb \u00e9taient comme des ailes qui m&#8217;ont aid\u00e9 \u00e0 voler.<\/p>\n<p>Oui, Mme Radjavi, j&#8217;ai trouv\u00e9 la force de prendre mon envol gr\u00e2ce \u00e0 votre slogan.\u00a0Et maintenant, je suis ici en m&#8217;appuyant sur votre pr\u00e9sence et votre leadership, qui incarne exactement ces mots de \u00ab nous le pouvons et nous le devons\u00bb. Comme une goutte de ros\u00e9e * jaillissant de l&#8217;oc\u00e9an de vos yeux qui brillent avec conviction et certitude, j&#8217;ai d\u00e9sormais rejoint la mer rugissante de la r\u00e9sistance, des Moudjahidine du peuple d\u2019Iran, d\u2019o\u00f9 je puis m\u2019\u00e9lever encore plus haut. \u00a0<\/p>\n<p>Mme Radjavi, je viens des rues opprim\u00e9es mais rebelles d&#8217;Iran qui sont remplies de grues d&#8217;ex\u00e9cution. Je porte le lourd fardeau de la souffrance de notre peuple, en particulier l&#8217;agonie des femmes et des filles de notre nation.<\/p>\n<p>Je suis venue \u00e0 vous avec des brass\u00e9es de fleurs, les salutations et les espoirs du peuple opprim\u00e9 d&#8217;Iran. Je viens \u00e0 vous d\u2019entre les militants et les \u00e9tudiants qui vous ont adress\u00e9 beaucoup de messages. Je vous ai apport\u00e9 de nombreux messages des femmes et filles innocentes gisant dans les prisons d&#8217;Evine, de Gohardasht et de Qarchak. Des filles innocentes, qui comme vous l\u2019avez dit, sont de belles fleurs qui se fanent sans avoir eu la chance d\u2019\u00e9clore. J&#8217;ai vu des centaines et des centaines de Reyhaneh**.<\/p>\n<p>Je suis venue ici pour vous raconter leurs souffrances et les injustices dont elles sont victimes. Elles m&#8217;ont dit qu&#8217;elles n&#8217;avaient nulle part o\u00f9 aller. Elles m&#8217;ont racont\u00e9 les moments o\u00f9 elles ont \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9es dans des centres de d\u00e9tention ill\u00e9gaux o\u00f9 elles ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9es par des tortionnaires. Pendant des ann\u00e9es, ces femmes et ces jeunes filles ont pass\u00e9 leur vie dans des conditions \u00e9pouvantables, avec leurs condamnations \u00e0 mort suspendues au-dessus de leurs t\u00eates. Elles vivent une mort progressive dans les salles de torture du r\u00e9gime.Ce sont les femmes de mon pays, qui ont la corde autour de leur cou depuis si longtemps &#8230;<\/p>\n<p>J&#8217;ai parl\u00e9 \u00e0 des filles arr\u00eat\u00e9es pour de petits d\u00e9lits, mais qui ont \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9es dans un monde de corruption, de mort et de drogue cr\u00e9\u00e9 par les mollahs. J&#8217;ai parl\u00e9 \u00e0 une fille de 27 ans arr\u00eat\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 17 ans soi-disant \u00a0pour avoir eu des \u00ab relations ill\u00e9gitimes \u00bb. Dix ans plus tard, elle \u00e9tait devenue toxicomane et avait commis un meurtre.\u00a0<\/p>\n<p>Ch\u00e8re Mme Radjavi, je vous ai apport\u00e9 toute cette douleur parce que vous parce que vous seule pouvez y r\u00e9pondre. J&#8217;ai gard\u00e9 les souffrances de toutes ces ann\u00e9es, les larmes et l&#8217;angoisse sur mes \u00e9paules pour que je puisse toujours sentir le poids de ma responsabilit\u00e9, continuer ma lutte \u00e0 chaque instant de ma vie et finalement vous emmener sur notre terre du Lion et du Soleil.\u00a0<\/p>\n<p>Chers amis,<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, je me pr\u00e9sente devant vous pour \u00eatre l\u2019\u00e9cho des voix de celles et ceux qui recherchent la justice et les droits humains, les voix des militants et des prisonniers politiques r\u00e9sistants en Iran. Je fais entendre la voix de mes compatriotes chr\u00e9tiens et baha\u00efs qui continuent d&#8217;\u00eatre emprisonn\u00e9s simplement en raison de leur foi.<\/p>\n<p>Je suis la voix des femmes r\u00e9silientes dans les prisons, la voix de ma ch\u00e8re s\u0153ur et de mon h\u00e9ro\u00efne, Maryam Akbari-Monfared, une m\u00e8re innocente de trois enfants qui a pass\u00e9 plus de sept ans en prison. Quand ils l&#8217;ont arr\u00eat\u00e9e, sa fille Sara n&#8217;avait que quatre ans. Mais, m\u00eame dans les jours les plus sombres et les plus difficiles, Maryam a refus\u00e9 de plier. Pendant les sept ann\u00e9es de son emprisonnement, son c\u0153ur a souffert et je sais que c&#8217;est toujours douloureux d&#8217;\u00eatre loin de ses enfants. Elle n\u2019a pu \u00eatre une m\u00e8re que pour 30 minutes par semaine pendant leurs visites, un temps qu\u2019elle a d\u00fb diviser entre ses trois petits. Mais son sourire n&#8217;a jamais disparu, un sourire radieux qui l\u2019a rendue c\u00e9l\u00e8bre.<\/p>\n<p>Depuis le premier jour de son arrestation jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, elle a constamment mise en garde les gardiens et les interrogateurs du r\u00e9gime, cherchant justice pour l\u2019ex\u00e9cution de sa s\u0153ur et de ses fr\u00e8res. Quand elle \u00e9tait agit\u00e9e et que son c\u0153ur avait envie d&#8217;embrasser sa plus jeune fille Sara, ou de parler ou de consoler ses filles adolescentes, Pegah et Zahra, elle me disait : Maintenant, je peux comprendre la douleur de ma soeur Roqieh *** qui a \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9e de son b\u00e9b\u00e9 en 1988, mais qui est rest\u00e9e ferme et a d\u00e9fendu la cause pour laquelle elle se battait.<\/p>\n<p>Elle me disait qu&#8217;elle croyait en l&#8217;innocence, l&#8217;honn\u00eatet\u00e9 et la puret\u00e9 de tous les martyrs des ann\u00e9es 1980, et que l&#8217;OMPI est la seule lumi\u00e8re qui brille dans un monde plein d&#8217;injustices. Elle disait que c&#8217;est la seule raison pour laquelle elle r\u00e9siste encore.<\/p>\n<p>Je veux dire \u00e0 mon amie Maryam, depuis cette sc\u00e8ne o\u00f9 je me tiens, comme je le lui ai dit lors de notre dernier \u00e9change \u00e0 la porte de la section des femmes d&#8217;Evine, que je promets d&#8217;\u00eatre toujours de votre c\u00f4t\u00e9 et de faire entendre votre voix, la voix qui appelle \u00e0 la justice. Je promets de transmettre sa voix au monde. Je jure sur tous nos moments doux et amers en prison, d&#8217;\u00eatre avec le Mouvement pour la recherche de la justice qui grandit et se d\u00e9veloppe, afin que nous puissions traduire en justice les mollahs pour avoir massacr\u00e9 des milliers de personnes innocentes. \u00a0<\/p>\n<p>A tous les pays europ\u00e9ens et \u00e0 toutes les institutions internationales, je dis que vous devez \u00e9couter le peuple iranien, les m\u00e8res afflig\u00e9es des martyrs, les familles des victimes du massacre de 1988 et les prisonniers politiques en Iran. Le peuple iranien a subi beaucoup de souffrances et de r\u00e9pression de la part des mollahs. Il ne s&#8217;int\u00e9resse \u00e0 aucune des factions du r\u00e9gime. Pour lui, la couleur de ce r\u00e9gime est rouge du sang de milliers d&#8217;innocents.<\/p>\n<p>Le peuple iranien condamne toute forme de relations ou accord avec le r\u00e9gime. Il dit que la poursuite de ces engagements et le maintien du silence sur les exactions en Iran ne feront qu&#8217;\u00e9riger de nouvelles potences dans les rues.Le prix r\u00e9el de votre commerce avec l&#8217;Iran est le sang et la vie d\u2019\u00eatres humains. Les Iraniens sont toutefois convaincus que le r\u00e9gime des mollahs sera renvers\u00e9 par l&#8217;OMPI et le CNRI.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;\u00a0<\/p>\n<p><em>* Shabnam signifie la ros\u00e9e en persan.<\/em><\/p>\n<p><em>** Reyhaneh Jabbari a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9e le 25 octobre 2014, \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 26 ans, au bout de sept ann\u00e9es de prison pour l\u00e9gitime d\u00e9fense contre un agent du Renseignement qui tentait de la violer.<\/em><\/p>\n<p><em>*** Roqieh Akbari Monfared a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9e en 1988 dans le massacre de 30.000 prisonniers politiques en Iran<\/em><\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici des extraits d&#8217;un discours de l&#8217;ex-prisonni\u00e8re politique iranienne Shabnam Madadzadeh, prononc\u00e9 le 26 novembre 2016 lors de la conf\u00e9rence \u00ab Appel \u00e0 la justice \u00bb \u00e0 Paris, en pr\u00e9sence de la pr\u00e9sidente \u00e9lue de la R\u00e9sistance iranienne, Maryam Radjavi :<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4385,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jnews-multi-image_gallery":[],"jnews_single_post":[],"jnews_primary_category":[],"jnews_social_meta":[],"jnews_override_counter":[],"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-1818","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1818","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1818"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1818\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4385"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1818"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1818"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wncri.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1818"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}